L’Allemagne veut évaluer l’intérêt du F-35 pour remplacer ses Tornado

« Ô, Quelle Surprise » diront les plus cyniques. Selon le site allemand Die Zeit, la nouvelle ministre de la Défense Christine Lambrecht aurait en effet entrepris de reconsidérer la décision de celle qui la précédait dans la fonction, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui avait en 2020 arbitré en faveur de l’acquisition de 30 chasseurs bombardiers Boeing F/A 18 E/F Super Hornet et de 15 avions de guerre électronique EA-18G Growler afin de remplacer respectivement les Tornado dédiés à la mission nucléaire partagée de l’OTAN, et les Tornado ECR de guerre électronique et de suppression des défenses anti-aériennes de l’adversaire. Selon l’article, la Ministre allemande, en accord avec le chancelier Olaf Scholz, aurait lancé une consultation pour étudier la pertinence d’acquérir des F-35A plutôt que des Super Hornet, mais également une version de guerre électronique du Typhoon en lieu et place des Growler, pour remplacer les Tornado dédiés à ces missions. La question est, a-t-elle vraiment d’autres choix ?

En effet, l’arbitrage d’Annegret Kramp-Karrenbauer ressemblait davantage à une botte en touche, qu’à une réelle décision, tant les inconnues restaient nombreuses. En premier lieu, ni le Pentagone, ni l’OTAN, ni même l’US Navy n’avaient envisagé jusque là de qualifier le Super Hornet pour mettre en oeuvre la bombe nucléaire standard de l’OTAN, la B61-Mod12. Les seuls appareils devant être qualifiés pour cette munition étaient, en 2020 lors de l’annonce de la décision allemande, le F-35A, le F15E, le F16 C/D et le B2 Spirit. En privilégiant le Super Hornet au Lightning 2, Berlin espérait donc amener Washington à infléchir ses positions, et à intégrer l’appareil dans le programme de qualification de l’arme nucléaire. Mais ce ne fut pas le cas, et pour l’heure, aucune décision en faveur cette qualification n’a été annoncé outre-Atlantique, ce d’autant que les 4 autres pays participants à cette mission de dissuasion partagée de l’OTAN, la Belgique, l’Italie, les Pays-bas et la Turquie, mettent en oeuvre ou ont prévu de le faire, des F-35A ou des F-16 (cas de la Turquie). En d’autres termes, en dehors de Berlin, personne n’a besoin d’un Super Hornet qualifié pour la B61-Mod12.

La série noire de 2021 semble continuer pour le Super Hornet de Boeing, qui voit son plus important client potentiel, l’Allemagne, s’éloigner à nouveau et reconsidérer l’hypothèse du F-35A

En outre, bien que l’appareil américain ait participé à toutes les grandes compétitions récentes face au F-35 comme face au Rafale et au Typhoon, celui-ci ne s’est imposé dans aucune d’entre elle, et n’a plus enregistré de commandes à l’exportation depuis 2015 et la commande Koweitienne. Il a notamment été éliminé des 3 compétitions les plus prometteuses pour lui visant à remplacer des F/A 18 Hornet au Canada, en Finlande et en Suisse.Quant aux chances que l’appareil puisse s’imposer dans de nouvelles compétitions, en Espagne pour remplacer les Hornet ibériques, ou en Inde pour équiper les porte-avions des pays, elles sont, selon de nombreux observateurs, au mieux peu élevées. Enfin, l’US Navy entend stopper l’acquisition d’appareils neufs d’ici l’année fiscale 2023, les 12 appareils commandés en 2022 ne l’ayant été que par décision du Congrès pour maintenir la ligne de production de Saint-Louis en activité.

En d’autres termes, l’avenir du Super Hornet est plus qu’incertain, et ce même à court terme, et parier sur cet appareil pour Berlin était incontestablement un risque, en partie conditionné par des pressions politiques venues de Paris pour préserver le programme franco-allemand SCAF de toute interférence potentielle liée à l’acquisition de F-35. Pour autant, les difficultés rencontrées aujourd’hui, et qui amènent à une ré-évaluation de l’arbitrage fait en 2020, étaient pour le moins prévisibles. On peut, dès lors, se demander à quel point la séquence qui s’ouvre aujourd’hui, n’était pas anticipé des autorités allemandes. En effet, une décision en faveur du F-35 aurait sans le moindre doute créé d’importantes tensions dans le couple franco-allemand au sujet du programme SCAF en 2020, alors que celui-ci était encore balbutiant. En revanche, il est peu probable, aujourd’hui, que la France ne réagisse avec autant de determination face à un changement de direction de Berlin dans ce dossier, maintenant que les accords et les financements de la phase de conception des démonstrateurs ont été avalisés de part et d’autre du Rhin, au risque de menacer la pérennité de ce programme stratégique pour l’exécutif tricolore.

La Luftwaffe est aujourd’hui la seule force aérienne européenne à disposer d’un avion dédié à la guerre électronique et aux missions de suppression, le Tornado ECR

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