Les nouvelles frégates FDI de la Marine Nationale moins bien armées qu’espéré

La cérémonie de la pose de la quille de la première des Frégate de Défense et d’Intervention, ou FDI, de la Marine Nationale, s’est tenue ce 16 décembre sur le site de Naval Group de Lorient. Baptisée Amiral Ronarc’h, cette première frégate d’une classe éponyme de 5 navires qui entreront en service entre 2025 et 2030, jaugera de 4500 tonnes pour 122m de long, sera l’un des piliers du renouveau de la flotte de surface de la Marine Nationale. Et si celle-ci embarquera de nombreuses capacités inédites pour la marine française, comme le radar à antenne active plaque Seafire 500 de Thales qui offre des performances inégalées dans son domaine, et des capacités de guerre électronique et cyber très avancées, la nouvelle frégate, comme ses 4 sister-ships, ne faillira pas à une tradition bien ancrée au sein de la Marine Nationale depuis les Frégates Légères Furtives de la classe Lafayette, avec un armement embarqué sensiblement inférieur à celui escompté.

En effet, si la FDI embarquera bel et bien un canon de 76mm, 8 missiles anti-navires MM40 Block 3C Exocet, et 2 tubes lance-torpilles pour torpille anti-sous-marine Mu90, sa défense anti-aérienne ne reposera, comme pour les FREMM de la classe Aquitaine, que sur 16 missiles Aster 15 et 30. Il n’est en effet plus question, désormais, d’aligner les frégates françaises sur le modèle vendu à la Grèce, qui disposera lui de 4 systèmes Sylver 50 permettant d’embarquer 32 de ces missiles, et encore moins d’y intégrer un système de défense antimissile rapproché CIWS, qu’il s’agisse du SeaRam américain qui équipera les frégates grecques, ou d’un autre modèle. L’hypothèse d’aligner l’armement des FDI sur celui des FREMM, en les dotant de 2 systèmes Sylver 70 permettant d’embarquer 16 missiles de croisière MdCN, a également été écarté, ne laissant ces frégates, qui auront couté la bagatelle de 800 m€ pièce, avec seulement 16 missiles Aster et la possibilité d’ajouter 2 systèmes Sylver complémentaires par la suite, un jour, peut-être …

Les FDI grecques emporteront 32 missiles anti-aériens Aster ainsi q’un système CIWS SeaRAM. Est-ce à dire que les navires de la Marine Nationale seront potentiellement moins exposés que ceux des forces navales Helléniques ?

Cette décision, prise sur des bases purement budgétaires afin de ne pas accroitre le prix du programme, est largement critiquable. En effet, non seulement les crises et tensions aujourd’hui sont à la fois bien plus nombreuses et bien plus intenses, avec la participation de pays ayant des moyens militaires leur permettant aisément de saturer les défenses d’une frégate ne disposant que de 16 missiles anti-aériens, mais elles ont également une dynamique extrêmement rapide, comme l’ont montré les crises taïwanaises, ukrainiennes et même turco-grecques. Dans ces conditions, qui peut penser qu’il puisse être utile de réserver des espaces permettant d’incorporer des silos de missiles supplémentaires à un navire, sachant que si le besoin se faisait sentir avec suffisamment de préavis, cela nécessiterait plusieurs mois d’immobilisation pour le dit bâtiment ? En outre, quel est l’intérêt de doter la FDI du meilleur radar du moment, en particulier pour la détection d’avions de combat et de missiles, si le navire lui-même ne dispose pas des moyens de neutraliser ses menaces avec un nombre minimum de vecteurs ?

La décision de la DGA et du Ministère des Armées est d’autant plus critiquable qu’il semble, selon les informations publiées, que les premières FDI ne seront pas dotées des puissants systèmes de brouillage électronique dont sont équipées les frégates FREMM de la classe Aquitaine, et qui, du point de vu de la Marine Nationale tout au moins, constituent la meilleure défense face à la menace des missiles anti-navires. Dès lors, alors que des pays comme la Russie, mais également la Turquie, déploient d’importants moyens susceptibles de lancer un grand nombre de missiles anti-navires et de drones contre un navire pour saturer ses défenses, la FDI de la Marine Nationale sera, de toute évidence, une proie facile pour ces systèmes, et ne pourra donc pas être déployée de manière isolée tant elle risquerait d’être vulnérable. Dans ces conditions, peut-on vraiment qualifier la FDI de frégate de 1er rang comme c’est le cas aujourd’hui ? Surtout, peut-on justifier de l’annulation des 5 dernières FREMM mieux armées, plus lourdes et moins onéreuses que les 5 FDI qui les auront remplacées ? Car si l’on peut comprendre sans difficulté pour des raisons de souveraineté industrielle, que le programme FDI était indispensable à Naval Group pour alimenter ses Bureaux d’Etude en activité, il est beaucoup plus difficile d’accepter le fait que les nouveaux navires auront des capacités opérationnelles inférieures à celles des FREMM qui leur auront cédé la place ….

la frégate FREMM DA Alsace embarque 32 missiles anti-aériens Aster et des capacités anti-navires et ASM identiques à celle des FDI, pour un prix unitaire égal à celui de la nouvelle frégate

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