Quelle est la puissance militaire conventionnelle de la Russie aujourd’hui ?

En 2015, en référence aux interventions militaires russes en Crimée et en Syrie, le président B. Obama avait déclaré que la Russie n’était plus qu’une force régionale sur le déclin. Aujourd’hui, alors que Moscou a massé prés de 100.000 hommes aux frontières de l’Ukraine, le Président Russe Vladimir Poutine estime que la puissance militaire de son pays est suffisante pour lui permettre d’imposer des conditions fermes aux pays européens quant à l’avenir de son voisin. Considérant la discrétion de l’ensemble des puissances européennes dans ce dossier, force est de constater que, pour aucune d’entre elles, la Russie n’est aujourd’hui une puissance militaire négligeable, et encore moins sur le déclin.

Pour autant, la perception générale quant à la puissance militaire réelle dont dispose le Kremlin, est le plus souvent largement erronée, et très emprise de ce que fut la puissance militaire soviétique de la guerre froide. S’il est vrai que dans le domaine des armes stratégiques, Moscou continue de faire jeu égal avec Washington, que ce soit en nombre de têtes comme de vecteurs, sa puissance militaire conventionnelle, quant à elle, a très largement évolué ces 15 dernières années, sous l’action combinée des réformes menées par le ministre de La Défense Sergeï Chouigou, et du chef d’Etat-Major des Armées Valery Gerasimov, tous deux arrivés à leur poste à l’occasion du retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012. Et aujourd’hui, les forces armées russes ont une structure, mais également une doctrine, et un niveau d’efficacité opérationnelle, sans commune mesure avec l’Armée rouge soviétique.

Une force armée professionnalisée et moderne

Alors que l’Armée Rouge rassemblait, au plus fort de la guerre froide dans les années 80, plus de 6 millions d’homme, et des dizaines de milliers de chars et de véhicules blindés, l’Armée russe moderne est à la fois beaucoup plus compacte, avec seulement 900.000 hommes et femmes sous les drapeaux, et infiniment plus performante, grâce notamment à un très haut taux de professionnalisation, qui représente aujourd’hui plus de 72% des effectifs. Les quelques 250.000 conscrits qui effectuent leur service militaire d’une durée de un à deux ans selon les cas, sont en effet affectés aux missions de soutien, de logistique et de sécurité intérieure, là ou les 650.000 militaires d’active constituent, quant à eux, la force de frappe opérationnelle de cette armée. Parmi eux, 300.000 hommes et femmes seulement appartiennent aux forces terrestres russes, auxquels il convient d’ajouter les quelques 75.000 parachutistes des forces aéroportées. Les forces aériennes, qui rassemblent l’Armée de l’Air, mais aussi la force spatiale et la force de défense opérant les missiles balistiques ainsi que les défenses anti-aériennes et anti-missiles du pays, rassemblent 190.000 hommes et femmes. Quant à la Marine Russe, en plein renouveau, elle est forte de 160.000 marins et officiers.

Seuls 250.000 conscrits sont intégrés aux 900.000 hommes qui forment les forces armées russes aujourd’hui

De fait, les armées russes aujourd’hui ne s’appuient plus, comme précédemment en Union Soviétique, sur la volonté de surpasser numériquement l’adversaire, mais bel et bien sur des militaires professionnels ayant un haut niveau de formation, mais également une réelle experience du combat. Ainsi, selon Vladimir Poutine, 85% des officiers russes exerçant des fonctions de commandement ont connu l’expérience du combat, en particulier au travers de nombreux déploiements sur le théâtre Syrien, mais également Libyen, dans le Donbas ou dans le Caucase. Il en va de même des materiels, ou presque, en service dans les armées, une majorité d’entre eux ayant été déployés et expérimentés au combat sur ces théâtres, avec un mécanisme de retour d’experience et d’amélioration continue particulièrement efficace, si l’on en croit les rapports publics.

Une puissance de feu sans équivalent

En revanche, les Armées Russes ont su préserver certaines des forces indéniables qui étaient celles de l’Armée Rouge, en particulier une puissance de feu sans aucune commune mesure sur la planète. Ainsi, les forces terrestres et aéroterrestres russes alignent plus de 2000 systèmes d’artillerie automoteur de différents types, avec notamment plus de 800 canons automoteurs blindés chenilles de 152mm 2s19 Msta en unités, et 800 canons automoteurs legers 2S3 Akatsiya, la plupart ayant connu d’importantes modernisations de leurs systèmes ces dernières années. Avec un système d’artillerie mobile pour 180 hommes, l’armée de terre russe dispose d’une puissance de feu 2,5 fois plus importante que celle de l’US Army avec un Paladin pour 500 hommes, et 3,5 plus importante que celle de l’Armée de terre française, avec 1 canon automoteur pour 670 hommes. Dans le domaine des systèmes lance-roquettes/missiles automoteurs, le constat est identique, avec un système Grad, Tornado ou Uragan pour 250 hommes dans l’Armée russe, contre 1 pour 500 hommes dans l’US Army, et même 1 pour 6000 hommes dans l’Armée de terre française.

Les forces terrestres russes disposent d’un système d’artillerie lance-roquettes pour 250 hommes, le double de celui de l’US Army

Cette concentration de puissance de feu, mais également de blindage et de mobilité, est également sensible dans d’autres domaines, comme dans celui des chars de combat, avec 3000 chars T90, T80 et T72 modernisés en service actif, soit un char pour 100 hommes dans l’Armée de terre russe, contre 1 pour 385 dans l’armée de terre française, ou encore 5000 véhicules de combat d’infanterie BMP et chasseurs de char soit 1 pour 70 hommes en Russie, contre un pour 130 hommes en France. Seul de domaine des véhicules de transport de troupe blindés, les fameux BTR, voit une inversion de tendance, avec 1 vehicle blindé pour 70 hommes dans les armées russes, contre 1 pour 35 hommes dans l’Armée de terre. Mais il est vrai que le taux de motorisation des autres composantes est à ce point important, qu’il réduit de fait le besoin de recourir aux véhicules de transport de troupe blindés. En outre, l’Armée de terre est un cas exceptionnel dans ce domaine, la moyenne au sein des pays de l’OTAN dans ce domaine étant de 1 APC pour 250 hommes.

Dans certains domaines, en revanche, la suprématie russe est telle qu’il est sans object de vouloir la comparer avec les armées occidentales. C’est le cas en particulier des systèmes anti-aériens. Ainsi, la seule Armée de terre russe aligne aujourd’hui plus de 2300 systèmes anti-aériens automoteurs à courte et moyenne portée, ainsi que plusieurs centaines de système à longue portée S-300, pour un total de 2000 véhicules et transporteur-érecteur. Dans le même temps, les forces aériennes alignent, quant à elles, 35 régiments équipés de systèmes S-400 et encore 20 régiments équipés de S-300PMU2 à capacité anti-balistique, auxquels d’ajoutent plusieurs centaines de systèmes à courte portée Pantsir. Au total, les forces armées russes aériennes, terrestres et navales, disposent de plus de 5000 systèmes anti-aériens, et de plus de 40.000 missiles prêts à faire feu, soit 8 missiles par avion de combat de l’OTAN. La défense anti-aérienne russe, par ailleurs coopérative et multi-couche, intègre également les quelques 1400 avions de combat des forces aériennes et navales, qui peuvent intervenir pour rendre hermétique l’espace aérien du pays comme au dessus du champs de bataille.

Sur les quelques 1400 avions de combat dont disposent les forces aériennes et aéronavales russes, seuls 30% sont des appareils modernes, comme le Su-30, le Su-35, et le bombardier Su-34 en illustration

Les forces navales russes, longtemps parent pauvre des programmes d’investissement, ont connu ces dernières années une montée en puissance rapide, avec la modernisation de navires hérités de l’époque soviétique et l’arrivée de nouvelles classes de bâtiments, comme les frégates 22350 Admiral Gorshkov ou les corvettes 20380/5. Si elles reposent encore majoritairement sur la Mosquito fleet composée de corvettes légères armées de missiles de croisière, elle va, dans les années à venir, retrouver de réelles capacités hauturières, avec l’arrivée de nouveaux sous-marins conventionnels 636.3 Improved Kilo et Lada et à propulsion Nucléaire 885M Iassen, ainsi que de nouveaux navires d’assaut amphibie en cours de construction après l’annulation de la livraison des 2 Mistral français suite à l’annexion de la Crimée.

Des atouts opérationnels indéniables


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