L’US Navy peine toujours à définir une planification solide pour contrer la Chine

La planification industrielle défense est un exercice des plus délicats, qui doit concilier l’anticipation des besoins opérationnels et le remplacement des équipements obsolètes, les moyens de production industrielle disponibles, et les questions budgétaires. Bien souvent s’y ajoute également une contrainte forte en matière d’activité industrielle et de retombées économiques et sociales de l’investissement, rendant l’exercice encore plus difficile. Mais lorsque celui-ci doit intervenir après deux décennies de sous-investissements, de programmes créditophages sans application opérationnelle concrète, et face à un adversaire potentiel qui, de son coté, fait preuve d’une remarquable maitrise et d’une anticipation toute aussi efficace dans le domaine, l’exercice vire au cauchemar, et s’apparente à un problème sans aucune bonne solution. C’est ce à quoi doit aujourd’hui faire face l’US Navy, et la raison pour laquelle elle peine tant à concevoir une planification industrielle solide et cohérente pour les deux décennies à venir.

De fait, le Chef des Opérations Navales américaines, l’amiral Mike Gilday, vient de prévenir le Congrès que la presentation de ce nouveau plan n’interviendrait pas en 2022, comme prévu, mais pas avant 2023, cela même alors que, dans le cadre des auditions concernant le budget 2022 du Pentagone, les Sénateurs comme les Représentants américains avaient lourdement insisté sur la nécessité de disposer le plus rapidement possible d’un document cadre pour le renouvellement des moyens et la montée en puissance de l’US Navy face au défi posé par la Chine et sa production navale sans équivalent, qui lance chaque année 3 fois plus de croiseurs, destroyers et frégates que les Etats-Unis. Et si le Pentagone et l’US Navy ne parviennent pas à produire un tel plan, et reportent régulièrement sa présentation, c’est avant tout car, dans le contexte et avec les paramètres actuels, il n’existe aucune solution satisfaisante au problème.

Les navires robotisés Sea Hunter et Seahawk sont intensément testés par l’US navy pour en évaluer le potentiel opérationnel réel et la fiabilité à la mer de ces technologies

En effet, dans les 15 années à venir, l’US Navy va devoir, simultanément, remplacer sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin de la classe Ohio par les très onéreux navires de classe Columbia à 15 Md$ le sous-marin, ses porte-avions nucléaires par les tout aussi onéreux porte-avions de la classe Ford à 12 Md$ l’unité, ses croiseurs de la classe Ticonderoga et ses premiers destroyers Arleigh Burke par des destroyers Arleigh Burke Flight III à plus de 2,5 Md$, ou encore ses LHD de la classe Iwo Jima par les LHA de la classe America, également à 2,5 Md$. Au final, le simple remplacement des navires devant quitter le service actif dans les 15 ans à venir, coutera plus de 350 Md$ à l’US Navy, soit la presque totalité de son budget de construction naval. Ajoutons à cela le remplacement en cours des SNA de la classe Los Angeles par les Virginia à 3,5 Md$ à raison de 3 navires par an, et la construction de 2 frégates de la classe Constellation, soit un total de 12 Md$ par an, et l’US Navy n’a plus aucune marge de manoeuvre dans sa capacité à construire ou étendre sa flotte dans les 15 années à venir. Dans le même temps, Pékin aura produit autant de porte-avions, sous-marins et navires d’assaut que Washington, mais aura lancé 120 à 140 croiseurs, frégates et destroyers de nouvelle génération, contre seulement 50 à 60 pour les Etats-Unis, dans le meilleur des cas.


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