En Australie, Joe Biden ouvre une bien dangereuse boite de Pandore

Depuis la confirmation de l’annulation du contrat portant sur l’acquisition de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle Shortfin Barracuda conçus par le français Naval Group, et l’intégration de Canberra dans une alliance tripartite avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne incluant, entre autres choses, la vente de sous-marins nucléaires d’attaque américains, la communauté défense est en émoi, notamment en France. « Coup de poignard », « Trahison » .. les qualificatifs ne manquent pas concernant le fond, mais également la forme avec laquelle cette décision a été rendue publique, portant gravement atteinte à l’image internationale de l’industrie navale militaire française pour de nombreuses années. En revanche, bien peu, y compris parmi les médias anglo-saxons, semblent se soucier des conséquences géopolitiques qu’impliquent une telle décision. Pourtant, celles-ci sont à la fois nombreuses, et potentiellement extrêmement dangereuses, tant pour la paix sur le théâtre indo-pacifique, que sur l’ensemble de la Planète.

Depuis une quarantaine d’années, américains, britanniques, russes, français et chinois avaient en effet une lecture tacite commune du traité de non-prolifération. Si celui-ci interdisait strictement l’exportation ou le transfert de technologie d’armes nucléaires, cela s’étendait également, par capillarité, à l’utilisation de l’énergie nucléaire comme source d’énergie pour des équipements militaires. En d’autres termes, pas question, pour les 5 membres permanents du Conseil de Securité, de laisser un nouvel acteur entrer dans leur cercle restreint, sauf si ce dernier parvenait par lui-même à acquérir les technologies nécessaires pour concevoir un réacteur capable d’entrer dans un sous-marin ou un navire de guerre. De fait, la flotte de sous-marins à propulsion nucléaire resta restreinte à ces seuls pays. L’Inde développa son propre réacteur ce qui lui permit d’intégrer ce groupe avec les SNLE de la classe Arihant, et ce qui permit à Moscou de lui louer un Sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Akula. Et si la France accompagne le Brésil dans son programme de Sous-marin nucléaire d’attaque, en aucun cas elle ne participe à la conception du réacteur lui même, son assistance se limitant à son intégration dans un navire.

L’Inde loue depuis plusieurs années un sous-marin nucléaire d’attaque russe de la classe projet 971 Chtchouka-B désigné au sein de l’OTAN sous le code Akula.

De fait, lorsque Joe Biden, Boris Johnson et Scott Morrisson annoncent que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne vont exporter des SNA vers l’Australie, pays qui ne dispose pas même d’un programme nucléaire civil, et qui interdisait il y a peu encore l’accès à ses ports aux sous-marins à propulsion nucléaire, les 3 hommes transgressent toutes les règles tacites qui permirent de limiter la prolifération de ce type d’armement dans le Monde. Ce point n’est d’ailleurs pas ignoré, Joe Biden ayant lui même indiqué que tous les efforts seront faits pour respecter le pacte de non-prolifération. S’il n’y a aucun doute qu’il sera en effet respecté dans la lettre, il sera incontestablement transgressé dans l’esprit. Dès lors, plus rien n’empêche désormais Pékin de vendre des SNA à Islamabad ou à Pyongyang, comme Moscou de proposer dans des délais que l’on imagine très courts ses propres Yasen-M à New Delhi, au Caire ou à Caracas. Ce changement de paradigme peut même faire l’affaire de Paris, la classe Suffren étant de loin le SNA offrant le meilleur rapport performances-prix du moment en occident, avec un cout de construction de l’ordre de 1,2 Md$, contre 1,9 Md$ pour l’Astute Britannique, et prés de 2,8 Md$ pour les Virginia américains, et des opportunités en Corée du Sud, en Inde ou au Brésil.


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