L’US Air Force affute sa stratégie pour réduire le nombre des F-35A qu’elle achètera

Pendant prés de 15 années, l’US Air Force n’avait qu’une seule et unique réponse à l’ensemble des questions concernant sa flotte de chasse, le F-35A. Affublé de capacités quasi-mystiques de discrétion et de puissance de combat, l’avion devait répondre à l’ensemble des enjeux auxquelles elles pourrait être confronté dans les 30 années à venir. Mais depuis les premières incartades de Will Roper, alors directeur des développements et acquisitions de l’US Air Force sur ce programme en 2018, jusqu’au plus récentes déclarations du général Brown, chef d’Etat-Major de l’USAF, et du général Kelly, qui commande la chasse américaine, les réserves de la première force aérienne mondiale concernant son appareil fétiche n’ont cessé de croitre. Mais bien davantage que de simples réserves et tentatives de négociation isolées en faveur, par exemple, d’une extension du programme Next Generation Air Dominance qui doit remplacer le F-22 à horizon 2028, il apparait désormais que l’US Air Force, aidée en cela par une partie du Congrès, a entrepris une réelle stratégie visant à réduire le nombre des F-35A dont elle sera dotée, de sorte à libérer des espaces, et des crédits, pour de nouveaux appareils répondant mieux à ses besoins.

On le sait, s’attaquer au programme Lighting II de Lockheed-Martin était tout sauf une affaire aisée. Le programme représente en effet plus de 400.000 emplois aux Etats-unis, astucieusement repartis dans les Etats les plus influents à la Chambre des Représentants par Lockheed, et dispose dès lors d’un soutien parlementaire, et plus globalement politique, de première importance. La simple évocation d’une possible diminution des volumes commandées par le Pentagone entraine, dès lors, une immédiatetés levée de bouclier venant d’une centaine sénateurs et représentants américains, tout comme du puissant syndicat des travailleurs de l’aéronautique américain, toujours prompt à faire pression sur les élus pour préserver les emplois de ses adhérents. En outre, le programme est au coeur de la stratégie d’influence internationale des Etats-unis depuis prés d’une vingtaine d’années, Washington distillant avec parcimonie et force communication les autorisations d’exportation de son précieux appareil, le rendant d’autant plus désirable aux yeux de ses partenaires et néanmoins clients.

Avec plus de 400.000 emplois repartis dans 49 Etats, le programme F-35 est un monstre industriel qu’il est très difficile de faire vaciller sur ses bases politiques et économiques

Pour parvenir à entamer cette cuirasse, il était donc indispensable de mettre en place une stratégie suffisamment diffuse et étalée dans le temps pour ne pas se heurter à un mur d’opposition infranchissable, et suffisamment efficace pour en garantir le succès. En matière de stratégie, les militaires américains ont, il est vrais, quelques notions, et l’on en perçoit désormais toute l’habileté, alors que le sort du programme semble, désormais, si pas scellé, en tout cas sensiblement entamé. De fait, ces derniers mois, le programme s’est retrouvé attaqué de toute part, qu’il s’agisse de ses couts de maintenance et de modernisation excessifs et incompatibles avec la planification budgétaire américaine de la part du GAO et de la commission défense de la Chambre des Représentants, sur sa structure industrielle et technologique ou sur ses limitations opérationnelles à l’occasion de nombreuses simulations d’un éventuel conflit face à la Chine. D’autres facteurs, comme son incapacité à résoudre certains problèmes technologiques, sa liste pléthorique de réserves et de malfaçons qui ne parvient pas à se résorber, son instabilité logicielle ou encore les défauts de son système de maintenance ALIS/ODIN, ont eux connu une explosion médiatique bien plus importante que précédemment, érodant l’image de supériorité de l’appareil dans l’opinion publique, notamment aux Etats-Unis.


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