La France doit-elle developper un char moyen en parallèle du programme MGCS ?

Il n’est désormais un secret pour personne que le risque de voir les armées françaises engagées dans un conflit de Haute Intensité a considérablement augmenté ces dernières années, et qu’il ira croissant dans les années et décennies à venir. C’est dans ce contexte que Paris et Berlin ont lancé, dès 2017, plusieurs programmes industriels de défense en coopération, dont les plus symboliques sont le programme d’avion de combat de nouvelle génération SCAF devant remplacer les Rafale français et Typhoon allemands, et le programme de char de combat MGCS, pour remplacer entre autres les Leclerc de l’Armée de Terre et les Leopard 2 de la Bundeswehr. Si ces programmes ont de grandes ambitions, notamment technologiques, ils n’en demeurent pas moins contraints par le principe de coopération, tant dans le domaine industriel qu’opérationnel, alors que les savoir-faire et les doctrines d’engagement déterminant les besoins différent parfois grandement de part et d’autre du Rhin. Ceci explique en grande partie les nombreuses difficultés que rencontrent ces deux programmes actuellement en phase de démarrage, provoquant parfois des tensions sensibles entre Paris et Berlin.

Dans un précédent article, nous avions étudié l’opportunité et la faisabilité de developper, en parallèle du programme SCAF, un programme de chasseur monomoteur de 5ème génération se voulant économique et complémentaire au SCAF, afin de préserver l’ensemble des savoir-faire de la filière aeronautique militaire française, mais également pour accroitre les capacités opérationnelles des armées françaises sur un calendrier plus court que celui du SCAF, avec un objectif d’entrée en service en 2030, et non en 2040. De toute évidence, les Etats-Unis, dans le cadre du programme NGAD de l’US Air Force, mais également la Russie avec le programme Checkmate révélé lors du salon MAKS 2021, ont eux aussi identifié le besoin pour un tel appareil, venant renforcer les appareils plus lourds comme le F22 (et son remplacer issus du NGAD) et le Su-57, mais également pour répondre aux besoins de nombreuses forces aériennes qui seront dans l’incapacité de s’équiper d’un appareil lourd et onéreux comme peuvent l’être le Su-57 ou le futur NGF du programme SCAF. Outre les opportunités industrielles et marketing, l’article présentait également un modèle de financement efficace, issu de la doctrine Défense à Valorisation Positive.

Répondre aux besoins industriels et opérationnels en France

La conception et la fabrication d’un programme français de blindé chenillé moyen, d’une masse au combat allant de 40 à 50 tonnes, répond, dans ses grandes lignes, aux mêmes observations que dans le cadre du Chasseur Monomoteur de 5ème Génération. D’une part, le programme MGCS ne permettra pas à l’industrie des armements terrestres française de préserver l’ensemble de ses savoir-faire, et ce d’autant que coté allemand, deux géants du secteur se disputent déjà le partage industriel, Rheinmetall et Krauss-Maffei Wegman. En outre, il ne fait aucun doute que Berlin imposera un système propulsif et une transmission de facture allemande, au détriment des savoir-faire français. Dans le contexte d’un programme unique MGCS comme prévu aujourd’hui, avec un calendrier sur prés de 30 ans, il s’avère impossible aux industriels français de préserver (et de faire évoluer) les savoir-faire et les compétences sans pouvoir les appliquer à un programme majeur. Dès lors, l’industrie française sortirait immanquablement affaiblie de cette coopération industrielle à terme, puisqu’elle serait alors incapable de developper, si besoin, de manière autonome une nouvelle famille de blindés chenillés.

L’Armée de Terre ne disposera que de 200 Leclerc Modernisés jusqu’à leur remplacement par le programme MGCS au delà de 2040, dans le segment blindé chenillé lourd.

Le problème est relativement similaire du point de vue opérationnel. En effet, les doctrines d’emploi de l’arme blindée et des chars en particulier, diffèrent grandement entre l’Armée de terre et la Bundeswehr. L’Allemagne privilégie en effet des blindés très lourds, particulièrement bien protégés, dans une posture défensive s’appuyant avant tout sur les capacités supérieures (supposées) de ses systèmes de visé et de tir à longue distance, et sur un blindage lourd capable d’encaisser les obus adverses s’ils sont tirés de suffisamment loin. Coté français, en revanche, on privilégie largement la manoeuvre et les capacités d’engagement dynamique des hommes et des materiels, avec des blindés plus légers mais beaucoup plus mobiles. Or, il ne fait aucun doute que Berlin imposera un char particulièrement lourd dans le cadre du programme MGCS, ne serait-ce que pour prendre la relève des quelques 2800 Leopard 2 en service dans les armées mondiales. Non seulement cela ne correspondrait pas entièrement à la doctrine de l’Armée de Terre, mais cela aboutira à des blindés très onéreux, à l’instar du Leopard 2 ou de l’Abrams M1, des chars qui coutent aujourd’hui 50% plus cher que le Leclerc.

Disposer de chars très lourds n’est pas inutile, même dans le cas d’une doctrine dynamique comme celle de l’Armée de Terre (ou des armées russes). Il est en effet important de disposer d’un point de fixation de l’adversaire pour profiter au mieux des effets d’une manoeuvre. Mais cela suppose également de disposer de plate-formes capables de manoeuvrer rapidement et efficacement sur les flancs et dans la profondeur du dispositif adverse, domaine pour lequel les chars très lourds comme le M1, le Leopard 2 ou le Challenger britannique ne sont pas les plus adaptés, avec notamment une mobilité moindre et surtout une empreinte logistique supérieure. Dans ce contexte, une plateforme blindée de moyen tonnage, par ailleurs plus mobile et plus économique, constituerait une plus-value de taille pour les armées françaises, qu’elles agissent seules ou en coopération aux cotés de ses alliés occidentaux. Enfin, l’hypothèse de disposer, dès 2030, d’une plate-forme blindée chenillée de nouvelle génération conférerait à l’Armée de terre des capacités d’engagement très largement accrues dans le domaine de la haute Intensité, dans l’attente des premières livraisons du programme MGCS.

Renforcer et sécuriser le programme MGCS


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