La Chine construirait un troisième site de lancement de missiles nucléaires ICBM

Début juillet 2021, deux chercheurs américains mirent en évidence la construction d’un vaste site sur les hauts plateaux de Gunza, entre la Mongolie et le Tibet, destiné à accueillir au moins 119 silos pouvant mettre en oeuvre des missiles balistiques intercontinentaux ICBM, une première pour Pékin qui jusqu’ici n’avait déployé que 2 sites limités pour mettre en oeuvre des missiles DF-5 d’ancienne génération, et qui semblait surtout s’appuyer sur ses nouveaux ICBM mobiles DF-41 pour renforcer la montée en puissance de sa force de dissuasion stratégique. 3 semaines plus tard, la construction d’un second site, à quelques 380 km du premier, fut identifiée par ces mêmes chercheurs, dans un article publié par l’américain Scientist Society, là encore avec plus d’une centaine de silos potentiellement en cours de construction. Le 12 aout, c’est au tour d’un 3ème site, situé en Mongolie Interieure dans la région de Hanggin Banner prés de la ville de Ordos, d’avoir été identifié par les services de renseignement américain sur la base de clichés capturés par le satellite européen Sentinelle-2, avec au moins 29 nouveaux silos en cours de construction pour un total estimé entre 30 et 36 silos, selon les déclarations Roderick Lee, le directeur de recherche du China Aerospace Studies Institute, un organisme affilié à l’US Air Force.

Ces nouveaux sites en construction, ainsi que ceux beaucoup plus modestes déjà existants, indiquent de toute évidence que Pékin entend rapidement se mettre « à niveau » dans le domaine de la puissance de dissuasion nucléaire vis-à-vis des deux grandes puissances mondiales dans ce domaine, les Etats-Unis et la Russie. En effet, si l’on admet que l’ensemble des silos construits seront effectivement armés de missiles ICBM DF-41 d’une portée estimée entre 12.000 et 15.000 km, Pékin alignerait alors plus de 300 ICBM, mettant la Chine à parité avec Moscou (307 ICBM) et proche de Washington et de ses 399 Minuteman III déployés à ce jour. Comme pour la Russie et les Etats-Unis, Pékin alignera également une flotte de plus d’une douzaine de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins armés de missiles intercontinentaux à changement de milieux SLBM, ainsi qu’une soixantaine de bombardiers stratégiques, aujourd’hui des H-6, version largement modernisée du Tu-16 soviétique, et demain de H-20, un bombardier furtif stratégique qui se veut la réponse chinoise au B-21 Raider américain, de sorte à faire jeu égal avec les deux super-puissances nucléaires historiques.

Le missile ICBM DF-41 chinois va remplacer les missiles DF-5 à carburant liquide dans les silos chinois, permettant une mise en oeuvre beaucoup plus rapide en cas de menace.

L’augmentation du nombre de vecteurs nucléaires pour Pékin peut se justifier du fait des ambitions chinoises d’égaler voire de surpasser les Etats-Unis dans tous les domaines, y compris dans le domaine de la dissuasion. Il s’agirait également de prendre en considération les progrès réalisés dans le domaine des systèmes anti-balistiques comme le THAAD et le SM3 américain, le S-500 russe, ou le futur système TWISTER européen, qui tendent à réduire l’efficacité opérationnelle mais également psychologique de la dissuasion nucléaire, avec la promesse, il est vrais parfois hasardeuse, d’intercepter les vecteurs avant qu’ils ne viennent frapper leurs cibles. De fait, à l’instar des frappes aériennes, il s’avère désormais nécessaire de multiplier les vecteurs pour passer au delà des capacités d’interception de l’adversaire, et donc maintenir l’efficacité de la dissuasion nucléaire. Enfin, en multipliant les sites et les silos, Pékin désigne des cibles stratégiques pour les missiles adverses, qui devront donc à éliminer en priorité les capacités de riposte nucléaire chinoise en cas de conflit, réduisant d’autant les capacités de frappe vers d’autres cibles, comme les sites industriels ou les villes.


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