L’US Navy et le Congrès se livrent un bras de fer féroce au sujet du budget 2022

Dire que l’US Navy peine à définir une stratégie industrielle ces dernières années tiendrait de l’euphémisme, tant les difficultés et les revirements se sont succéder à brèves échéances. Il est vrais qu’en moins de 24 mois, celle-ci est passée d’un objectif à 355 navires en 2030 à celui de 500 bâtiments en 2045, pour revenir à une objectif de 321 à 370 navires dotés d’équipage et de 77 à 140 navires robotisés à horizon 2050 lors de la présentation du nouveau plan capacitaire devant le Congrès en juin 2021. Ces variations incessantes, et le manque évident de visibilité que cela entraine pour les forces comme pour les industriels, ont engendré une certaine méfiance, pour ne pas dire une méfiance certaine, de la part des sénateurs et représentants américains. Et la présentation du budget 2022, qui ne prévoit la commande que de 8 nouveaux navires, mais anticipe le retrait de prés de 19 navires dont 7 croiseurs de la classe Ticonderoga et de 4 LCS supplémentaires, suscita de vives réactions de la part du législateur américain.

Plusieurs sujets ont notamment profondément irrité les membres des commissions sénatoriales et de la chambre des Représentants, engendrant un bras de fer féroce entre l’US Navy et les élus américains. Ainsi, si la commission sénatoriale a effectivement validé le financement d’un second destroyer de la classe Arleigh Burke Flight III sur le budget 2022 dans le cadre des demandes complémentaires adressées par le Pentagone au Congrès, les sénateurs américains ont fermement averti les amiraux qui leurs faisaient face que c’était la dernière année qu’ils se livraient à ce type d’exercice. S’il est traditionnel pour les armées américaines d’adresser, en complément de leurs demandes officielles de financement dans le cadre du budget du Pentagone, des demandes de financement supplémentaires pour des programmes n’entrant pas dans le cadre budgétaire établi, il semble que désormais, l’US Navy, comme les autres armées US, anticipent à ce point ce mécanisme qu’elles l’utilisent de manière détournée pour financer des programmes de premières nécessité, permettant de préserver des financements dans le cadre normal pour des programmes parallèles qui n’auraient pas eut l’aval du Congrès.

L’US Navy va retirer du service 7 croiseurs de la classe Ticonderoga en 2022, alors que seuls 2 destroyers de la classe Arleigh Burke entreront en service.

Le deuxième sujet de tensions fortes concerna l’absence de commande pour de nouveaux chasseurs F/A 18 E/F Super Hornet, alors que la planification antérieure de l’US Navy prévoyait de commander 36 nouveaux avions de combat sur les budgets 2022, 2023 et 2024. Selon l’US Navy, il est préférable de diriger ces investissements vers la modernisation et la recapitalisation des Super Hornet actuellement en parc afin de les porter au Block III, dans l’attente de l’entrée en service du remplaçant F/A-XX dans le cadre du programme NGAD Navy (différent du programme NGAD Air Force), à horizon 2030. Cette solution permettrait non seulement de flécher davantage de financements vers le developpement du programme NGAD, mais également de libérer la ligne de production Boeing de St. Louis dans le Missouri, afin qu’elle puisse accélérer la cadence de modernisation des F/A 18 E/F actuels. Or, pour les sénateurs américains, l’exercice auquel veut se livrer l’US Navy est particulièrement risqué, d’autant qu’il lui manque déjà une quarantaine d’avions de combat pour un fonctionnement normal du fait du manque de disponibilité des F35C, et que la modernisation des F/A 18 Super Hornet va elle-aussi ponctionner une partie de ce parc.


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