Ces 4 dérives qui handicapent l’effort de défense occidental face à la Chine et la Russie

Alors que la compétition entre l’Occident et le bloc sino-russe devient de plus en plus âpre sur la scène internationale, de nombreuses simulations effectuées ces dernières années montrent qu’en dépit des dépenses de défense occidentales 6 fois plus importantes que celles de la Chine et de la Russie cumulées, ces derniers ne cessent d’accroitre leur puissance militaire relative, au point de probablement dépasser leurs compétiteurs dans la décennie à venir. On peut naturellement être tenté par des explications triviales, comme les couts de main d’oeuvre trés différents entre les pays, ou le contrôle bien plus ferme qu’impose ces régimes sur leurs populations respectives. Toutefois, ces explications ne sauraient expliquer, à elles seules, de tels écarts, ni les difficultés auxquelles font face les démocraties occidentales pour faire jeu égal avec Moscou ou Pékin. En effet, au delà des causes purement exterieures et structurelles liées à la nature de ces compétiteurs, il apparait que l’effort de défense occidental est aujourd’hui sévèrement handicapé par 4 phénomènes apparus progressivement au fil des années, et qui désormais influencent lourdement l’efficacité même de cet effort, au point de neutraliser l’avantage budgétaire dont ils disposent. Ces 4 dérives représentent, de fait, aujourd’hui, des obstacles majeurs et difficiles à surmonter afin de permettre aux pays occidentaux de se mettre sur un pied d’égalité avec Pékin et Moscou dans ce nouvel environnement géostratégique qui se dessine.

1- Le Technologisme Défense

S’il est incontestable que la technologie a joué, et continuera de jouer un rôle déterminant dans les conflits, la tentation est naturellement forte d’accroitre le plus possible la part technologique dans l’action militaire pour en espérer un avantage substantiel. Au delà d’un certain point, toutefois, cette volonté se transforme en conviction, voire en paradigme, pour devenir une réelle dérive technologiste, dans laquelle la foi dans les nouvelles technologies supplante toutes les autres considérations. Cette certitude entraine une véritable obfuscation conceptuelle des contraintes liées à l’implémentation de ces technologies parées de toutes les vertus, que ce soit en terme de couts et de disponibilité des materiels, ou de vulnérabilités directes et induites par celles-ci. Au fil de ces dernières décennies, de nombreux exemples de cette dérive ont été constatées, qu’il s’agisse des 3 croiseurs de la classe Zumwalt de l’US Navy sensés révolutionner la guerre navale, et dont le système d’arme principal, le canon de 155 mm Advanced Gun System est inopérant du fait des couts pharaoniques de chaque tir avoisinant le million de $, ou de la trentaine de Littoral Combat Ship dont les capacités opérationnelles ne permettent pas de les déployer en zone de combat. Au total, ces deux programmes auront couté aux contribuables américains l’équivalent de 45 frégates de la nouvelle classe Constellation, qui aujourd’hui font gravement défaut à l’US Navy pour contenir la montée en puissance des marines chinoises et russes.

L’USS Zumwalt et la LCS Independance, deux exemples de programmes marqués par des dérives et des ambitions technologiques excessives, au point d’en avoir perdu tout contact avec la réalité opérationnelle et des couts de conception.

Mais l’exemple le plus représentatif de cette dérive reste incontestablement le programme Joint Strike Fighter qui donna naissance au Lockheed Martin F35, un avion de combat sensé surpasser technologiquement tous les avions de combat existants, uniformiser le soutien aussi bien pour les avions basés à terre, sur porte-avions et sur porte-hélicoptères, et dont la furtivité avancée devait produire un avantage décisif au combat. Au final, aujourd’hui, alors que l’appareil n’a pas encore atteint la pleine production industrielle, ni son standard opérationnel de référence, il apparait que les arbitrages technologiques excessifs lui ayant donné naissance n’ont pas tenu compte de certaines contraintes induites par ses choix, comme en terme de maintenance ou de performances aéronautiques; ont, volontairement ou non, lourdement sous-évalué les couts de mise en oeuvre de l’appareil; et ont gravement sur-estimé l’efficacité de la furtivité passive mise en oeuvre, alors que les adversaires potentiels russes et chinois déploient désormais de façon intensive des systèmes de détection capables de contrer celle-ci, même à grande distance, comme les radars basses fréquences et les radars passifs.

Au final, loin de représenter un atout déterminant, le technologisme qui donna naissance à ces programmes, mais également à de nombreux autres, aura sévèrement érodé les capacités d’investissement et de modernisation des armées américaines, et par transitivité, de nombreuses armées occidentales, obligeant l’US Air Force à repenser son plan de modernisation, et à envisager de remplacer ses propres F16 par un nouvel appareil moins complexe et surtout moins onéreux, en lieu et place du F35A. On notera par ailleurs, aujourd’hui, que cette même foi inébranlable qu’avaient les armées US dans la furtivité il n’y a de cela que quelques années, se retrouve dans le concept d’engagement coopératif et de communication, le Joint All Domain Cooperation, ou JADC, là encore présenté aussi bien par l’US Army que l’US Air Force et l’US Navy comme l’Alpha et l’Oméga de l’efficacité militaire face à la montée en puissance chinoise dans le Pacifique. Il semble cependant un peu vite oublié, au passage, que les Armées chinoises elles-aussi mettent en oeuvre une doctrine comparable, et que son efficacité supposée ne vaut que si l’on a la suprématie des ondes pour maintenir les communications opérationnelles, domaine dans lequel précisément russes et chinois investissent intensivement.

2- L’effort de Défense comme Politique Publique


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