L’Indonésie officialise sa commande de 36 Rafale

2021 sera bien, selon toute probabilité, l’année du Rafale dans le milieu aéronautique militaire. En effet, selon le site indonésien Airspace-Review.com, les autorités de Jakarta auraient signé avec Dassault Aviation un « Contrat Initial » ouvrant la voie aux négociations de branches concernant l’acquisition de 36 avions Rafale dans le cadre du plan « Come Into Force » (en anglais dans le texte) avec pour objectif de signer le contrat définitif en décembre 2021. Les négociations de branches porteront notamment sur le package de compensations industrielles et économiques accompagnant le programme, la loi indonésienne étant particulièrement claire et stricte à ce sujet.

S’il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une commande ferme entrainant le versement d’un acompte, cette signature constitue une officialisation des négociations bilatérales qui ont lieu entre Paris et Jakarta, en l’intégrant dans le processus légal d’importation d’équipements de défense prévu par la législation indonésienne. Les négociations à venir seront encore longues et difficiles, comme l’a démontré le programme d’acquisition d’une douzaine de Su-35 qui avait également franchi cette étape, mais qui s’enlisa pendant plusieurs années sur le dossier des compensations industrielles et économiques, et fini par être ajourné sous la menace de sanctions américaines en application de la législation CAATSA. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit incontestablement d’une excellente nouvelle pour Dassault Aviation et l’industrie aéronautique militaire française, qui voient ces derniers mois de nombreux dossiers avancer rapidement, puisqu’outre les 3 commandes de la Grèce, de l’Egypte et de la Croatie déjà actées, le Rafale est semble-t-il en position favorable dans la compétition helvétique, que Dassault anticipe une probable nouvelle commande pour 2 escadrons supplémentaires venant de New Delhi, et que des ouvertures auraient été obtenues avec plusieurs autres pays comme les Emirats Arabes Unis.

Les Rafale français devront remplacer les Su-27 indonésiens aujourd’hui à bout de souffle

Pendant de nombreuses années, la France peina à exporter son fleuron aéronautique, ce qui entraina de nombreuses critiques et polémiques politiques et médiatiques autour du programme Rafale dans le pays. Alors ministre de la Défense du gouvernement Fillon, Hervé Morin qualifia même l’appareil « d’invendable » car trop complexe et trop cher. Cette image continue de coller à la peau de l’avion français dans l’opinion publique comme à l’étranger, même si les difficultés rencontrées par Dassault pour exporter son appareil se sont avérées bien plus conjoncturelles que structurelles. Ainsi, par deux fois, au Maroc et au Brésil, ce furent des erreurs politiques des gouvernants français qui engendrèrent l’échec des négociations. En outre, le Rafale s’est retrouvé, en Europe, opposé au F35 Lighting II de Lockheed Martin largement soutenu par l’OTAN et le departement d’Etat, entrainant des compétitions biaisées en faveur de l’appareil américain, comme aux Pays-Bas, en Belgique et plus récemment, au Canada.

Mais c’est avant tout la fin de la guerre froide, et les effets des réductions budgétaires consécutives de la politique des « bénéfices de la paix », qui handicapèrent le programme français. En effet, outre la réduction sensible du volume d’appareils que devait commander la France, passant de 315 à 225 appareils à terme, le calendrier de livraison fut également allongé de manière inconsidérée, puisqu’au lieu de livrer les 315 appareils sur une période d’une vingtaine d’années, les 225 Rafale français seront livrés sur une durée dépassant les 30 ans. Pour entrer dans ce cadre si contraignant, la Team Rafale dut ralentir non seulement les cadences de production, pour s’établir à seulement 11 appareils par an pendant plus de 10 ans, mais également les ambitions opérationnelles des différentes versions de l’appareil. C’est ainsi qu’il aura fallut prés de 15 ans pour amener le Rafale de sa version F1 spécialisée dans la défense aérienne, à la version F3 multi mission, non pas en raison de contraintes technologiques, mais uniquement en lien avec des contraintes budgétaires. Enfin, l’étalement du programme entraina une hausse des couts de production et de maintenance, concourant à créer cette image d’appareil cher et complexe.

Les premiers Rafale livrés à partir de 2000 à l’aéronavale française ont été porté au standard F3R, démontrant les capacités d’évolution très importante de l’appareil français.

Aujourd’hui, la situation est évidement très différente. Non seulement le Rafale dans sa version F3R est parfaitement polyvalent et multi-mission, mais il s’avère être sensiblement moins cher que ses homologues européens et américains de catégorie équivalente, comme le Typhoon et le Super Hornet, au point de pouvoir désormais concourir face à des appareils plus légers comme le F16 Viper avec une écart budgétaire faible par ailleurs compensé par les gains de performances proposées. En outre, si en matière de prix d’acquisition, il fait jeu égal avec le F35A, ses couts de possession sont prés de 40% moins élevés que ceux de l’appareil américain, et ses caractéristiques opérationnelles en terme de capacité d’emport, de rayon d’action, de manœuvrabilité et de fiabilité/disponibilité permettent désormais de tenir la dragée haute à la furtivité par ailleurs de moins en moins efficaces du point de vu opérationnel du F35. L’évolutivité du chasseur français, dont les premiers Rafale F1 de l’aéronavale française ont été portés au standard F3R multi-mission, constitue également un atout de taille, notamment face au Typhoon et au Gripen, alors que la prochaine version en developpement, désignée F4, offrira à l’avion de Dassault des capacités de combat collaboratifs et de fusion de données comparables à celles du F35 de Lockheed.

Dans le même temps, le marché à lui aussi considérablement évolué. Non seulement les tensions internationales ont redynamisé l’acquisition d’avions de combat, mais les nouvelles logiques de bloc, avec d’une part les Etats-Unis et de l’autre la Chine et la Russie, ont remis les équipements européens, et notamment français, en scène, d’autant plus lorsqu’ils sont dépourvus de technologies US comme le Rafale. C’est un des facteurs qui expliquent le succès de l’appareil en Indonésie, le pays étant traditionnellement non aligné, et ne pouvant plus acquérir, comme il le faisait jusqu’à présent, des appareils à la Russie au risque de déclencher les foudres de Washington et de la législation CAATSA. La diplomatie du rapport de force constant imposée par Donald Trump durant 4 ans aura également éloigné certains clients traditionnels de l’industrie US, ouvrant de nouvelles opportunités pour la France et les Européens. En outre, le Rafale a montré à plusieurs reprises son efficacité opérationnelle, et, fait marquant, ses utilisateurs semblent particulièrement enclins à étendre leur flotte, comme dans le cas de l’Egypte, du Qatar, et très probablement de l’Inde et de la Grèce.

L’Egypte a commandé 30 Rafale supplémentaires auprés avoir une première commande de 24 appareils

L’ensemble de ces facteurs, ainsi que la confiance inébranlable de la Team Rafale dans son appareil, même dans les moments les plus difficiles, expliquent le présent succès du Rafale. Reste qu’il serait désormais pertinent de rebondir sur ces succès et opportunités répétées pour redéfinir la stratégie d’acquisition de l’appareil pour les armées françaises. En effet, au delà des pics de production qui se profilent, il peut apparaitre judicieux d’évaluer les effets d’une augmentation sensible des commandes pour l’Armée de l’Air et de l’espace, ainsi que l’Aéronautique Navale, afin d’atteindre un seuil de productivité suffisamment élevé et long pour obtenir des effets de série, et donc des baisses de tarifs qui pourraient, à leur tour, augmenter le carnet de commande à l’export de l’appareil. Car si la baisse du volume de commande et l’étalement des livraisons avaient entrainé la hausse des couts de production du Rafale de près de 25%, une augmentation sensible de la production sur une durée suffisante pourrait tout aussi bien engendrer une baisse de 10 à 15% de ses prix de vente et couts de possession, ramenant l’avion français à parité avec le F16 ou le Gripen, et le mettant au niveau des bourses de pays plus petits et moins fortunés.

Cela permettrait également d’accroitre le parc des avions en service dans les armées françaises, et donc d’ouvrir de nouvelles opportunités basées sur la vente d’appareils d’occasion que l’on sait performante à plus d’un titre, y compris pour les finances publiques. En étendant le parc installé, l’industrie aéronautique française verrait par ailleurs son chiffre d’affaires récurrent, et donc ses emplois, augmenter, puisque chaque appareil exporté génère une moyenne de 3 m€ de revenus par an en matière de pièces détachées, de munitions, d’entretien programmé et de mise à niveau. Surtout, cela permettrait de combler le déficit opérationnel dans les forces aériennes françaises, donc de faire baisser la pression opérationnelle tout en augmentant les capacités de réponse instantanées des forces en cas d’agression.

En optimisant en volume et en durée la production de Rafale, il pourrait être possible d’atteindre des seuils industriels permettant une baisse des prix de production et de maintenance

On le comprend, au delà de la satisfaction de voir le Rafale rencontrer le succès qu’il mérite, il est désormais important de mener une réflexion ambitieuse sur l’utilisation optimale de l’engouement qu’il suscite aujourd’hui, tant du point de vue industriel qu’opérationnel et technologique. D’avion difficile à exporter, le Rafale pourrait alors devenir un formidable produit d’appel pour le futur de l’aeronautique militaire française, et pour le programme SCAF en particulier, qu’il soit ou non mené avec l’Allemagne. Une réflexion conjointe des industriels, des Etats-majors, de la DGA et du Ministère des Armées, pourrait dès lors ouvrir de nombreuses opportunités stratégiques pour le pays, d’une efficacité incomparable en matière de capacités opérationnelles mais également de retour budgétaire et social.

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