L’US Air Force entame la résistance et veut réduire ses commandes de F35A de 10%

Nous le savons, l’US Air Force est de plus en plus rétive vis-à-vis du plan qui initialement prévoyait d’acquérir plus de 1700 F35A pour remplacer sa flotte de F16, de A10 et une partie de ses F15. En cause, les couts de maintenance annuelle de chaque appareil, qu’elle estime dans un rapport obtenu par le site AirForceMag.com, à 36.000 $ par unité et par an en 2036, là ou elle visait, en 2012, un cout de 4,1 m$ par unité, soit une hausse de 90%. Mais les pressions subies par le Général Brown, le Chef d’Etat-Major de l’USAF, aprés qu’il ait évoqué l’hypothèse de developper un nouvel appareil moins onéreux et plus fiable pour remplacer sa flotte de F16, ont invité ce dernier à agir avec plus de prudence et de circonspection face à ce programme qui emploie plus de 250.000 américains répartis dans 48 des 50 Etats américains, et qui est particulièrement présent dans les états les plus puissants politiquement, comme la Californie, le Texas ou la Floride.

De fait, l’US Air Force semble désormais avoir opté pour une stratégie plus indirecte, pour diminuer la pression budgétaire que lui impose ce programme, sans pour autant apparaitre comme le fossoyeur de ce « Trillion Program ». C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la préparation des budgets prévisionnels de 2022 à 2026, l’US Air Force aurait opté pour une baisse de 10% des commandes annuelles de F35A, passant de 48 appareil à seulement 43. Dans le même temps, elle semble souhaiter s’appuyer sur un certain nombre de ténors politiques, Démocrates comme Républicains, eux aussi de plus en plus circonspects vis-à-vis de l’appareil de Lockheed-Martin, afin d’empêcher le Congrès d’augmenter le nombre d’appareils financés chaque année. En effet, depuis 2012, l’USAF demandait chaque année une ligne budgétaire pour acquérir 48 nouveaux F35A, mais le Congrès lui « accordait » une rallonge de 12 appareils, soit 60 F35A livrés. Mais cette « rallonge » budgétaire se faisait à budget global établi, et donc au détriment d’autres programmes, notamment dans le domaine de la R&D.

Le Général Brown semble avoir opté pour une stratégie plus indirecte pour sortir de la stratégie « Tout F35A » héritée des années passées, qui aujourd’hui handicape sévèrement le reconstruction de l’US Air Force

Dès lors, plutôt que de tenter de se battre contre le courant et d’entrer dans une posture de cible à abattre pour les lobbys industriels américains, le Général Brown, et de toute évidence une immense majorité du Pentagone, ont semble-t-il opté pour une stratégie plus indirecte. En effet, en réduisant le volume d’appareils commandés annuellement de 10%, sur la base de l’excès d’appareils en parc dû aux « coups de pouce » successifs du Congrès, et en argumentant sur les prix de maintenance à ce point excessifs qu’ils menacent désormais la soutenabilité de l’outil militaire que représente l’US Air Force, ils distillent peu à peu un message puissant au coeur de l’exécutif mais également du législatif américain, de sorte à éroder petit à petit le ferme soutien du Congrès à ce programme qui, de toute évidence, devient désormais un handicap important pour les chefs militaires américains.

Le pas de coté est suffisamment faible et justifié par l’excès d’appareils en ligne, pour ne pas être qualifié de fronde. Mais dans le même temps, il est suffisamment significatif pour altérer la fausse image d’appareil ultime qui s’est lourdement imprégnée dans l’imaginaire des américains, y compris de ses dirigeants et représentants politiques, mais également vis-à-vis de ses alliés, qui jusqu’à aujourd’hui ne jurent, pour la plupart, que par l’avion de Lockheed-Martin. Or, les critères qui aujourd’hui handicapent l’US Air Force, et notamment les couts de maintenance très excessifs et la trop faible disponibilité opérationnelle des F35A, touchent, ou toucheront, de la même manière les quelques 13 forces aériennes alliées qui ont commandé l’aéronef.

Le Typhoon européen et le Rafale français sont donnés favoris par la presse suisse pour le remplacement des F/A 18 Hornet et des F5 des forces aériennes helvétiques

Reste désormais à voir comment le Congrès américain va réagir à ces évolutions, sachant que le programme F35, s’il est loin d’avoir atteint ses objectifs opérationnels et budgétaires, a parfaitement rempli son cahier des charges politiques, de sorte à obtenir la représentativité la plus forte possible à la Chambre des Représentants. Dans ce contexte, les compétitions pour le remplacement des F/A 18 finlandais et suisses vont être observées avec une très grande attention. En effet, ces deux compétitions sont les premières qui ne donnent pas le F35A comme vainqueur par anticipation. Au contraire, les médias suisses, par exemple, semblent penser que la décision de Bern se fera entre le Typhoon allemand et le Rafale français. Le position du F35A en Finlande n’est guère meilleure, avec une préférence médiatique qui s’est portée sur le JAS 39 E/F Gripen du voisin suédois. Une décision de l’un ou l’autre de ces pays en faveur d’un appareil européen, ou du F/A 18 E/F Super Hornet de Boeing, constituerait une brèche sévère dans l’image de supériorité absolue dont aime se parer le F35, et pourrait de fait servir les intérêts de l’US Air Force dans ce bras de fer moucheté qui se déroule désormais à Washington.

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR