Comment le Su-57 va-t-il devenir la pièce maitresse de la Défense anti-aérienne intégrée russe ?

La Défense anti-aérienne intégrée russe est aujourd’hui, de manière presque unanimement reconnue, l’une des plus performantes au monde. Elle met en oeuvre, en son sein, et de manière coordonnée, des systèmes aux performances complémentaires, comme les systèmes d’interdiction à longue portée S-400, les systèmes à moyenne portée Buk et S-350, et les systèmes à courte portée TOR et Pantsir, de sorte à présenter à tout moment une homogénéité dans la défense qu’il s’avère difficile de prendre en défaut. Elle coopère également avec les éléments de la défense aérienne, comme les avions d’alerte aérienne avancée Be50, les chasseurs Su-27 et Su-35, et les intercepteurs Mig-31, les awacs étendant les capacités de détection du dispositif, et les chasseurs et intercepteurs intervenant à la demande pour combler les faiblesses constatées.

Toutefois, ce dispositif est désormais bien connu de l’OTAN, qui a mis en oeuvre des parades pour en venir à bout. L’une d’elle repose sur l’utilisation d’avions et de missiles furtifs, tels le F22, le F35 ou le missile SCALP, pour éliminer les equipments clés de ce dispositif, comme les radars de veille. D’autres appareils, comme le Rafale, sont spécialisés dans la pénétration à très basse altitude et à grande vitesse, afin de profiter du masquage terrain pour s’approcher de ses cibles sans subir le feu adverse. D’autres avions, comme le EA-18G Growler de l’US Navy, mettent en oeuvre de grandes capacités de brouillage pour neutraliser les radars adverses. Enfin, l’arrivée de missiles air-air à longue portée, comme le Meteor européen, permet d’éliminer les appareils de veille à distance de sécurité. Il était donc indispensable pour Moscou de faire évoluer son dispositif pour répondre à ces menaces, et maintenir un ciel dégagé d’avions adverses au dessus de son territoire et de ses forces. C’est précisément dans ce contexte que le nouveau chasseur furtif russe Su-57, dans une nouvelle version modernisée, s’intégrera.

Le système anti-aérien S500 lors des tests en conditions hivernales en 2020

En, effet, selon un article publié sur le site Izvestia.ru, citant des sources militaires et industrielles, les Su-57 qui seront livrés aux forces aériennes russes d’ici la fin de l’année, disposeront de nouvelles capacités de communication leur permettant de se coordonner avec les systèmes de défense anti-aérienne comme le S-400, le S-350, le Buk M3, le Pantsir ainsi que le S500. L’appareil pourra alors alimenter en information et en cibles le dispositif anti-aérien terrestre, allant jusqu’à guider les missiles, comme il pourra lui-même recevoir des désignations de cible pour ses propres missiles air-air. A lui seul, le Su-57 va donc agir en lieu et place du Be-50 pour ce qui concerne la veille aérienne, et des chasseurs et intercepteurs, tout du moins en première réponse.

Pour cela, le Su-57 s’appuiera sur ses atouts propres, à savoir en premier lieu sa furtivité passive lui permettant de s’approcher du dispositif aérien adverse sans risquer la détection et l’interception; ainsi que sa panoplie de senseurs actifs et surtout passifs, lui permettant d’enrichir la vision tactique de la defense anti-aérienne, sans devoir nécessairement devenir émissif, garantissant ainsi à la fois sa propre sécurité, et l’efficacité du dispositif d’interdiction aérienne. L’échange et le traitement des informations entre les éléments terrestres et le Su-57 seront grandement automatisés, permettant d’offrir aux officiers en charge de la défense anti-aérienne l’ensemble des éléments nécessaires à la prise de décision et à l’utilisation coordonnée optimale des différents dispositifs.

Avec ses deux grandes soutes d’armement, le Su-57 est capable d’emporter une vaste panoplie d’armement air-air, y compris le missile à très longue portée R-37M portant à 400 km

Souvent, en occident, il est commun de conférer à un équipement des vertus extraordinaires : un avion furtif indétectable comme le F35, un missile hypersonique impossible à intercepter comme le Tzirkon, ou un blindé ultra-moderne sur-armé comme le T14. Ainsi, le système anti-aérien S400 a longtemps été dépeint comme l’outil anti-aérien ultime par la presse, et même parfois par des officiels occidentaux. Pour les russes, la priorité n’était pas de concevoir un armement ultime, mais un équipement qui s’intégrerait au mieux dans son propre dispositif, pour répondre à un besoin précis. Ainsi, le rôle du S400 n’a jamais été de constituer une barrière anti-aérienne infranchissable contre les avions de l’OTAN, mais d’obliger les avions de soutien, comme les ravitailleurs et les awacs, à s’éloigner du champs de bataille pour en réduire l’efficacité, et à amener les avions de combat à évoluer à des altitudes plus faibles, les mettant à portée des systèmes Buk, Tor ou Pantsir.

Le Su-57 fut conçu selon le même paradigme. Il n’a jamais été question d’en faire un appareil aussi furtif que le F35, ceci entrainant trop de contraintes et de couts supplémentaires. Rappelons que les forces aériennes russes vont payer leur Su-57 31 m€ l’unité, soit le tiers du prix d’un F35A. L’objectif était de developper un appareil disposant d’une grande autonomie de vol, et d’une importante capacité d’emport, d’une grande capacité d’évolution et qui soit suffisamment furtif pour venir à portée de tir de ses armements embarqués tout en évitant la contre-détection. De fait, une surface équivalente radar de 0,1 m2, 10 fois plus grande que celle du F35 et sensiblement identique à celle du Rafale français, apparaissait largement suffisante, car permettant de s’approcher à 40 km d’un radar adverse de haute puissance avant d’être détecté, contre 20 km pour le F35 dans le meilleur des cas (radar bande X, secteur frontal), soit bien assez pour mettre en oeuvre ses armements, qu’ils soient air-air, air-sol ou air-surface.

Outre son intégration dans le dispositif anti-aérien russe, le Su-57 disposera également de la capacité de contrôler plusieurs drones de combat lourds S70 Okhotnik B, capables d’étendre ses capacités de détection et de riposte, y compris dans le domaine air-air.

Et pour se confronter à des adverses plus furtifs, comme le F35 ou le F22, le Su-57 s’appuierait sur ses senseurs passifs dont un excellent IRST (Système de détection infra-rouge) et une panoplie de senseurs électroniques passifs, mais surtout sur sa capacité à s’intégrer dans le dispositif anti-aérien allié, de sorte à amener l’adversaire dans l’enveloppe de tir de sa propre DCA. A noter que cette tactique était par ailleurs fréquemment employée par les équipages de chasse nord-vietnamiens pendant la guerre du Vietnam face aux appareils américains, ceci expliquant en partie l’hécatombe provoquée par la DCA nord-vietnamienne dans les forces aériennes US, alors que proportionnellement, la chasse de Hanoï n’enregistra que peu de victoires aériennes, alors même qu’elle était très efficace malgré son format réduit.

Quoiqu’il en soit, l’intégration du Su-57 au dispositif anti-aérien intégré russe n’ira pas sans poser d’importants problèmes à l’OTAN, qui s’appuie encore en grande partie sur les systèmes de détection aéroportés à haute fréquence pour assurer le contrôle aérien opérationnel et la direction des opérations aériennes. L’arrivée de nouveaux appareils de veille aérienne avancée dotés de radars basse fréquence, comme le Grumman E-2D Hawkeye qui équipera une flottille de l’aéronautique navale française, permettra en partie de contrer le type de furtivité passive employé par le Su-57. Mais ces appareils devront toujours évoluer à plus de 500 km de la ligne d’engagement, si tant est que cette notion existe encore, pour rester hors de portée des nouveaux S-500, alors que la portée de son radar AN/ALQ-217 n’est que de 300 nautiques, soit 570 km. Quand aux appareils furtifs, ils se retrouveront sous la menace d’un Su-57 invisible mais capable de diriger la défense anti-aérienne pour les contrer. On le comprend, si à lui seul, le Su-57 ne représente pas un problème insurmontable pour les forces aériennes occidentales, son intégration dans le dispositif de défense aérienne russe pose un défi autrement plus complexe, surtout si l’on prend en compte de l’arrivée du drone de combat S70 Okhotnik B à ses cotés d’ici 2025.

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