Le français ARES se tourne vers le Mirage 2000 pour entrainer les armées européennes

Depuis quelques années, plusieurs sociétés se sont spécialisées dans la prestation de service aérien avancé auprés des armées dans le monde. C’est notamment le cas dans un domaine bien particulier, celui des RedAir, à savoir des appareils privés jouant le rôle d’appareils hostiles pour entrainer les forces aériennes, navales et terrestres à faire face à ce type d’adversaires. Ce phénomène prit notamment un essor fulgurant aux Etats-Unis depuis 5 ans, puisque le marché, qui regroupe des acteurs comme Draken ou Atac, a désormais atteint son seuil de maturité sur un marché qui dépasse le milliard de dollar annuel.

Il faut dire que, pour les armées, ce type de service a beaucoup d’intérêts. Il permet d’une part de préserver des ressources, que ce soit des personnels et du potentiel d’avion d’arme que l’on sait très onéreux, mais il offre surtout une flexibilité d’autant plus importante que les volumes de flottes aériennes ont été divisés par deux, et parfois par trois, ces 20 dernières années. Dès lors, il est beaucoup plus simple et économique pour un ét-Etat-Major de faire appel à un prestataire privé qui dépêchera un appareil pour servir de patron (cible simulée) pour entrainer les personnels de défense anti-aérienne ou les détecteurs d’un navire de combat ou d’une base aérienne, que de mettre en place une mission de ce type avec l’Armée de l’Air ou l’Aeronautique Navale, par ailleurs déjà sollicités au delà de leurs capacités. Mieux, certaines sociétés proposent désormais de s’intégrer dans le dispositif Agressor avec des avions d’arme performants comme le mirage F1 ou le Kfir, pour engager des combats aériens simulés contre des pilotes en formation. L’intérêt de cette démarche est double, puisque l’heure de vol d’un mirage F1 est 5 fois moins onéreuse que celle d’un F35 et 2 fois moins cher que celle d’un F16, et que les appareils ont des qualités de vol très différentes, obligeant le pilote en formation à s’adapter pour faire face à un jet plus rapide et plus manoeuvrant que lui. Si cela vous rappelle un passage du film « Top Gun », c’est normal : le Fighter Weapon School de Miramar, communément appelé Top Gun, n’est autre que le premier Aggressor Squadron occidental à avoir vu le jour.

La SMP américain DRAKEN a acheté en 2017 22 Mirage F1 d’occasion auprés de l’Espagne pour répondre aux besoins d’entraînement des armées US.

Si le RedAir a pris son envol depuis prés de 10 ans outre-atlantique, ce type de prestation n’est apparu en France et en Europe que plus récemment. Ainsi, depuis 2015, la société française SDTS propose des services de ce type, notamment pour les missions de plastronnage au profit de la Marine Nationale. Dans le même temps, la société de maintenance aéronautique SECAERO développa son porte-feuille client set son savoir-faire, notamment dans le domaine du maintien en condition opérationnel des avions de combat démilitarisés. Ces deux sociétés ont annoncé récemment leur fusion afin de donner naissance à la société ARES, dont l’ambition est de devenir l’un des acteurs majeurs du RedAir en Europe dans les années à venir. Pour cela, l’entreprise s’appuie sur une flotte composée de 9 Aermacchi MB339 d’entrainement, 1 push-pull Cessna 337, 1 avion léger CTSW et 2 bimoteurs Merlin III en location. Surtout, ARES a annoncé, en début de semaine, avoir obtenu un accord pour acquérir 4 Mirage 2000 auprés d’un des clients exports de l’avion français.

L’arrivée de Mirage 2000, dont l’origine exacte et le modèle sont encore inconnus (et non le fait d’avoir utilisé des illustrations de m2000 grecs n’est pas un message caché), représente une première dans l’univers Redair à l’échelle mondiale, s’agissant du premier avion dit de « 4ème génération » à rejoindre ce marché. Qui plus est, les appareils acquis par ARES seront « émissifs », c’est à dire qu’ils seront dotés de leur radar et de leurs senseurs, et qu’ils pourront dès lors simuler finement des adversaires parfaitement modernes, sans nécessiter l’emport de pod. En outre, au delà du Redair et de la maintenance aéronautique, ARES développe un nouveau pole d’excellence dans le domaine de l’optronique embarqué, et ce pour pouvoir simuler, prochainement, des engagements passifs contre des avions de combat dits de 5ème génération. Si la première livraison concernera 4 mirage 2000, ARES ambitionne, à terme, d’aligner une flotte de 18 appareils, dont 8 à 10 seront en condition de voler, les autres servant de sources de pièces.

Le Mirage 2000 est l’un des appareils les plus performants de ce que l’on qualifie comme la « 4ème génération » d’avions de combat

La maintenance, justement, est au coeur de la stratégie d’ARES. Pour cela, l’entreprise s’est associée aux 4 grands acteurs de l’écosystème industriel du Mirage 2000, Dassault Aviation pour la cellule et le système de vol, Safran pour le réacteur M53, Thales pour le radar (RDI ?, RDY ? RDY-2 ???), et MBDA pour l’armement embarqué, car même si les avions n’emporteront naturellement pas de munitions actives, la participation du missilier européen permettra de simuler de nombreux scénario. Cet accord permettra à ARES de garantir à ses clients une qualité de prestation et une niveau de sécurité comparable à celui des forces armées, là encore à des tarifs, une disponibilité et une souplesse opérationnelle sans commune mesure avec l’utilisation d’avions d’arme modernes pour effectuer ces missions. La participation et les engagements des industriels français dans cette aventure peut également permettre d’ouvrir de nouvelles opportunités, plusieurs forces aériennes, comme les EAU, ayant à plusieurs reprises mis en balance la commande de Rafale avec la reprise ou la vente d’occasion de leur mirage 2000. Nul doute qu’au delà d’Ares, d’autres acteurs et notamment les grands acteurs américains comme Atak et Draken, pourront être intéressés par un service similaire auprés de l’industrie aéronautique nationale, ouvrant donc la voie à de nouvelles opportunités commerciales pour le Rafale.

Reste désormais pour ARES à transformer l’essai, et à séduire au delà des frontières françaises pour valider son modèle. La dimension européenne est au coeur de la stratégie de l’entreprise, qui s’est ainsi rapprochée de l’Agence Européenne de Défense, basée à Bruxelles, elle-même en pointe dans la promotion de cette approche auprés des armées européennes. Nul doute qu’avec un parc aérien composé de Mirage 2000, le partenariat industriel avec la BITD française, et le soutien de clients comme la Marine nationale pour qui SDTS réalisait chaque année 500 heures de vol de plastronage, les portes vont rapidement s’ouvrir.

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