Une nouvelle fois, la Russie va lancer la construction de 6 navires de guerre le même jour

Le 16 juillet 2020, Moscou avait créé l’événement en lançant simultanément dans ses chantiers navals la construction de 2 porte-hélicoptères d’assaut du projet 23900 de plus de 25.000 tonnes chacun, de 2 nouvelles frégates du projet 22350 Admiral Gorshkov, ainsi que de deux sous-marins nucléaires d’attaque du projet 885-M Iassen. De toute évidence, les autorités russes ont apprécié le regain de notoriété engendré par cet événement dans le domaine de la construction navale militaire comme dans les médias internationaux et nationaux, puisqu’à l’occasion des célébrations autours du jour de la victoire et de son spectaculaire défilé militaire annuel sur la Place Rouge du 9 Mai, elle réitérera l’exercice, en posant la quille de 6 nouveaux bâtiments de guerre, sans que la date exacte n’ait encore été officialisée.

Ainsi, les chantiers navals russes entameront, le même jour, la construction simultanée de deux nouveaux sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle Projet 636.3, désignée par l’OTAN sous le nom Improved Kilo, à destination de la flotte de la Mer Noire, où ils rejoindront les 4 autres Improved Kilo précédemment livrés. Parallèlement, deux nouvelles corvettes du projet Project 20380 Steregushchiy verront leur quille posée dans les chantiers navals Amur de Komsomolsk-on-Amur, pour rejoindre la flotte Pacifique. Enfin, et surtout, les deux derniers des 10 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du projet 995A Boreï-A verront leur construction entamée par les Chantiers Navals du Nord de Severodvinsk.

Les sous-marins projet 636.3 Improved Kilo sont des menaces plus que crédibles pour les flottes occidentales, notamment dans les mers étroites ou semi-ouvertes, comme la Méditerranée, la Mer du Nord, la Mer Noire ou la Mer Baltique.

L’entame simultanée des travaux pour ces 6 navires représente la seule réelle information nouvelle, puisque leur construction était annoncée de longue date, mais elle montre les nouvelles ambitions navales de Moscou, qui entend bien ne pas laisser à Washington et Pékin la possibilité de s’approprier seuls la primauté sur les océans. En effet, en tenant compte de ces 6 prochains programmes, les chantiers navals russes construisent ou testent aujourd’hui pas moins de 6 nouveaux SNLE Borei-A, 6 SNA de la classe Iassen, 5 sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle dont 3 Improved Kilo et 2 Lada, 2 porte-hélicoptères d’assaut 23900, 6 frégates Admiral Gorshkov, et 13 corvettes dont 5 Steregushchiy, 3 Gremyashchiy, 2 Merkuryi et 3 Buyan-M pour ne parler que des principales unités combattantes. L’ensemble de ces unités doit entrer en service d’ici 2027.

Les sous-marins 636.3 Improved Kilo jaugent 4000 tonnes en plongée pour une longueur de 73,5 mètres, et un diamètre de presque 10 mètres. Dépourvus de système anaérobie, Ils ne peuvent naviguer que 400 nautiques en immersion à vitesse réduite de 3 noeuds, mais il peuvent atteindre une vitesse de 20 noeuds en plongée et de 17 noeuds au schnorchel, et leur autonomie dépasse les 7.500 nautiques dans ce mode. Leur équipage de 53 hommes peut tenir la mer 45 jours, et mettre en oeuvre un important panel d’armements, comprenant 18 torpilles lourdes ainsi que 4 missiles de croisière Kalibr ou autant de missiles anti-navire à changement de milieu, ainsi que 24 mines anti-navires. Ils pourraient également mettre en oeuvre des missiles anti-aériens à courte portée à changement de milieu Strela pour leur autodéfense contre les drones, hélicoptères ASM et avions de patrouille maritime. Réputés très discrets à basse vitesse, les Improved Kilo sont de redoutables adversaires s’ils parviennent à couper la route d’une force navale. 6 Unités sont d’ores-et-dejà en service dans la flotte du pacifique Russe, 6 autres unités, dont les deux navires qui verront leur quille posée le mois prochain, sont eux destinés à la flotte de la Mer Noire. Moscou a par ailleurs annoncé qu’il entendait commander un nouveau lot de 6 bâtiments pour sa flotte de la Mer Baltique.

Malgré leur faible tonnage, les Steregushchyi disposent d’un armement et de capacités de détection avancées, aussi bien dans le domaine de la lutte anti-sous-marine qu’anti-navire ou anti-aérienne. En revanche, leur autonomie à la mer est des plus réduite.

Les corvettes du projet 20380/20381 Steregushchyi sont des navires de combat polyvalents de 2200 tonnes pour 105 mètres de long caractérisés par une importante puissance de feu, mais par une endurance à la mer limitée de seulement 15 jours, les spécialisant de fait dans la défense côtière ou dans le contrôle de mers fermées ou semi-ouvertes, comme la Baltique ou la Mer Noire. Pour autant, 6 des 12 Steregushchyi déjà livrées ou en construction sont destinées à la flotte du Pacifique. Elles mettent en oeuvre un arsenal impressionnant pour un navire de ce tonnage, avec un canon A-190 de 100mm, 2×4 missiles anti-navires Kh-35 d’une portée de 300 km, 12 silos verticaux pour le système anti-aérien à moyenne portée Redut dérivé du S-350 terrestre, 2 canons de defense anti-aérienne et anti-missile Gatling de 30mm AK-630M, ainsi que 2 lance-torpilles quadruples Paket de 324mm. En outre, elles disposent d’un puissant radar 3D Furke-2 d’une portée de 150 km, et d’une suite sonar composée d’un sonar de coque et d’un sonar remorqué. Un hélicoptère Ka-27 de lutte anti-sous-marine et un drone de reconnaissance Orlan-10 complètent cette panoplie.

Les SNLE de la classe Boreï sont appelés à devenir la colonne vertébrale de la composante sous-marine de la dissuasion stratégique russe. Longs de 170 m pour un tonnage en plongée de 24.000 tonnes, ce sont les submersibles les plus imposants dans le monde, à l’exception du dernier représentant de la classe Typhoon encore en service, le TK-208 Dmitry Donskoy, qui restera en service jusqu’en 2026. Après les 3 premiers Boreï admis au service entre 2012 et 2014, l’Amirauté russe s’est dirigée vers une version améliorée, désignée Borei-A, qui corrigeait certains défauts des Boreï initiaux, avec notamment une hydrodynamique optimisée, l’utilisation d’une hélice carénée de type Pump-jet, des systèmes de détection et de communication améliorés, et une furtivité acoustique renforcée. Grâce à son redacteur nucléaire OK-650V de 190 MW, le navire peut atteindre les 33 noeuds en plongée, et 15 noeuds en surface. Outre les 6 tubes lance-torpilles pour l’autodéfense, les Borei mettent en oeuvre chacun 16 missiles balistiques intercontinentaux RSM-56 Bulava de 37 tonnes armés chacun de 6 à 10 têtes nucléaires MIRV de 150 kt, pour une portée estimée entre 8500 et 9000 km. Si 3 Boreï et 1 Boreï-A sont aujourd’hui en service, 4 autres Boreï-A sont en construction, portant le nombre total de sous-marins à 10 SNLE d’ici 2027 (en tenant compte des 2 unités dont la construction débutera en Mai) pour remplacer les Delta et le Typhoon encore en service au sein des forces sous-marines stratégiques russes. Au delà, Moscou a annoncé son intention d’amener sa flotte à 12 SNLE, avec une nouvelle commande de 2 Boreï-A sur la prochaine GPV (Loi de programmation militaire russe).

Les SNLE Boreï-A sont aujourd’hui les plus imposants submersibles en service à l’exception du dernier représentant de la classe soviétique Typhoon.

Malgré ses moyens limités, et un budget défense dépassant à peine les 65 Md$, la Russie fourni donc un très important effort pour moderniser et parfois reconstituer sa flotte de guerre et sa composante de dissuasion sous-marine. Alors qu’en 2008, Moscou ne parvenait plus à assurer la permanence à la mer de ses SNLE, et peinait à dépêcher ne serait-ce que quelques navires simultanément lors de crises majeures (Georgie), le pays se dote désormais d’un arsenal naval puissant et étendu, doté d’équipements à la fois modernes et très bien armés, ramenant la flotte russe parmi les plus puissantes de la planète, sans pour autant espérer égaler les flottes américaines ou chinoises disposant de moyens autrement plus importants, sauf dans le domaine nucléaire. Quoiqu’il en soit, Moscou entame désormais chaque année la construction d’une dizaine d’unités navales majeures chaque année, soit entre 4 et 5 fois plus que ne le fait la France, l’Allemagne, ou la Grande-Bretagne, pourtant tous trois disposant d’une richesse nationale entre 30 et 80% plus importante que celle de la Russie. A ce rythme, Moscou aura également pris l’avantage militaire naval sur l’Europe dans les quelques années à venir, comme c’est déjà le cas sur le plan stratégique, terrestre et aérien depuis ces dernières années.

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