La convergence Guerre électronique-Cyber au coeur des nouveaux Pods des E/A18G Growler de l’US Navy

La prochaine génération de pod de brouillage équipant les E/A 18G Growler de l’US Navy, les seuls avions de combat modernes équipés pour le brouillage actif de l’arsenal occidental, auront des capacités sans commune mesure avec les pourtant déjà très performants ALQ-99 qui équipent aujourd’hui l’appareil. Au delà de capacités de brouillage renforcées, ces pods seront également dotés de fonctions de guerre cyber, selon une convergence entre guerre électronique et cyber appelée à s’imposer dans ce domaine. C’est en tout cas la lecture qu’en a fait le Contre-Amiral John Meier, commandant des forces navales de l’Atlantique pour l’US Navy, à l’occasion d’une Visio-conférence avec une association d’anciens personnels navigants, les Old Crows, ce 13 avril.

Selon l’officier américain, la ligne séparant la guerre électronique travaillant sur des technologies de brouillage des fréquences radio utilisées par les radars, les systèmes d’écoute électronique et les communications, et celle de la guerre Cyber, usant traditionnellement des réseaux câblés, tend à se délier, alors que les réseaux des adversaires, notamment en Chine et Russie, sont le plus souvent très bien protégés par de puissants firewall, ou sont tout simplement déconnectés du réseau internet, empêchant toute intrusion venant de l’extérieure. L’utilisation de porteuses radio pour transmettre des éléments de codes malveillants dans ces systèmes devient dès lors l’une des solutions les plus pertinentes, et ce alors que le traitement du signal, qu’il s’agisse de communication, de systèmes d’écoute électronique ou de radars, est désormais souvent numérique, donc potentiellement vulnérable à ce type d’attaque.

Les nouveaux pods de brouillage qui remplaceront les ALQ-99 à bord des EA18G Growler de l’US Navy seront de trois types, selon la bande de fréquence employée : basse, moyenne et haute fréquence. Le premier Pod, spécialisé dans les moyennes fréquences, entrera en service en 2022.

Pour une telle approche, l’utilisation de brouilleurs s’avère des plus pertinente, permettant par leur puissance électromagnétique de supplanter le signal original, pour y inclure les Malware qui serviront à leurrer, endommager ou détruire les équipements visés, voire davantage si ceux-ci partagent un réseau numérique. Dès lors, un Growler ainsi équipé, pourrait non seulement neutraliser les radars et systèmes de détection de l’adversaire en les bombardants de signaux électroniques, mais également en s’insinuant dans les systèmes, et ainsi accroitre la durée voire l’efficacité de l’attaque électronique, même une fois que l’appareil se soit retiré et le bombardement électronique terminé, augmentant considérablement dans le temps et l’espace le potentiel de nuisance d’un Growler au cours d’une seule mission.

Reste que les pods de brouillage sont loin d’être les seuls vecteurs susceptibles de mener des attaques cyber sur radio-fréquence. Les smartphones, ordinateurs et autre tablettes, employés par les militaires sont depuis plusieurs années la cible des hackers pour y implanter des Malware susceptibles de tenter de se répandre par radiofréquence dans les systèmes qui les entourent. Plus le porteur dispose d’une forte puissance de calcul et d’émission, plus les capacités de nuisances sont importantes. Les objets connectés, et par extension l’internet des objets, représentent également de sérieux vecteurs pour mener ce type d’attaque. C’est la raison pour laquelle l’Armée israélienne a interdit récemment les voitures connectées sur ses bases, celles-ci pouvant représenter une menace potentielle pour les systèmes de détection et de communication déployés sur place.

Tsahal, l’armée israélienne, interdit désormais l’entrée de ses bases aux véhicules connectés, qui représentent une menace potentielle sur le spectre CybeRF.

La « militarisation cyber » des ondes radio-électriques va, de fait rapidement représenter une menace plus que significative pour tous les systèmes hérités conçus pour analyser numériquement les signaux, et ne disposant pas des protections cyber nécessaires pour se prémunir de ce type d’attaque. Or, ceux-ci sont très nombreux, tant dans le domaine des armements terrestres, comme de nombreux systèmes sol-air, par exemple, mais également les blindés équipés de détecteurs RF, que des armements navals, on pense naturellement à tous les navires de combat bardés de capteurs électromagnétiques, ou que les aéronefs, qui sont dans le même cas. Quoi plus est, rien n’oblige à limiter cette menace cyber aux seuls ondes radios : les systèmes optroniques disposant d’une analyse numérique de l’image sont eux aussi possiblement sensibles à ce type d’attaque cyber par porteuse. Même le son peut être employé pour contrer les sonars passifs des sous-marins et navires de combat.

Il s’agit, à ce titre, d’une des principales réserves émises par certains experts du domaine, concernant l’immense élan visant à numériser et à mettre en réseau le champs de bataille, multipliant de fait les points de vulnérabilité d’un système global qui pourrait bien un jour, être victime d’un Malware susceptible de le neutraliser, et avec lui, une grande partie des capacités opérationnelles des armées entrainées à évoluer dans cette bulle numérique. Il est interessant de garder à l’esprit, par exemple, que le Think tank britannique Chatham House avait, en 2019, remis un rapport estimant que l’occident devait considérer que l’ensemble de sa flotte de satellites militaires était compromise par des malwares étrangers, venant de Chine, de Russie, de Corée du Nord ou d’Iran. Le récent exemple de la compromission des logiciels Fireeye et Solarwinds montre également la furtivité potentielle de ce type d’attaque, susceptible d’être activée au moment le plus opportun par l’adversaire, et le plus critique pour la cible.

En Europe, les seuls appareils spécialisés dans la guerre électronique offensive sont les Tornado ECR de la Luftwaffe, qui doivent être remplacés, dans les années à venir, par 15 EA 18G Growler acquis auprés de Boeing.

Le domaine de la guerre électronique et de la convergence guerre électronique-cyber, apparait dès lors comme un enjeu critique pour les armées dans les années à venir. Malheureusement, en Europe, cette capacité a longtemps été plus que négligée, seule la Luftwaffe disposant, sur tout le continent, d’appareils dédiés à la guerre électronique, en l’occurence des Tornado ECR dont les performances sont le reflet de l’âge des appareils. La guerre électronique est bien l’un des piliers du programme SCAF, mais cette capacité ne devrait pas arriver en service avant 2040. Les forces terrestres européennes ne sont guère mieux loties dans ce domaine, et seules certaines frégates, comme la FDI de Naval Group, ont effectivement été conçues pour prendre en charge ce type de menace, et faire usage de ces technologies dans un mode offensif. Reste que, globalement, l’Europe restera sévèrement démunie face à cette menace pendant les 20 prochaines années, alors que les tensions actuelles semblent dessiner un avenir à court ou moyen terme des plus menaçants.

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