Les Etats-Unis peuvent vaincre la Chine, mais avec des armes qui n’existent pas

Contrer une offensive contre Taïwan est aujourd’hui l’une des, si ce n’est la principale préoccupation des forces armées américaines. Malheureusement, les très nombreux wargames réalisés ces dernières années à ce sujet ne sont guère encourageants, les armées US étant régulièrement repoussées et l’ile indépendante tombant aux mains de Pékin dans la majorité des cas. De nombreuses options et innovations sont désormais expérimentées pour tenter de répondre à cet enjeu, avec par exemple des unités plus réduites, très mobiles et mieux coordonnées comme préconisé par les nouvelles doctrines des Marines et de l’US Army, l’appel à des navires robotisés et des drones pour l’US Navy, et l’usage de missiles hypersoniques et d’une doctrine d’engagement coopératif « All domain » pour l’US Air Force. Mais là encore, le compte ne semble pas y être.

L’US Air Force a toutefois annoncé, la semaine dernière, avoir obtenu des résultats encourageants lors de dernières simulations. Dans un article circonstancié , la journaliste Valerie Insinna décrit dans Defense News l’ensemble des choix ayant mené à ce résultat, notamment celui d’utiliser massivement des armes qui aujourd’hui sont soit en cours de developpement, soit qui n’existent tout simplement pas. C’est le cas du chasseur de nouvelle génération NGAD de l’US Air Force, un programme dans les tout premier stades de son developpement, et dont l’USAF a subrepticement dévoilé un visuel graphique dans son rapport bi-annuel portant sur ses acquisitions, mais également de l’intégration complète de la doctrine « All-Domain » en cours de développement, des drones de combat du programme Skyborg, des armes hypersoniques à longue portée, ainsi que d’un nouveau chasseur léger de génération intermédiaire, démontrant les limites de certains programmes présentés comme omniscients, comme le F35.

L’US Air Force a publié un visuel de son nouveau programme Next Generation Air Dominance. En l’Etat di programme, il est impossible de prédire que l’appareil final ressemblera effectivement à cette image, d’autant que le programme NGAD semble se diriger vers non pas un nouvel appareil, mais un ensemble d’appareils spécialisés complémentaires partageant la même base technologique.

En effet, la menace constante qu’exercera la chasse chinoise sur les avions de soutien, notamment les avions ravitailleurs, obligera l’US Air Force à mettre en oeuvre des appareils dotés d’un rayon d’action suffisant. Pour y parvenir, et mener des actions offensives au dessus de Taiwan ou du sol chinois, le F35A devrait alors employer des réservoirs supplémentaires, anéantissant son atout sensé être le plus efficace, à savoir la furtivité. De fait, les F35A de l’USAF ont du être cantonnés, dans cette simulation, aux missions d’attaque à longue portée, comme les F15EX, ou aux missions contre les navires et avions chinois dans le périmètre de l’appareil, obligeant les planificateurs US à employer d’autres appareils pour mener les actions offensives, comme le F22 dont ce n’est pas la fonction première, et surtout le NGAD, qui s’avère dès lors de plus en plus indispensable à moyen terme pour suppléer les faiblesses du dispositif offensif américain.

En outre, et pour minimiser les effets des attaques chinoises sur les aérodromes militaires alliés, l’USAF prit le parti, dans cette simulation, de ventiler au maximum ses forces sur l’ensemble des aérodromes disponibles, de sorte à réduire les effets d’une frappe massive sur l’un d’eux. Là encore, des appareils à la maintenance lourde et complexe, comme el F35 et le F22, se retrouvent aisément handicapés, car ils n’ont tout simplement pas été conçus pour opérer dans un environnement à ce point dégradé, et rustique. D’ou l’intérêt de disposer d’un nouvel appareil, de génération 4.5 comme l’envisage l’USAF, pour remplacer ses F16 à ce niveau trop vulnérables face aux défenses chinoises, mais dont l’empreinte logistique serait beaucoup plus légère, et la rusticité plus grande, vis-à-vis d’appareils plus lourds et plus modernes, comme le F35A.

Pour obtenir l’avantage simulé, l’US Air Force a du faire usage d’équipements n’étant pas encore en service, comme les drones de type Loyal Wingman développés dans le cadre du programme Skyborg.

L’utilisation des drones est également un facteur clé pour parvenir à faire face aux forces chinoises dans un tel scénario. En effet, même avec les hypothèses avantageuses téchnologiquement retenues lors des dernières simulations, les pertes simulées d’un tel conflit, en hommes comme en materiels, sont très élevées, sans commune mesure avec celles enregistrées lors des derniers conflits ayant marqués le XXème Siècle, comme lors des opérations en Irak et en Serbie. L’utilisation de drones de type « Loyal Wingman », dont les couts réduits permettent d’en accepter la destruction pour obtenir un avantage tactique, s’avère dès lors incontournable, tant humainement qu’économiquement, face aux défenses chinoises.

L’objectif principal de cette simulation, qui n’est est pas à sa première itération, est avant tout d’évaluer les différentes options tactiques et technologiques à disposition des armées américaines, dans un conflit majeur et un scénario complexe, comme La Défense de Taïwan. Celles-ci ont montré, au fil des années, que la puissance militaire américaine actuelle n’était pas conçue pour un affrontement contre un pays comme la Chine, alors qu’à l’inverse, Pékin a organisé et dimensionné son outil militaire dans ce seul but. La fébrilité que l’on constate depuis deux ans au Pentagone, avec la promotion de nouvelles doctrines, l’accélération de certains programmes technologiques, et des arbitrages de plus en tendus entre le Congrès, les Industriels et les Militaires, résultent des résultats plus qu’inquiétants de ces wargames.

Comme la Chine, la Russie a développé une importante capacité pour supprimer les avions de soutien de l’adversaire, comme les Awacs et les avions ravitailleurs, avec par exemple le missile Air-Air à très longue portée R37M qualifié récemment à bord des Su-35S russes.

Car, ne nous y trompons pas, ce qui est vrais pour la Chine au sujet de Taïwan, l’est tout autant au sujet de la Russie concernant l’Ukraine, voire des pays baltes ou de la péninsule scandinave. Si un conflit devait survenir en Europe centrale ou de l’Est, l’ensemble des aérodromes miltaires de l’OTAN à l’Est d’une ligne passant par Londres et Paris, seraient en effet la cible de frappes de missiles russes, obligeant à une grande dispersion des aéronefs, et à des missions menées de beaucoup plus loin par l’aviation de chasse occidentale. De même, les avions ravitailleurs et de veille aérienne seront les premières cibles des Su-35, Su-57 et Mig-31 russes armés de missiles anti-aériens à longue portée comme le R-37M conçu spécialement pour cette mission. Dès lors, les nombreux F35A acquis par plusieurs forces aériennes européennes, et présentés par Lockheed et le Département d’Etat américain comme l’avion de combat ultime, s’avéreront tout aussi handicapés pour défendre l’Europe qu’ils ne le sont pour défendre Taïwan.

Alors que les armées européennes sont aujourd’hui conçues et modelées pour des engagements sans rapport avec la haute intensité d’un conflit opposant l’OTAN et la Russie, ces derniers ont en revanche engagé, dès 2008 à la suite de la guerre contre Géorgie, de profondes réformes pour, justement, se préparer à ce type de conflit. Quand au developpement simultané des tensions en Ukraine et autour de Taïwan ces dernières semaines, il montre que Pékin et Moscou sont susceptibles de se coordonner pour handicaper la réponse militaire des Etats-Unis, et s’assurer ainsi d’un avantage tactique plus que significatif.

Le calendrier des programmes européens, comme SCAF et MGCS, apparait de plus en plus en décalage avec la réalité des évolutions géopolitiques et technologiques des menaces pouvant frapper l’Europe.

Dès lors, on peut s’interroger, comme nous l’avons fait à de nombreuses reprises sur Meta-Défense, sur la pertinence des programmes majeurs auxquels la France et les Européens participent aujourd’hui, notamment en matière de calendrier. Qu’il s’agisse de nouveaux blindés lourds aptes à faire face aux exigences du champs de bataille technologique moderne, notamment face aux drones, aux munitions vagabondes, et aux missiles antichars à longue portée, ou aux systèmes de combat aériens capables de défier La Défense anti-aérienne intégrée multi-couche russe, ces équipements risquent forts d’être nécessaires bien plus tôt que 2035 ou 2040, comme planifié aujourd’hui. En ce sens, les enseignements des simulations de l’US Air Force contre Taïwan devraient servir d’électrochoc en Europe comme c’est le cas aux Etats-Unis, et notamment en France, seule nation nucléaire du continent, au même titre qu’ils semblent avoir été assimilés par la Grande-Bretagne si l’on en juge par les orientations parfois radicales prises par la nouvelle Revue Stratégique Intégrée.

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