Services bancaires : l’industrie de Défense se trompe-t-elle de cible ?

Depuis plusieurs années, les entreprises ayant une activité de Défense rencontrent de plus en plus de difficultés pour se faire accompagner par les banques françaises et européennes. Même des services élémentaires, comme des crédits d’investissement, des lignes de trésorerie, ou des crédits documentaires, leurs sont refusés, au prétexte de la sensibilité des transactions, et des conséquences potentielles sur l’image de marque des banques si elles venaient à être mises en cause dans des marchés d’armement. Pour tenter de répondre à ce besoin, le GICAT, une association regroupant les professionnels de l’armement terrestre en France, a présenté aux autorités françaises un projet visant à créer une banque spécialisée défense et un fond d’investissement sous la forme d’un partenariat public-privé, avec la possibilité de faire appel à l’épargne des français pour alimenter le système.

Nous passerons sur le fait que ce modèle proposé par le GICAT est étonnant similaire à celui présenté il y a maintenant 10 mois dans un article publié sur Meta-Défense, à la différence prêt que l’article recommandait une structure privée, sans intervention de l’Etat. En effet, l’Industrie de Défense française, avec un chiffre d’affaire annuel de prés de 12 Md€, et une valorisation boursière des principaux acteurs dépassant les 15 Md€, aurait largement les moyens de financer en propre une tel service au bénéfice de l’ensemble de l’écosystème défense, sans devoir en appeler, une nouvelle fois, à la caution de l’Etat et aux finances publiques.

Les grandes entreprises de défense ne rencontrent pas les mêmes difficultés que les ETI et PME de ce secteur pou accéder aux services bancaires.

En outre, comme cela est apparu lors de l’étude autour du projet Europa-Défense dérivé de cet article, cette problématique d’accès aux services bancaires dépasse largement le cadre franco-français, puisque la majorité des entreprises européennes de ce secteur rencontre les mêmes problèmes. Or, si l’ensemble des grands acteurs de cette industrie à l’échelle européenne se rassemblait pour résoudre le problème, le risque comme l’investissement nécessaire au lancement d’une banque « Défense » Européenne seraient très modéré. Pour paraphraser la morale de la Fable « Le Chartier embourbé » de Jean de la Fontaine, « Aide toi, et le ciel t’aidera »…

En revanche, il semble stupéfiant que les industries de Défense françaises n’envisagent pas un seul instant de résoudre le problème de fond qui amène les banques à vouloir ou pouvoir refuser d’accompagner les acteurs d’un écosystème rassemblant plus de 200.000 emplois industriels en France, et qui représente la seconde industrie exportatrice du pays. Une nouvelle fois, celle-ci se montre totalement hermétique aux questions d’image dans l’opinion publique de cette activité pourtant largement et aisément valorisable. Car si l’industrie de Défense française pouvait s’appuyer sur la même adhésion publique que celle de l’industrie américaine, ou même russe, les positions exprimées par les banques seraient beaucoup plus délicates à soutenir.

L’industrie de Défense française conditionne prêt de 400.000 emplois dans le pays, et représente la seconde industrie exportatrice après l’aéronautique civile (qui n’existerait pas sans l’aéronautique militaire)

L’hypothèse de la création d’une banque défense est certes séduisante, mais pour qu’une telle solution puisse voire le jour, il est indispensable de profondément modifier l’image globale de l’industrie de Défense dans l’opinion publique, ne serait-ce que pour pouvoir espérer capter une partie de l’épargne volatile annuelle du pays, qui représente tout de même plus de 70 Md€ chaque année. En outre, les grandes entreprises de Défense qui chapeautent l’ensemble de l’activité de l’écosystème, comme Thales, Naval Group, Nexter, Airbus, Safran, MBDA ou encore Dassault Aviation, pourraient elles aussi user de leur influence pour amener les banques françaises à modifier leurs positions de façon durable, et ce d’autant plus facilement que l’opinion publique évoluerait conjointement dans la même direction.

En réalité, il n’est pas nécessaire de convaincre « le secteur bancaire » d’accompagner l’industrie de Défense. Qu’une seule banque européenne vienne à se déclarer en soutien à cette activité est largement suffisant pour répondre à l’urgence, et pour amener l’ensemble du secteur bancaire à changer ses paradigmes, de peur de perdre des parts de marché significatives. Et si l’ensemble des grandes entreprises de défense européennes venait à transférer leurs activités bancaires vers cette banque, et qu’une grande partie des collaborateurs du secteur venait à faire de même, nul doute que la situation évoluerait positivement, très rapidement, et sans intervention de l’Etat, pour recréer des relations normales entre le secteur bancaire et l’industrie de Défense. Ce serait également le cadre idéal pour entamer une action concertée visant à modifier l’image de cette industrie dans l’opinion publique européenne …

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