Quelles sont ces technologies de camouflage de nouvelle génération ?

En langue anglaise, un terme est souvent employé pour désigner les technologies de camouflage de nouvelle génération : le Cloaking, littéralement l »utilisation d’une cape ». La référence aux capes elfiques de Frodon Saquet et de la cape d’invisibilité du plus célèbre des jeunes sorcier britannique est évidente, tout en conservant une dimension onirique. Pour autant, ce terme est aujourd’hui utilisé le plus sérieusement du monde par de nombreux laboratoires de recherche travaillant pour l’industrie de Défense dans le monde. Grâce à de nouveaux méta-matériaux, il est en effet désormais possible d’effacer totalement ou partiellement la présence d’un objet, d’un véhicule ou d’un soldat, à la vue des forces adverses. Quelles sont ces technologies de camouflage de nouvelle génération, et vont-elles prochainement entrer en service au sein des forces armées ?

Il n’existe en réalité non pas une, mais plusieurs technologies cherchant à effacer la présence d’un soldat ou d’un véhicule dans le spectre lumineux. La plus ancienne, et la plus largement utilisée, n’est autre que le camouflage classique, cherchant à reproduire les caractéristiques chromatiques et physique de l’environnement dans lequel se trouve les combattants. L’exemple le plus abouti de ce type de camouflage est la combinaison Ghillie, inventée en Ecosse par des garde-chasses au début du XXeme siècle, et qui fut utilisée pour la première fois au combat durant la première guerre mondiale. Mais cette technologie, si elle est simple et économique, n’est pas exempt de défauts.

Les tenues de camouflage Ghillie sont toujours fréquemment employées par les tireurs de précision, ainsi que par nombre de chasseurs.

En premier lieu, la tenue doit être adaptée et modifiée à chaque environnement, de sorte à se fondre dans celui-ci. En second lieux, si elle s’adapte bien aux soldats d’infanterie, elle est beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre sur des véhicules. Enfin, elle ne masque pas la signature infrarouge des soldats, alors que les détecteurs IR se sont largement démocratisés ces derniers années dans les armées. Les nouvelles technologies de camouflage s’attachent justement à résoudre ces 3 points précis. Elles doivent, de fait, être adaptatives vis-à-vis de leur environnement, être portables pour pouvoir être appliquées aussi bien à des personnels qu’à des véhicules, et enfin, être multi-spectrales, notamment dans le spectre infra-rouge, pour contrer les systèmes électro-optiques de détection. Il existe aujourd’hui trois grandes catégories de technologies s’appliquant à ce domaine.

La première d’entre elle repose sur les matériaux chromogeniques contrôlés par un faible courant électrique. En modifiant les caractéristiques (intensité, tension, fréquence) du courant électrique traversant le matériaux, celui-ci réorganise les cristaux liquides le composant, permettant de transformer le spectre de couleurs renvoyées. C’est notamment cette technologie qui est employée sur la prochaine tenue de camouflage de la tenue de combat Sotnik de l’armée russe, destinée à remplacer la tenue Ratnik actuellement en service. Elle permettra de contrôler son rendu chromatique multi-spectral grâce à un très faible courant traversant le tissu, dans une approche souvent comparée à celle des céphalopodes comme la pieuvre ou la seiche. Dans le domaine des véhicules de combat, BAE System utilise une approche similaire pour son système ADAPTATIV, composé de briques unitaires renvoyant un rayonnement faisant apparaitre le support très différent de ce qu’il est. C’est ainsi que l’image infrarouge de véhicule blindé de combat d’infanterie peut aisément être prise pour un inoffensif cabriolet japonais.

La technologie Adaptativ de BAe System permet de modifier sensiblement le rayonnement infrarouge renvoyé par un véhicule blindé (voir photo en en-tête) ou un hélicoptère.

La seconde technologie repose, quand à elle, sur l’utilisation de cristaux liquides thermochromiques, dans une approche sensiblement similaire à la première. Toutefois, cette technologie ne requiert aucune courant de controle, permettant de l’employer plus facilement, que ce soit directement sur la peau, ou sur des véhicules et des supports quelconques. Ici, c’est la température ambiante qui conditionne la réponse chromique des cristaux liquides, permettant de se passer de la contrainte électrique. En revanche, cette technologie est surtout efficace pour éliminer la signature infrarouge de ce qu’elle couvre, ne pouvant s’adapter chromatiquement à la perception des teintes exterieures. Des travaux menés à l’université de Seoul ont ainsi montré que de simples patchs cutanés pouvaient masquer de façon très efficace la signature infrarouge d’une personne, la confondant avec le rayonnement thermique ambiant.

La troisième approche technologie utilise un méta-matériaux capable de courber la lumière. De manière synthétique, ce matériaux semi-transparent remplace l’objet à éliminer par les images réfléchies par transparence entourant ce dernier, en courbant le parcours de la lumière qui le traverse. Si son utilisation est plus ardue que celle des deux matériaux précédants, car le masquage est directionnel et non multi-directionnel, il s’agit toutefois d’un matériaux simple se présentant sous la forme d’un tissus semi-transparent, et pouvant facilement être mis en boule dans un sac à dos, voire être employé comme une voile de parachute.

Les tenues d’invisibilité sont commune, aussi bien dans la littérature fantastique que dans les univers de Science Fiction (Film Ghost in the Shell – 2017)

Ce domaine est en plein essor aujourd’hui, et d’autres travaux, encore plus prometteurs sont en cours. En effet, dès lors que l’on est capable de contrôler le rayonnement ondulatoire d’un matériaux, il est possible d’imaginer étendre ces caractéristiques au delà du seul spectre lumineux, pour neutraliser d’autres ondes, potentiellement plus énergétiques et destructrices. L’US Army est en pointe dans ce domaine, cherchant aussi bien à réduire les dégâts infligés par des décharges énergétiques adverses (cas d’un obus, d’une explosion) que pour réduire la fatigue des éléments exposés à leur propre rayonnement mécanique et thermique. Cette approche ouvrirait naturellement de nombreuses possibilités dans le domaine des systèmes d’arme et des moteurs.

De toute évidence, l’arrivée dans les armées des premiers systèmes de masquage optique n’est plus si éloignée, et la tenue portée par le Major Kusanagi dans Ghost in the Shell ressemble de moins en moins à de la science fiction. Au final, les certitudes de Donald Trump concernant l’invisibilité « réelle » du F35 pourraient bien s’avérer exactes d’ici quelques années. Mais entre les laser à haute énergie, les plasmas électromagnétiques de protection, les tenues de camouflage thermoptique et des robots de plus en plus puissants et autonomes, il semble que la réalité aura très vite rattrapé tout l’univers de la littérature cyber-punk. On comprend pourquoi l’Agence de l’Innovation de la Défense française a décidé de constituer une équipe d’auteurs de science fiction et de futurologue, chargée d’imaginer le futur de l’engagement militaire. Il ne reste plus qu’à recruter les futurs Issac Asimov, Franck Herbert et Masamune Shirow, pour que la démarche soit effectivement efficace.

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR