Le Russe Rostec développerait un chasseur léger monomoteur de 5ème génération

L’industrie de Défense russe a enregistré de nombreux succès ces dernières années sur la scène nationale mais surtout internationale, avec une moyenne de 13,5 Md$ exportés chaque année sur les 5 dernières années. Cela lui permit de moderniser nombre de ses infrastructures, mais également d’entamer des travaux de developpement en dehors d’une commande nationale, même si l’état russe reste l’actionnaire majoritaire et parfois unique de la plupart de ces entreprises. Plusieurs programmes propres ont ainsi été lancés, notamment dans le domaine des drones et de la robotique. Mais les déclarations du président du géant technologique russe Rostec ce lundi lors d’une conférence de presse montrent que l’industrie russe a des ambitions dépassant largement ce niveau.

En effet, Sergei Chemezov a indiqué que Rostec développait actuellement un nouveau modèle de chasseur léger de 5ème génération, un appareil monomoteur pouvant être livré en version pilotée ou dronisée. Développé sur fond propre, ce programme sera, selon le président de Rostec, proposé à certains partenaires étrangers, sous la forme d’un partenariat technologique ou sou celle d’une co-production. Aucune caractéristique technique supplémentaire, ni aucun support visuel n’a été fourni. Cette déclaration, bien qu’énigmatique, ouvre de nombreuses perspectives et possibilités pour l’industrie de Défense russe sur la scène internationale.

18 forces aériennes mettent encore en oeuvre des avions de combat Mig-21 en 2020

On pense naturellement de prime abord au projet de coopération entre l’industrie de défense russe et celle des Emirats Arabes Unis dans le but de developper un chasseur léger monomoteur, un programme annoncé en 2017, et qui devait initialement être basé sur le Mig-35. Mais bien d’autres programmes internationaux et partenaires pourraient être intéressés par l’offre russe. C’est le cas de l’Inde dont le programme MMRCA 2 peine aujourd’hui à trouver une véritable offre économique pour reconstituer la flotte légère des forces aériennes indiennes, en raison des difficultés technologiques rencontrées par le programme Tejas Mk1 et des incertitudes concernant le Tejas Mk2. On pense également à l’Iran, qui serait sans le moindre doute prête à financer un tel développement pour pouvoir moderniser ses forces aériennes.

Le programme de Rostec peut également représenter une opportunité pour le programme TFX turc, en peine de partenaires internationaux, même si ce dernier devait initialement reposer sur une configuration bi-moteur. Enfin, il peut servir de base de collaboration avec Pékin pour un appareil destiné à prendre le relais des J-10, qui malgré leurs performances élevées, pourraient être surclassés par les dernières version du F16 américain ou par le Rafale français. D’autres pays, comme l’Indonésie, l’Algérie, l’Egypte ou le Vietnam, clients traditionnels de l’industrie aéronautique russe, pourraient également voir un intérêt à participer à un tel programme, tant pour developper leur propre industrie aéronautique de défense que pour étendre leur forces aériennes.

Le F16 block 70 est l’und es appareils de combat les plus vendus depuis 2015, car il reste l’un des rares véritables avions de combat monomoteur occidental

Cette annonce intervient également à un moment critique, alors que le Sénat américain doit se prononcer, cette semaine, sur l’exportation d’avions de combat F-35A et de drones MQ-9B aux Emirats Arabes Unis. L’ambassadeur émirati aux Etats-Unis a déjà fait savoir que si le Sénat, ou la prochaine administration, venait à s’opposer à cette transaction, le pays n’hésiterait pas à se tourner vers d’autres partenaires. On peut toutefois se demander si la sortie du diplomate était des plus pertinentes, alors que justement, l’une des principales réserves des parlementaires américains repose sur le fait qu’Abu Dabi se soit déjà retourné vers Moscou et Pékin lorsque Washington lui refusait certaines licences d’exportation, comme dans le cas des drones MALE.

Reste que la conception d’un chasseur léger monomoteur, possiblement en double version pilotée et dronisée, répondrait incontestablement aux attentes d’une partie non négligeable du marché international, surtout si l’appareil reste économique et que ses performances, notamment en matière de « 5ème génération », sont effectives. Rappelons qu’à titre d’exemple, il s’est vendu plus de F16 Viper entre 2018 et 2020 que de F35 dans le monde, et naturellement que de Rafale, F18, F15 et Typhoon. Comme nous l’avions étudié dans cet article, de nombreux pays, même en Europe, peinent à pouvoir équiper leur force aérienne d’appareils aussi onéreux, à l’achat mais surtout à l’usage, sauf à se satisfaire d’une flotte très réduite, qui pose d’autres problèmes majeurs.

La France avait développé une grande expertise dans le domaine des chasseurs légers monomoteurs, en développant la gamme Mirage, des appareils légers, économiques et capables de se confronter à tous les avions de combat contemporains.

En outre, la conception dual d’une version pilotée et d’une version drone sur la base d’une même plate-forme peut s’avérer très pertinente, permettant de répondre à un grand panel de besoins, aussi bien pour renforcer des forces aériennes déjà équipées d’avions pilotés modernes, que pour les pays désireux de maintenir une flotte d’avions de combat pilotés. Enfin, le choix de la configuration monomoteur marque la volonté de Rostec de concevoir un appareil économique, notamment face au Mig-35 sensé répondre aux besoins de chasseurs légers et économiques, mais handicapé par ses deux moteurs, doublant les besoins de maintenance. Le retour à une configuration monomoteur, qui était celle du Mig-17 et du Mig-21, deux grands succès de l’industrie aéronautique soviétique, laisse penser que Rostec vise notamment le remplacement des Mig-21 encore en service dans prés d’une vingtaine de forces aériennes au travers le monde, ainsi que des 25 forces aériennes opérant toujours des Mig-29, et qui ne se laissent visiblement pas convaincre par le Mig-35.

Il faudra toutefois attendre d’avoir plus d’informations sur ce programme pour en déterminer le potentiel et les ambitions réelles. L’industrie russe est en effet coutumière des annonces largement enjolivées destinées à provoquer une réaction chez un partenaire, ou au sein des armées russes. Mais une telle initiative, si elle était effectivement menée à terme, répondrait incontestablement à de nombreux besoins sur la scène internationale, et pourrait, de fait, potentiellement renforcer la position de la Russie dans le monde. On ne peut que regretter, à ce sujet, que la France, l’autre grande nation des chasseurs légers avec la série Mirage III/5/F1 et 2000, ait abandonné ses ambitions et son marché de prédilection, au profit d’autres acteurs émergents, et surtout du F16 américain. Un chasseur léger de 5ème Génération à horizon 2030 développé dans le cadre du programme SCAF aurait, à n’en point douter, lui aussi répondu à de très nombreux besoins, sur la scène nationale comme européenne et internationale.

Illustration de l’article : représentation 3D artistique du concept Mig 1.42 – sans relation avec le modèle développé par Rostec donc il n’existe aucune représentation diffusée publiquement.

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