L’Armée de Terre française dévoile ses ambitions avec le programme TITAN

L’Armée de Terre française et la Direction Générale de l’Armement (DGA) ont publié cette semaine une animation vidéo présentant les grands axes de developpement en cours et à venir pour le combat aéroterrestre des armées françaises. Si aujourd’hui tous les regards, et la grande majorité des crédits, sont concentrés sur le renouvellement du segment « médian », à savoir les véhicules blindées légers et moyens, les plus susceptibles d’être déployés en opération exterieures, dans le cadre du programme SCORPION, le renouvellement de la composante lourde des forces est dès à présent planifié au sein d’un nouveau programme désigné TITAN.

TITAN n’est d’ailleurs, en soit, pas véritablement un nouveau programme indépendant. Il représente en effet le prolongement des ambitions de SCORPION pour faire face à des forces militaires téchnologiquement avancées et disposant elles aussi de moyens lourds, et intègre à ce titre non seulement les nouveaux programmes qui verront le jours d’ici 2035 à 2040, comme le nouveau système blindé lourd MGCS franco-allemand, le système d’artillerie et de feu indirect CIFS, également franco-allemand, ou le remplaçant de l’hélicoptère Tigre, mais aussi l’ensemble des moyens mis en oeuvre par SCORPION, de sorte à obtenir, à tout moment, la meilleure solution tactique pour répondre aux enjeux des engagements à venir.

La video publiée cette semaine par l’Armée de terre, la DGA, et les partenaires industriels du programme SCORPION et TITAN

Concrètement, TITAN s’appuie sur trois volets complémentaires :

  • le renouvellement des moyens de combat dédiés aux engagements de haute intensité, incluant MGCS et CIFS comme dit précédemment, mais également un système anti-aérien à courte portée SABC (Système anti-aérien Basse Couche), et les remplaçants du Véhicule de combat d’infanterie VBCI et de l’hélicoptère de combat Tigre.
  • L’extension des capacités des moyens issus du segment médian dans le cadre du programme SCORPION, dont le char léger EBRC Jaguar, les transports de troupe blindés VBMR Griffon et Serval, et le futur Véhicule Blindé d’aide à l’engagement, ou VBAE, destiné à remplacer les VBL à partir de 2025.
  • L’intégration de cette bulle de combat aéroterrestre dans un ensemble incluant les moyens des forces navales et aériennes, mais également ceux des alliés européens, et l’extension de ses capacités à l’ensemble des espaces d’affrontement, y compris dans le domaine de la guerre électronique, spatiale et cyber.

Ce dernier point est d’ailleurs identifié comme le pivot du programme TITAN, s’appuyant notamment sur le projet ECOWAR (European collaborative warfare capabilities), destiné précisément à concevoir une plate-forme de coopération européenne pour les engagements militaires, dirigé par la France et rassemblant la Belgique, l’Espagne, la Hongrie et le Roumaine au sein de la Coopération Permanente Structurée de l’Union européenne, ou PESCO. L’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal et la Suède se sont également joint à ce projet déterminant pour la coopération opérationnelle des forces européennes, mais dans un statut d’observateur.

MGCS se composera de plusieurs types de blindés lourds spécialisés, allant du char lourd au système lance-missile et d’artillerie à longue distance, en passant par les postes de commandement tactiques mobiles

La vidéo présentée par l’Armée de terre, la DGA et les partenaires industriels français du programme, Arquus, MBDA, Nexter KNDS, Safran et Thales, dévoile plusieurs des ambitions concrètes du programme, en matière d’engagement coopératif notamment, mais également de planification, de système de communication, d’interface homme-machine, ou encore d’utilisation intensive des drones de toutes tailles et à tous les échelons de l’engagement. L’ambition de l’exercice n’est certes pas de montrer une vision de ce que pourraient être l’aspect d’une guerre de haute intensité dans le futur, mais de mettre en avant l’homogénéité et les performances des moyens dont disposeront les armées françaises pour y faire face.

Reste que deux éléments interpellent au sujet de cette vidéo, et du programme TITAN plus largement. En premier lieu, on constate que l’ensemble des systèmes et technologies présentés existent déjà, ou tout du moins pourraient exister eu égard aux savoir-faire de l’industrie de Défense nationale. Il n’est présenté aucun système véritablement innovant, ou apportant une rupture opérationnelle unilatérale majeure, comme pourraient l’être des armes à énergie dirigée, des canons électromagnétiques, des systèmes de détection quantiques, et même, de façon plus triviale, des essaims de drones ou des technologies de combattant augmenté. En d’autres termes, en l’état des technologies existantes, la vision présentée ici pourrait fort bien représenter un engagement en 2025, et non en 2040.

La capsule de pilotage du T14 Armata offre d’ores et déjà une vision de ce que pourrait être les interfaces et les moyens à la disposition des combatants dans les années à venir

Le corollaire de ce constat, et second élément qui interpelle dans cette video, est que si la France prévoit d’étaler de tels developpement sur 20 ans, principalement pour des questions de budget, d’autres pays, potentiellement moins bien disposés que la France, pourraient eux choisir de le développer effectivement en 5 ou 7 ans. Dès lors, à partir de 2025 ou 2027, il est possible que des pays potentiellement belliqueux disposent de moyens de ce type, et en fassent usage contre des armées françaises ou européennes qui en seraient encore dépourvues. Les blindés lourds T14 et T15 Armata, des VCI Kurganet et Boomerang, des systèmes d’artillerie Koalitsyia, des systèmes de protection antiaérien robotisés TOR et Pantsir, et de la tenue de combattant Ratnik 3, vont dans cette direction, alors que l’ensemble de ces systèmes doivent entrer en service dans les quelques années à venir. La dynamique est la même en Chine, bien que menée plus discrètement.

De fait, comme nous l’avions établi dans un article au sujet du programme MGCS franco-allemand, le calendrier retenu pour le renouvellement des moyens de l’Armée de Terre, et notamment de ses moyens de combat lourds, pourrait bien créer, pendant plus d’une décennie, une vulnérabilité relative des armées françaises, mais également européennes, face à certains de ses voisins, et potentiellement vis-à-vis de ses intérêts stratégiques en Europe et ailleurs. Cette vulnérabilité ne pourra pas être compensée par d’autres moyens, comme les moyens aériens, eux aussi dépendant d’un calendrier similaire. Qui plus est, elle interviendra alors que, de toute évidence, les tensions internationales seront très élevées, bien au delà de ce qu’a connu le monde depuis 30 ans. On peut donc se demander si la guerre attendra que nos armées soient prêtes à la mener ? ou pas …

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