L’Italie va doubler ses capacités de formation de pilote de chasse en 2022

Décidément, l’actualité défense italienne est d’une extraordinaire densité depuis quelques mois. Après avoir annoncer l’augmentation du budget des armées de 10 % en 2021, et établit des ambitions opérationnelles très importantes pour ses 3 armées, Rome vient d’annoncer l’ouverture prochaine d’un Nouveau Centre d’entrainement pour former les pilotes de chasse italiens et étrangers sur la base de Decimomannu, sur la côte sud de la Sardaigne, à quelques encablures de Cagliari. L’Armée de l’Air italienne prévoir d’y former 80 pilotes de chasse par an, contre une capacité maximale de 40 par an aujourd’hui sur la base de Galatina, sur la côte adriatique non loin de Brindisi.

La formation italienne des pilotes de chasse se décompose en 4 Phases itératives, passant de la formation initial au vol (Phase 1) à la formation avancée sur avion d’arme (Phase 4). Aujourd’hui, les phase 2, 3 et 4 étaient effectuées à Galatina, respectivement sur avion MB339 pour la phase 2 et 3, et T346A pour la phase 4. Seuls les T346A de la Phase 4 seront déplacés à Decimomannu, les Phases 2 et 3 restant à Galatina, et remplaçant leurs MB339 par des M345 commandés auprés de Leonardo. Le M345 est un monoreacteur léger biplace destiné à l’entrainement des pilotes de chasse, comparable par ses performances à l’Alpha-Jet franco-allemand. Le T346 est la version destinée à l’entrainement du biréacteur d’attaque M346. Cet aéronef, un des meilleurs de sa catégorie, dispose d’une avionique et de capacités très proches de celles des avions d’arme modernes, comme le Typhoon, le Rafale ou le F35, sans toutefois les égaler, mais pour un prix de possession bien moins élevé que ces derniers.

L’Armée de l’Air Italienne va remplacer ses MB339 par 18 M345 conçus et fabriqués par Leonardo pour la formation initiale des pilotes de chasse

Incontestablement, la formation proposée par l’Italie bénéficiera des appareils les plus performants en Europe. Les forces aériennes allemandes utilisent toujours le T38 et le T6 à cette fin, alors que la France et l’Espagne ont décidé de remplacer leurs alpha-jet par des PC-21 Pilatus, un avion biplace propulsé par un turbopropulseur qui, s’il offre effectivement un cockpit proche de celui d’un avion d’arme, est toutefois très loin d’offrir des performances en terme de vitesse, de plafond, ou de taux de montée, comparables au M346 italien.

Avec 18 M345 et autant de T346 en parc, les forces aériennes italiennes vont non seulement pouvoir former plus et mieux leurs propres pilotes, mais elles pourront également accueillir un grand nombre d’élèves pilotes étrangers, une politique qui était précédemment celle de la France, et qui permettait, outre de maintenir des liens forts avec les etats-majors et les armées de nombreux pays, de promouvoir l’industrie aéronautique nationale, et ce, dans la durée. Aujourd’hui, la majorité de ces pays se sont retournés vers les Etats-Unis pour former leurs élèves pilotes, ce ci expliquant en partie le tropisme américain d’une grande partie des officiers des forces aériennes européennes. Même l’aéronautique navale française a fait ce choix pour ses pilotes de chasse, qui partent désormais pour Pensacola à peine terminent-ils leur sélection en vol à Lanveoc-Poulmic. Quelques années auparavant, les élèves pilotes de chasse de la Marine Nationale effectuaient un tronc commun avec l’Armée de l’Air sur TB-21 Epsilon sur la base aérienne de Cognac, puis à Tours sur Alpha-jet, avant de partir en navalisation aux Etats-Unis.

Le poste de pilotage du T346 servant à la formation avancée des pilotes de chasse italiens n’a rien à envier avec celui des avions d’armes modernes

L’offre de formation militaire est une capacité clé du rayonnement d’un pays dans le monde, et de sa capacité à faire interagir ses propres forces armées avec celles d’autres pays. A ce titre, les grandes écoles militaires européennes accueillent chaque année plusieurs centaines de stagiaires étrangers, venus d’échange européens pour partie, mais également des Etats-Unis, du Canada, et de nombreux pays amis, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ou en Amérique du Sud. Cette offre forme ainsi un pilier majeur de l’autonomie stratégique, pour chaque pays comme pour l’Europe elle-même. De fait, l’annonce italienne participera sans nul doute à renforcer cette notion, de même que ses annonces en faveur du renforcement de ses armées.

Car si Rome est moins radicale dans sa perception de l’autonomie stratégique européenne que ne peut l’être la France, notamment en participant à des programmes aux Etats-Unis et en acceptant d’acquérir certains équipements US comme le F35, la politique de défense menée semble, pour sa part, largement au profit de cette autonomie stratégique, et ce dans de nombreux domaines. Surtout, et à l’instar de la Grande-bretagne, il semble que l’Italie ait intégré le rôle crucial que peut représenter sa défense, et surtout son industrie de Défense, dans la relance économique du pays, et la lutte contre le chômage.

Les PC21 Pilatus de l’Armée de l’Air ont remplacé simultanément les avions Epsilon destinés à l’entrainement de base et les Alpha-jet pour l’entrainement avancé des pilotes de chasse.

C’est probablement pourquoi le pays consacrera, contrairement à la France, une partie du plan de relance européen, précisément à financer ces différents points. Si la France et l’Allemagne continuent de s’arquebouter sur leur paradigme liant le pilotage de l’effort de Défense au seul critère de la dépense, il est très probable que d’ici quelques années, l’Italie et le Royaume-unis auront rattrapé et même dépassé le couple franco-allemand dans ce domaine. Certes au profit de la défense européenne, mais certainement pas de celui des emplois en France …

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