L’Indonésie serait proche d’une commande de 48 Rafale français

La modernisation des forces aériennes indonésiennes est un dossier complexe, riche en rebondissements. Alors que Washington vient de refuser la vente de F35A à Jakarta, lui offrant à la place la dernière version du F16, le Block 70 Viper, les autorités indonésiennes se sont retournées vers Vienne pour négocier l’achat de la flotte d’Eurofighter Typhoon block 1 autrichienne, dont le pays à hâte de se débarrasser. Dans le même temps, Moscou espérait que la commande portant sur 13 Su-35s puissent être remise en selle, après avoir été mise à l’arrêt en 2018 par Jakarta de crainte d’être l’objet de sanctions américaines dans le cadre de la loi CATSAA. Parallèlement, le pays était sensé participer au programme sud-coréen KFX d’avion de nouvelle génération. Mais des tensions sont apparues entre Jakarta et Séoul, notamment liées à des défauts de paiement de l’Indonésie concernant le programme FA50 Golden Eagle.

Toutefois, la France est elle-aussi en négociation avec les autorités indonésiennes dans ce dossier, et ce depuis la visite du ministre indonésien de la Défense Prabowo Subianto à Paris en janvier 2020, visite durant laquelle il avait fait connaitre l’intérêt de Jakarta pour acquérir 48 avions Rafale, mais également 4 sous-marins Scorpene et 2 corvettes Gowind 2500. Le sujet n’avait toutefois pas donné lieu à plus de détails, ni de traitement médiatique, en grande partie du fait de la versatilité des autorités indonésiennes dans ce dossier. Pourtant, et en dépit du contexte délicat entourant les négociations avec Jakarta, les équipes de la Team Rafale et du Quai d’Orsay ont visiblement patiemment et discrètement développé leurs arguments.

L’Indonésie est entrée en négociation avec Vienne pour acquérir ses 15 Eurofighter Typhoon d’occasion. Cette commande pourrait ne pas être antinomique avec l’acquisition de 48 Rafale neufs auprés de Paris.

Suite à cela, à l’occasion de la nouvelle visite à Paris de Prabowo Subianto le 21 octobre pour rencontrer son homologue Florence Parly à l’Hotel de Brienne, le ministre indonésien aurait déclaré vouloir officialiser la commande des 48 Rafale « avant la fin de l’année », rapporte le site d’actualité économique La Tribune. Le site annonce par ailleurs que l’information a été confirmée par plusieurs sources, même si les équipes de Dassault Aviation et de ses partenaires estiment ce délais un peu court pour un dossier aussi important et complexe. Aucune autre information n’a filtré, ni en terme de valeur du contrat, ni de compensation industrielle et technologique ou économique. Rappelons que Moscou avait accepté de se faire régler une partie des montants relatifs à la commande des Su-35s en huiles de palme, à la demande des autorités indonésiennes.

Toutefois, la collaboration entre l’Indonésie et la France en matière d’équipements de Défense n’a jamais rencontré de difficultés particulières ces dernières années, alors que le pays a importé pour plus de 1,6 Md€ d’équipements militaires français sur la décennie passée. Ainsi, les armées indonésiennes sont permis les plus importants clients de l’industrie de Défense française, notamment concernant le système d’artillerie autotracté CAESAR avec 55 exemplaires commandés, ou ses hélicoptères avec 8 Caracal et 12 Fennec. Elle intervient également dans l’équipement des frégates de la marine indonésienne.

Les forces aériennes indonésiennes emploient aujourd’hui un parc hétérogène d’appareils de combat américains et russes, dont ce F16 C.

Un parc de 48 avions Rafale permettrait, et ce sans le moindre doute, aux forces aériennes indonésiennes de faire un bon capacitaire très significatif. Elles mettent en oeuvre aujourd’hui un parc hétérogène d’appareil composé de 33 F16 américains, ainsi que 5 Su-27 et 11 Su-30 russes. Cette flotte est complétée par 23 chasseurs légers Hawk britanniques, 15 T-50i co-produits avec la Corée du Sud, ainsi qu’une quinzaine de Super Tucano brésiliens. Ces appareils doivent assurer la protection des quelques 16.000 iles constituant l’archipel indonésien dont plus de 900 sont habitées. Dans ce contexte, l’allonge et la flexibilité d’emploi du Rafale, apte à assurer simultanément plusieurs types de missions au cours d’une même mission de longue durée, permettraient aux forces aériennes indonésiennes de considérablement renforcer leurs capacités défensives globales.

Ce besoin est d’autant plus pressant que l’Indonésie, avec la Malaisie et les Philippines, constituent un verrou naturel permettant de passer de l’Ocean Pacifique à l’Océan Indien, une route pour le moins stratégique pour Pékin et ses Nouvelles de Routes de la Soie. Car si la Chine est désormais le premier partenaire commercial de l’Indonésie, ainsi que son principale importateur et son premier client, Jakarta entend bien garder son indépendance vis-à-vis de son ambitieux voisin. Raison pour laquelle le président Jocko Widodo avait augmenté le budget de La Défense du pays de 16% en 2020, tout en ne représentant que 0,9% du PIB du pays, et 5% du budget de l’Etat, sans pour autant céder aux sirènes de l’industrie de Défense chinoise.

Avec 55 exemplaires commandés, l’Indonésie est un des principaux clients de Nexter concernant son canon automoteur de 155mm CAESAR

De fait, là ou de nombreux pays n’ont que peu de marges de manoeuvre en matière de budget de défense, les autorités indonésiennes disposent potentiellement de réserves importantes si elles devaient augmenter rapidement les moyens financiers consacré à la défense du pays, et ce d’autant que la croissance y est très soutenue, au delà de 5% depuis 2004 (hors crise Covid). Le PIB du pays est ainsi passé de 165 Md$ en 2000 à plus de 1.100 Md$ en 2019, atteignant désormais le 16ème rang des pays les plus riches de la planète. Dans le même temps, la population est elle passée de 211 millions d’habitants à 268 millions, avec une croissance de plus de 1% par an.

La Marine Indonésienne s’intéresse également aux corvettes Gowind 2500 proposées par Naval Group

Si le dossier se concrétise, il constituera incontestablement une grande réussite, aussi bien pour l’industrie de Défense française que pour sa diplomatie, dans cette région aujourd’hui ô combien stratégique. D’ailleurs, les deux pays doivent également signer un accord de Défense, signe d’un rapprochement significatif entre cette puissance asiatique et Paris. Ce serait aussi un succès pour le Rafale, appareil injustement décrié il y a encore quelques années, qui a enregistré depuis 6 ans plusieurs succès importants à l’exportation, en Egypte, au Qatar, en Inde et récemment en Grèce. De manière interessante, toujours dans cette même hypothèse, l’Indonésie serait le premier pays à acquérir le Rafale sans avoir précédemment acquis le Mirage 2000.

Ce serait enfin, très probablement, un nouveau succès à mettre au crédit de Jean-Yves Le Drian, le discret mais très efficace ministre des affaires étrangères français, qui avait déjà négocié les 3 premiers contrats d’exportation du Rafale alors qu’il était ministre de la Défense du président Hollande. Quoiqu’il en soit, il faudra désormais se montrer prudent et probablement patient. Comme nous l’avons dit en entame de cet article, l’Indonésie n’en est pas à un revirement prêt dans ce dossier. Quand aux deux autres demandes abordées lors de la visite de Prabowo Subianto en janvier à Paris, concernant les sous-marins Scorpene et les corvettes de Naval Group, s’ils ne sont pas abandonnés, ils apparaissent toutefois plus complexes qu’initialement présentés.

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