Le char Terminator-2 arrive dans les armées russes

Depuis sa première apparition publique, en 2005, le Боевая машина поддержки танков ou BMPT Terminator, signifiant véhicule de combat de soutien des chars, a tout à la fois engendré de nombreux fantasmes et spéculations, ainsi que beaucoup de scepticismes de la part de certains spécialistes des blindés. Les armées russes elles-mêmes étaient loin d’être convaincues de son utilité aux cotés de ses T72, T80 ou T90. De fait, les commandes ont été homéopathiques, et à seules fins de test. Mais lorsqu’en 2018, la variante modernisée Terminator 2 fut envoyée en Syrie pour des tests en environnement de combat, les résultats obtenus ont, semble-t-il, fini de convaincre les plus sceptiques au sein de l’état-major russe, et une procédure pour effectivement tester et intégrer le véhicule blindé aux armées russes fut lancée. Les premiers de ces chars ont été livrés à la 80ème division blindée de Chelyabinsk, selon un reportage diffusé par les médias russes, où ils seront intensivement testés en compagnie des chars qu’ils doivent escorter.

Traditionnellement, les chars de combat sont escortés par des véhicules de combat d’infanterie et l’infanterie qu’ils transportent, en vue d’éliminer les unités de blindés et d’infanterie, notamment les unités anti-chars, et pour empêcher des attaques par les flancs ou en dehors de la zone d’efficacité des chars lourds. Le BMPT Terminator a été conçu pour remplacer, à lui seul, simultanément les véhicules de combat d’infanterie ainsi que les unités d’infanterie débarquées. De fait, en environnement non urbain, 2 BMPT peuvent escorter un escouade de 3 chars de combat, en lieu et place de 6 VCI et 40 soldats d’infanterie, selon l’approche russe. En environnement urbain, la doctrine prévoirait de déployer 2 BMPT par char.

Le Terminator 2 ou BMPT-72 entame ses essais au sein de la 80ème division blindée russe

Pour effectuer cette mission, le Terminator dispose de 3 armements indépendants les uns des autres, capables de fait d’engager simultanément 3 types de cible. Son armement principal repose sur deux lance-missiles antichars armés de missiles 9M120 ATAKA à guidage radio et charge creuse en tandem, capables d’atteindre des cibles jusqu’à 10 km. Les 7,5 kg de charge militaire de l’ATAKA peuvent éliminer tous les types de chars en service dans l’OTAN, même en secteur frontal. A cela s’ajoutent deux canons automatiques 2A42 de 30 mm disposant chacun de 850 obus, et capables de tirer chacun 300 obus par minute jusqu’à 2500 m en tir tendu, et 4000 m en tir balistique. Enfin, pour les engagements à courte distance, le BMPT dispose de deux lance-grenades de 30 mm avec un total de 600 grenades en charge. Le système peut lancer jusqu’à 450 grenades en une minute, chaque grenade pouvant être propulsée jusqu’à 1700 m, et ayant un rayon de létalité contre l’infanterie de 7 mètres. Enfin, une mitrailleuse de 7,62mm coaxiale aux canons de 30 mm complète cet armement conséquent.

La puissance de feu n’est pas le seul attribut remarquable du Terminator. En effet, le blindé est monté sur un châssis de char lourd T90 propulsé par un moteur de 840 cv, propulsant les 48 tonnes du blindé à plus de 60 km sur route, et lui conférant un ration puissance / poids de presque 20 cv par tonne. De fait, le BMPT est très mobile, et capable d’accompagner et même de précéder lorsque c’est nécessaire les chars qu’il escorte. Son blindage est sensiblement comparable à celui du T90, avec notamment les modules de protection active Relikt conçus pour neutraliser les charges creuses, même en tandem. En outre, il bénéficie d’un système de détection de tir et de visée laser, et d’un système de protection Soft-Kill.

Le Terminator 2 a été déployé en Syrie pour être testé en situation de combat. Il semble avoir donné satisfaction et convaincu l’Etat-Major russe, pourtant initialement réticent

L’équipage de 5 hommes se compose d’un conducteur, d’un tireur, de deux opérateurs d’armement et d’un chef de char. Il est protégé contre les attaques nucléaires, bactériologiques et chimiques, à l’instar des autres blindés russes de première ligne. Il dispose enfin de plusieurs optiques multi-spectrales capables de détecter et d’engager des cibles jusqu’à 7000 mètres, de jour comme de nuit, et par mauvaises conditions de visibilité. Ainsi paré, le Terminator 2 semble effectivement capable de répondre à de nombreux besoins, particulièrement dans les domaines du combat urbain et de haute-intensité.

Pourquoi dans ce cas son adoption fut-elle si difficile et controversée dans les armées russes ? Le BMPT a été conçu pour empêcher qu’un scénario similaire à celui de l’entrée des chars russes dans Grozny en 1994 lors de la première Guerre de Tchétchénie, ne se reproduise. Le 31 décembre 1994, les chars et véhicules de combat d’infanterie du 81ème régiment de fusillés de la Garde russe entrèrent dans Grozny alors aux mains des rebelles indépendantistes tchétchènes. Après une progression de quelques kilomètres sans rencontrer de résistance, la colonne fut prise dans un feu croisé d’unités antichars et de mitrailleuses, détruisant le T72 de tête et le blindé en fin de convoi, puis éliminant méthodiquement tous les véhicules de la colonne. Les chars et VCI russes, conçus pour le combat en plaine, n’avaient pas la possibilité d’élever suffisamment leur armement pour engager les assaillant postés sur les toits et étages supérieurs des immeubles de la capitale Tchétchène.

Deux chars russes T72 détruits dans les rues de Grozny lors de la bataille qui dura plus d’un mois lors de l’hiver 1995

Quand aux forces d’infanterie embarquées, sensées précisément éliminer ces menaces, elles étaient composées de jeunes conscrits, qui tentèrent de se protéger dans les blindés, au lieu d’engager l’adversaire. Ce scénario se répéta pendant prés d’un mois, coutant la vie à plus de 2000 militaires russes, et entrainant officiellement la destruction de 62 chars et 160 véhicules blindés. Le massacre ne prit fin qu’une fois que les forces russes changèrent de tactique, et entreprirent de frapper massivement Grozny avec l’artillerie et l’aviation, sans pour autant parvenir à faire fléchir la résistance tchétchène. La première guerre de Tchétchénie pris fin le 31 aout 1996 avec le retrait des forces russes et le traité de Khasavyurt. La Russie reprit le controle de la province en 2000, dans ce qui fut appelé la seconde guerre de Tchétchénie, s’appuyant cette fois sur des unités tchétchènes loyalistes qui formeront plus tard le socle du régime du président Kadyrov.

L’expérience Tchétchène marqua profondément les états-majors russes, qui entreprirent de renforcer considérablement leurs moyens d’infanterie encadrant le déploiement des chars, et de privilégier l’utilisation d’armes longue distance au combat urbain. De fait, le BMPT Terminator, lorsqu’il fut présenté, allait à l’encontre de la nouvelle doctrine des armées russes, raison pour laquelle il fut plus ou moins ignoré, même si son apparition sur les salons attirait toujours l’attention. A ce titre, le Kazakstan et l’Algérie commandèrent le blindé, même sans qu’il soit officiellement en service dans les armées russes.

Le BMPT-72 Terminator 2 repose sur un chassis de T-72, et non sur celui d’un T-90 comme le BMPT Terminator original

La variante Terminator 2, ou BMPT-72, présentée officiellement lors du défilé de la victoire le 9 mai 2018, reprend les caractéristiques du Terminator, mais remplace le châssis du T90 par celui du T72, dont la Russie dispose de grands stocks sous cocon. Moins cher que le Terminator original, il ne nécessite que 3 hommes pour sa mise en oeuvre, les 2 lance-grenades ayant été supprimés, tout comme leurs opérateurs. Le blindé bénéficie de la même protection et la même mobilité que le BMPT, mais voit son électronique et son système de combat modernisé, avec davantage de taches automatisées. C’est cette version qui a été envoyée pour être testée en condition de combat en Syrie, comme ce fut le cas de très nombreux équipements russes ces dernières années, avec semble-t-il d’importants retours d’experience immédiatement intégrés et corrigés par les industriels.

Il n’y a pas, à proprement parler, d’équivalent au Terminator russe en occident. Le blindé le plus proche, dans l’esprit comme dans l’usage, pourrait être l’EBRC (Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat) Jaguar du programme SCORPION de l’Armée de Terre française. Ce blindé 6×6 de 25 tonnes emporte en effet, un canon de 40mm CTAS et deux missiles anti-chars MMP, ainsi qu’une mitrailleuse de 7,62mm en tourelleau télé-opéré par l’équipage de 3 hommes. Il dispose en outre des optiques et d’un système de combat lui conférant des capacités de combat contre l’infanterie, les blindés légers et les chars à courte et moyenne distance, à l’instar du Terminator, et son canon de 40 mm CTAS offre des capacités contre l’infanterie, les blinder légers et les aéronefs à basse altitude jusqu’à 4000m.

L’EBRC Jaguar, qui doit entrer en service au sein de l’Armée de Terre française en 2021, est le blindé occidental le plus proche, par ses capacités opérationnelles, au Terminator russe.

Le Jaguar est destiné à jouer le rôle de char léger projetable dans les armées françaises, mais également d’armer les unités de reconnaissance blindée ainsi que d’épauler les chars lourds Leclerc si besoin dans leurs engagements de haute intensité. Plus léger de presque 15 tonnes, Il est naturellement moins blindé que le Terminator, même si l’Armée de Terre envisage de le doter dans un second temps d’un système de protection hard-kill, en plus de ses systèmes de protection Soft-kill existants. Quoiqu’il en soit, sachant que les armées françaises ont toujours privilégié la mobilité et la manoeuvre au blindage, on peut admettre qu’aujourd’hui, le Jaguar est le blindé occidental se rapprochant le plus du Terminator Russe.

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