MBDA entame le développement du missile MLP qui équipera les hélicoptères Tigre français

L’attente fut longue, mais le developpement du futur Missile Longue Portée, ou MLP, qui doit remplacer les missiles antichars Hellfire équipant les Tigre HAD, a officiellement été lancé ce 13 Novembre à Bourges par le missilier européen MBDA en présence de la Ministre des Armée, Florence Parly. La phase de developpement durera 5 ans, et le nouveau missile antichar équipera les Hélicoptères Tigre HAD et Tigre 3 de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre à partir de 2028. Au total, ce sont 500 missiles MLP/MHT qui sont commandés par le ministère des Armées.

Comme le MMP entré en service en 2017 dans les armées françaises, le MLP est un missile NLOS, c’est à dire pouvant être tiré sans ligne de visée directe de la cible. Le missile est en effet doté d’un autodirecteur capable d’accrocher une cible « à la volée », permettant à l’hélicoptère lanceur de rester sous la protection du relief lorsqu’il fait feu, et donc de ne pas s’exposer à des tirs de riposte. Ce point est devenu crucial aujourd’hui avec la multiplication des systèmes anti-aériens à courte portée qui représentent une menace mortelle pour les hélicoptères de combat, comme l’ont montré les engagements dans le Donbass ou dans le Haut-Karabakh.

De nombreuses videos montrant des frappes de missile SPIKE ont été diffusées sur internet et les réseaux sociaux par les forces azéris pendant le conflit du Haut-Karabakh

Toutefois, et conformément aux engagements des armées françaises, le missile anti-char restera, pendant toute la durée du vol, sous le contrôle de l’équipage du Tigre, relié à l’appareil par une fibre optique renvoyant un signal video et permettant de piloter le missile, et notamment de lui designer ou interdire des cibles, comme c’est aujourd’hui le cas du MMP. On parle ici « d’homme dans la boucle », signifiant que la trajectoire du missile restera sous contrôle de la décision humaine, de sorte à éviter ou limiter les dégâts collatéraux.

Les performances du missile sont naturellement peu détaillées dans la communication faite lors de l’annonce. Il apparait qu’il sera doté d’une portée de 8 à 10 kilomètres, d’une charge militaire à effets multiples, et comme nous l’avons dit, d’un retour video actif de jour comme de nuit. Le lanceur équipé de 4 missiles n’atteindra pour sa part que les 200 kilogrammes, permettant ainsi à des appareils moins puissants que le Tigre d’en être équipé, et à ce dernier de conserver une excellente manoeuvrabilité même armé de ses 8 missiles anti-chars, tout en bénéficiant d’une consommation plus réduite, un élément déterminant pour les opérations militaires.

Le MLP/MHT partage un ADN commun avec le MMP déjà en service dans les Armées françaises. Remarquez la fibre optique déployée lors du lancement.

On remarque toutefois que le missile français affichera une portée sensiblement inférieure à celle son principal concurrent, le SPIKE NLOS israélien, dont la portée est annoncée à 25 km. Ce missile a notamment donné un avantage décisif, aux cotés des munitions vagabondes israéliennes comme le Harop, aux armées azerbaïdjanaises lors du conflit dans le Haut-Karabakh, en détruisant nombre de blindés arméniens ainsi que de systèmes anti-aériens et d’artillerie. D’ailleurs, les Tigre allemands emporteront très probablement ce nouveau missile israélien dans les années à venir, l’Allemagne étant au coeur du programme Eurospike en partenariat avec l’état Hébreux.

Toutefois, l’Aviation Légère de l’Armée de Terre française privilégie le masquage terrain et le vol tactique, domaine dans lequel elle est devenue experte, aux engagements à grande distance, privilégiés par les anglo-saxons, permettant de fait à ses appareils d’être bien plus proches de la zone d’engagement sans s’exposer. En outre, l’augmentation rapide de la portée des systèmes anti-aériens comme le Pantsir SM, qui sera capable d’engager des cibles à 40 km contre 20 km aujourd’hui, tend à valider l’approche retenue par les armées françaises. Surtout, le MLP est partie intégrante du système Tigre 3, connecté notamment au Système d’information du programme SCORPION ainsi qu’au système de communication MUM-T des drones de reconnaissance, permettant l’emploi du système d’arme sous la forme d’un engagement collaboratif avancé.

Le MLP avait été présenté initialement conjointement au MMP en 2011 par MBDA lors du Salon du Bourget. Il aura fallut plus de 9 ans pour lancer effectivement le programme.

On peut cependant regretter qu’il eut fallu autant de temps pour lancer le programme MLP, également désigné MHT pour Missile Haut de Trame. En effet, l’annonce initiale avait été faite en 2011 par MBDA, concomitamment à celle concernant le MMP, les deux missiles partageant beaucoup d’aspects technologiques. Il aurait ainsi pu devenir le fer de lance de la version Appui et Destruction des hélicoptères Tigre de l’ALAT, en lieu et place des Hellfire américains. Il est probable qu’avec le couple MMP et MLP, MBDA france aurait pu s’imposer dans certaines compétitions européennes remportées depuis par les Israéliens, le SPIKE ayant remplacé les missiles MILAN et HOT dans de nombreuses armées.

On remarque enfin que la communication ministérielle et industrielle autour du programme met en avant sa dimension économique et sociale, avec 350 emplois directs sécurisés pendant 5 années sur la phase de développement, et 250 pendant les 10 années de production. Ces chiffres nous indiquent qu’au total, le programme MLP générera 350 m€ de recettes sociales et fiscales au budget de l’Etat, et permettra à celui-ci d’économiser 250 m€ de prestations sociales, soit 450 m€ de plus-values budgétaires. Pour rappel, le programme MMP a une empreinte budgétaire totale de 700 m€ pour 400 postes de tir et 1750 missiles sur la période 2011-2025, developpement compris. Le budget pour le developpement et la fabrication des 500 MLP/MHT semble être sensiblement équivalent.

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