Le successeur du drone Reaper sera furtif et aura une endurance encore accrue

Alors que les Européens piétinent encore pour savoir s’il faut financer le programme Eurodrone ou s’en remettre une nouvelle fois aux Etats-Unis pour ce qui concerne le domaine pourtant critique des drones de combat, la société américaine General Atomics, le concepteur du drone Predator et de son successeur le Reaper, a présenté une esquisse de ce que sera son prochain modèle, destiné à remplacer les deux précédents suite à la demande d’information de l’US Air Force. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les ingénieurs américains n’ont pas hésité à se réinventer pour répondre aux enjeux opérationnels de la prochaine décennie.

Car si les drones MALE (Medium Altitude Long Endurance) MQ1 Predator et MQ9 Reaper ont fait la démonstration de leur incomparable efficacité pour surveiller et attaquer des cibles lors de conflit de faible intensité, comme en Afghanistan ou en Irak, force est de constater leur grande vulnérabilité dès lors que le conflit d’intensifie, et que les adversaires commencent à mettre en oeuvre des armes anti-aériennes évoluées. Ainsi, américains comme européens ont perdu des drones Predator et Reaper dans le ciel Libyen depuis quelques mois, souvent abattus par les défenses aériennes des factions s’opposant dans cette guerre civile de plus en plus internationalisée. Lents, peu manoeuvrants et dépourvus de système d’auto protection, les drones MALE ne comptaient en effet que sur leurs caractéristiques primaires, l’altitude et leur grande autonomie, pour assurer la mission et leur sécurité. Dès lors que sont arrivés des systèmes antiaériens capables de traiter des cibles à cette altitude, l’hécatombe a commencé.

General Atomics est le constructeur des drones MALE Predator et Reaper en service dans plus de 10 forces aériennes dans le Monde, dont 6 en Europe.

Or, les conflits de haute intensité, face à des adversaires disposants de systèmes anti-aériens performants en grand nombre, sont aujourd’hui la principale préoccupation des états-majors aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, alors que, dans le même temps, la dépendance des forces et des doctrines vis-à-vis de la plus-value fournie par ces drones n’a elle cessé de croitre. Il était donc temps, pour l’américain General Atomics, de sortir de sa zone de confort, pour imaginer un drone pouvant fournir les services requis par les forces, et évoluer dans cet environnement contesté qu’est le ciel des conflits de haute intensité.

Bien que General Atomics n’ait pour l’heure diffusé qu’une illustration et quelques informations générales concernant ce nouveau système de combat qui devra remplacer le Reaper dès 2030, plusieurs informations déterminantes sont apparues. En premier lieux, pour répondre aux évolutions en cours de la nature des conflits, le constructeur aéronautique a ajouté deux nouvelles caractéristiques clés à son nouveau modèle : la vitesse et la furtivité. Fini l’aile droite et l’hélice propulsive, le nouveau drone aura la forme d’une aile volante, comparable au bombardier stratégique furtif B2 Spirit de l’US Air Force. Il sera propulsé par un turboréacteur et non une hélice propulsive, lui octroyant une vitesse bien supérieure à celle de ses prédécesseurs, alors que son autonomie sera, elle aussi, largement étendue, au delà de 45h selon les déclarations du constructeurs.

L’aile volante permet de réduire la trainée et d’augmenter la capacité d’emport de carburant à dimension équivalente. Cette forme offre également des caractéristiques interessantes en matière de furtivité.

De fait, le nouveau drone de combat, qui n’a pour l’heure pas reçu de désignation propre, pourra non seulement mieux se protéger contre les systèmes anti-aériens, mais il pourra également être mis en oeuvre à partir de bases beaucoup plus distantes de l’objectif, capacité indispensable pour opérer au delà des systèmes de type missiles de croisière ou missiles balistiques pouvant menacer les bases alliées, ainsi que pour offrir une plus grande flexibilité en l’absence d’alliés régionaux. Non seulement pourrait-il opérer de bases plus éloignées, mais il pourra assurer des transits plus rapidement, et potentiellement faire les détours nécessaires pour éviter les espaces aériens interdits. La forme de l’aile volante permet, quand à elle, de disposer d’une furtivité plus importante, notamment face aux radars à basse fréquence, et d’augmenter la capacité d’emport de carburant dans les ailes, offrant une plus grande autonomie à dimensions équivalentes.

Les Européens ne parviennent toujours pas à se décider sur la construction du drone euromale, pourtant un échelon indispensable pour espérer éviter le décrochage technologique dans ce domaine stratégique.

On le comprend, General Atomics a su partir d’une feuille blanche pour redéfinir le concept de drone de combat MALE capable d’évoluer dans un environnement de haute intensité. Si des drones de combat furtifs sont déjà en service, ou le seront bientôt, qu’il s’agisse du S70 Okhotnik B russe, du Sharp Sword chinois, ou du MQ-25 Stingray de l’US Navy, personne n’avait, jusqu’ici, proposé d’approche pour répondre aux vulnérabilités croissantes des drones MALE sur les théâtres d’opération modernes. Face au manque d’ambition autour du programme Euromale, les européens risquent forts, quand à eux, non pas d’avoir une mais deux générations de retard en matière de drone MALE, trop pour espérer rattraper le retard qu’auront acquis les autres puissances mondiales. A force de n’évaluer les programmes industriels de défense qu’aux seuls critères du cout et des exportations potentielles, les européens s’éloignent à grand pas de l’autonomie stratégique qu’ils appellent publiquement de leurs voeux. Il est nécessaire de garder à l’esprit que, parfois, un investissement n’est autre qu’un investissement, et que son intérêt est avant tout militaire et technologique, et non économique. De part son experience en matière de dissuasion, la France, plus que tout autre européen, devrait être consciente de ce fait. C’est pourtant elle qui mène la fronde contre l’Eurodrone …

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