Plan de relance : l’occasion ratée des autorités françaises pour son industrie de Défense et ses armées

Le 3 septembre 2020, le gouvernement français a présenté son Plan de Relance pour palier les conséquences économiques de la crise COVID19, qui a durement frappé les entreprises et les emplois dans le pays. Si la majorité des secteurs industriels et économiques se voit effectivement doter pour tenter de préserver ce qui peut l’être, et transformer ce qui doit l’être, aucune annonce n’a été faite concernant l’industrie de Défense nationale, pourtant l’investissement d’Etat le plus performant en matière de création d’emplois et de retour budgétaire pour l’Etat. Interrogées sur le sujet, les autorités françaises ont estimé que le plan d’investissement résultant de la Loi de Programmation Militaire en cours, constituait déjà un soutien majeur à ce secteur consenti par l’Etat.

Si, d’un point de vu politique, ce discours fait effectivement sens, l’Industrie de Défense nationale étant l’un des principaux bénéficiaires du plan d’augmentation des dépenses de Defense acté par la Loi de Programmation Militaire 2019-2025, avec une enveloppe globale qui aura augmenté de presque 20 Md€ sur l’ensemble de la période, il n’en demeure pas moins vrais qu’il s’agit d’une réelle occasion manquée pour le gouvernement pour réorienter certains crédits vers des programmes industriels et structurants pour l’ensemble du pays, comme peuvent l’être les grands programmes de Défense. C’est ainsi que les investissements massifs français pour mettre en place la dissuasion nationale dans les années 60 et 70, notamment autour de la classe de sous-marins nucléaires lanceur d’engin Le Redoutable, conditionnèrent les technologies qui permirent de donner naissance au programme spatial européen, qui donnèrent à la France un rôle clé dans l’aéronautique civil, et même qui permirent de propulser le premier TGV.

A l’eccelle de la France, le programme de la première classe de SNLE Le Redoutable, a eu des conséquences économiques et technologiques comparables à celles du programme Apollo pour les Etats-Unis.

En outre, comme nous l’avons à de nombreuses fois abordé, l’investissement dans l’Industrie de Défense constitue aujourd’hui, en France, un des meilleurs investissements du point de vu économique, social et budgétaire pour l’Etat. En effet, contrairement à l’immense majorité des secteurs industriels nationaux, l’Industrie de Défense a une exposition primaire et secondaire très faible aux importations. Là ou, dans l’industrie nationale, 1 million d’euros dépensés par l’Etat n’engendreront que la moitié, voir le tiers de cette somme dépensée effectivement dans des salaires payés en France, ou des contrats de sous-traitance effectivement réalisés dans le pays, l’industrie de Défense française dépensera 90 à 95% du montant dans l’économie nationale. De fait, l’efficacité de l’investissement public en terme d’emplois créés ou sécurisés dans l’industrie de Défense excède de beaucoup celle de n’importe quel autre secteur, industriel ou non, avec en moyenne 26 emplois par m€ annuels investis, là ou l’industrie ne dépasse que rarement les 10 emplois, et les services publics les 14.

Or, chaque emploi génère des recettes pour l’Etat, qu’il s’agisse des taxes et impôts payés par les particuliers, ou par les contributions sociales payées par les salariés et les employeurs aux organismes sociaux, organismes qui, du fait de leur situation déficitaire chronique, se voient chaque année abonder par le budget de l’Etat pour absorber le déficit enregistré. Outre ces recettes, l’Etat enregistre également des économies directes ou induites liées à l’emploi créé, le salarié n’ayant pas de cout social, comme des indemnités de chômage, de RSA ou des plans de formation. Au total, l’Etat récupère en moyenne entre 52.000 et 54.000 € par an sur son budget par salarié dont l’emploi a été créé ou maintenu par des mesures publiques. En cumulant les deux paramètres, il apparait donc que l’industrie de Défense offre, pour les finances publiques nationales, une efficacité budgétaire de 26x52k€ = 1,35 m€ par million d’euro investis, bien au delà des 0,52 M€ de l’investissement industriel classique (hors exportations et activités auto-induites), ou des 0,73 m€ des services publics.

Malgré leurs excellentes performances, les CAESAR français souffrent d’une utilisation opérationnelle dépassant de beaucoup la tension supportable par seulement 77 tubes.

En outre, l’Industrie de Défense enregistre une activité d’exportation proportionnelle, dans la moyenne, au montant de la commande publique, du simple fait d’avoir une offre internationale plus étendue, et des infrastructures industrielles en capacité de produire. Sur les 20 dernières années, l’activité industrielle export de l’industrie de Défense française avoisine les 60% des dépenses domestiques. Une fois déduite la part d’activité qui est effectuée directement par la base industrielle du client, l’exportation représente en moyenne 35% d’activité industrielle supplémentaire sur le sol national, engendrant une augmentation proportionnelle des recettes et économies budgétaires pour l’Etat, et la sécurisation d’un nombre d’emploi équivalent. En tenant compte du volet exportation, l’industrie de Défense française génère ou sécurise donc 35 emplois et 1,8 M€ de retour budgétaire par million d’euro d’argent publique investis annuellement.

Dès lors, et pour compenser les effets de la crise Covid sur les emplois et l’economie française, l’investissement dans l’industrie de Défense constituait une solution d’une efficacité inégalée à disposition de l’Etat, d’autant que 20 Md€ investis sur 2 ans auraient suffi à créer un cycle industriel et budgétaire autoporteur générant jusqu’à 350.000 nouveaux emplois, soit sensiblement le nombre d’emplois qui seront perdus du fait de la crise Covid. En outre, au bout de 2 ans, 3 ans au plus, l’Etat aurait reconstitué sa capacité d’investissement initiale (10 Md€/an/2 ans), pour la réorienter vers d’autres secteurs, l’écologie ou l’énergie par exemple, sans porter atteinte à la pérennité de l’accroissement industriel ainsi créé.

L’Armée de l’air parvient à soutenir la pression opérationnelle grâce à ses mirage 2000 C/-5/D encore en service, permettant de maintenir un format de 250 avions de combat, alors que le Livre Blanc de 2013 prévoit de réduire cette dotation à 185 appareils.

Par ailleurs, l’augmentation rapide des capacités budgétaires consacrées à l’industrie de Défense permettrait d’accélérer la modernisation et le renforcement des armées françaises, alors que le contexte géopolitique international ne cesse de se dégrader, et que les chefs d’Etat-Major, en dépit du devoir de réserve qui est le leur, ne cessent d’alerter sur l’état de tension extrême qui règne sur les personnels et les équipements, du fait de materiels trop anciens, trop peu nombreux, ou tout simplement incapables de faire face aux nouvelles menaces. Une politique très volontaire de la France dans ce domaine aurait, à n’en point douter, entrainé la recomposition des positions de nombreux pays européens vis-à-vis des propositions françaises en matière d’Europe de La Défense, tout en répondant à des besoins opérationnels très urgents, comme le renforcement de la présence militaire dans les territoires ultra-marins, dans le Pacifique et l’Océan Indien notamment.

L’ensemble des ces aspects ont été développés à plusieurs reprises dans le cadre de la doctrine Défense à valorisation positive, qui étudie le retour budgétaire et social de l’investissement Défense, et du projet Socle Défense, qui propose une approche globale pour augmenter les capacités militaires et industrielles de Défense en France et en Europe, dans une approche alliant soutenabilité économique et efficacité opérationnelle et politique. Eu égard aux tensions et crises qui secouent la planète aujourd’hui, et à celles qui se profilent dans les années à venir, il serait temps que les autorités politiques du pays s’emparent du sujet, et acceptent de concevoir l’effort de Défense selon des paradigmes en adéquation avec la réalité économique, budgétaire et sécuritaire du pays, plutôt que dans un simple exercice de consensus politique. Einstein le disait bien : »On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème » …

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR