Déploiement massif de forces chinoises face à l’Inde dans le Ladakh

Les autorités chinoises ont rapporté, ce week-end, un nouvel incident de frontière entre les forces de l’Armée Populaire de Libération et les forces indiennes qui leur font face le long de la ligne de démarcation valant frontière entre les deux pays dans la région himalayenne du Ladakh, qui a déjà été l’objet de nombreuses tensions entre les deux pays ces derniers mois. Cette fois, selon le rapport du ministère chinois des affaires étrangères, les troupes chinoises auraient été contraintes d’employer des tirs de sommation pour stopper le redéploiement de forces indiennes au delà de la frontière, créant bien évidemment un nouveau regain de tension entre Pékin et New Delhi. Les autorités indiennes, quand à elles, accusent les forces chinoises de provocation, et soutiennent n’avoir fait que répondre aux mouvements des armées chinoises elles-même.

Quoiqu’il en soit, Pékin vient de confirmer un vaste mouvement de troupes visant à redéployer des forces sur les plateaux du Ladakh. Selon l’article publié ce jour par le site globaltimes.cn, l’APL aurait ainsi annoncé l’envoi de forces aéroportées, d’artillerie et de défense-aérienne, ainsi que des blindés, des unités de forces spéciales et des bombardiers, marquant une escalade très nette dans la crise en cours dans cette région. Selon le site d’état chinois, les unités déployées appartiendraient au 71ème et 72ème groupe d’Armées, ainsi que d’autres unités venant de l’ensemble du pays. Ces mouvements de troupes interviennent après plusieurs mois de renforcement larvés mais bel et bien significatifs des deux cotés de la ligne de démarcation, Pékin ayant déployé des blindés, des pièces d’artillerie mobile et des systèmes de défense anti-aériens à longue portée, New Delhi ayant pour sa part renforcer la présence de blindés, de moyens anti-ariens à moyenne portée, d’hélicoptères de combat ainsi que d’avions de chasse à proximité directe de la zone.

L’APL a sollicité ses nouveaux appareils de transport stratégique Y-20 pour opérer le renforcement de ses forces sur les plateaux Himalayens du Ladakh

Pour l’heure, les autorités indiennes n’ont pas encore formellement répondu à ce renforcement massif chinois à sa frontière himalayenne, mais il ne fait guère de doute que cette réponse est en cours de préparation, et devrait être toute aussi massive que celle de voisin, New Delhi ne pouvant se permettre de montrer le moindre signe de faiblesse vis-à-vis de Pékin, comme de son opinion publique, dans ce dossier. Il est d’ailleurs tout à fait possible que la réponse indienne ne se limite pas aux seuls plateaux du Ladakh, pour inclure le renforcement de la présence de la Marine Indienne dans le Golfe du Bengale, le long de la fameuse « route de la soie » considérée par les autorités chinoises comme stratégique. La Marine Indienne avait déjà, il y a quelques jours, déployé un destroyer en Mer de Chine, provoquant la colère des autorités chinoises qui ont accusé New Delhi de « faire le jeu des Etats-Unis ».

Il est très difficile de dire ou s’arrêteront les provocations réciproques sino-indiennes dans le Ladakh, ni même si elles ne déboucheront pas sur un véritable conflit armé. Il est évident qu’aucun des deux pays n’aurait, de prime abord, aujourd’hui intérêt à remettre en cause le statu quo qui perdure depuis 1962 dans cette région, tout du moins à court terme. Il existe pourtant bien des forces à l’oeuvre pour expliquer l’accroissement continu des tensions dans cette région entre les deux pays. Il est en effet peu probable que des troupes, qu’elles soient chinoises ou indiennes, entament des déplacements le long de cette frontière hautement sensible et surveillée, sans en avoir reçu l’ordre des plus hautes autorités. De fait, quoi qu’en disent les autorités des deux pays, l’une d’elle, voir les deux, sont en quête d’une détérioration sensible des relations sino-indienne, avec, à la clé, une possible confrontation dans l’Himalaya.

Comme les forces chinoises, les troupes indiennes déployées le long de la ligne de démarcation entre les deux pays ont, elles aussi, reçu de nombreux renforts au fil des derniers mois

Or, dans ce schéma, c’est bien Pékin qui semble avoir le plus de raisons d’agir, même s’il s’en défend. Pour les autorités chinoises, un rapprochement entre New Delhi et Washington serait, à n’en point douter, une entrave forte à leurs ambitions régionales, l’Inde pouvant apporter la masse démographique dont les Etats-Unis, comme leurs alliés, manquent cruellement pour être en mesure de contenir l’expansion chinoise. Or, la signature d’un accord de Défense entre les deux pays ne peut être envisagé que dans le cadre d’une situation relativement apaisée aux frontières indiennes. En effet, dans le cas contraire, les Etats-Unis pourraient se retrouver de facto en guerre contre la Chine, avec les conséquences que l’on imagine sur les relations internationales mais également sur l’économie mondiale, même dans le cadre d’un conflit larvé ou limité.

De fait, la crise actuelle pourrait fort bien être une stratégie chinoise visant à empêcher ce rapprochement formel entre Washington et Pékin, comme la prise de la Crimée par la Russie et surtout la guerre du Donbas empêchent, depuis 2014, l’Ukraine de se rapprocher de l’OTAN et de l’Union européenne. Car si les opinions publiques occidentales peuvent accepter de déclarer une guerre face à une agression (réelle ou supposée), se retrouver en situation de guerre avec la deuxième puissance économique et militaire mondiale par « transitivité » serait beaucoup plus difficile à soutenir. A l’opposé, les motivations directes ou détournées de New Delhi pour tirer profit de cette crise sont beaucoup plus difficiles à identifier, d’autant que le pays est déjà, aujourd’hui, largement handicapé par la crise sanitaire liée au Coronavirus.

Une alliance indo-américaine forte serait un des plus mauvais scénario pour Pékin, qui verrait un adversaire ayant la même puissance démographique que lui soutenu par la technologie US en capacité de contester sa suprématie asiatique.

Quoiqu’il en soit, il semble désormais peu probable que les tensions répétées qui agitent régulièrement les relations sino-indiennes dans le Ladakh comme sur les mers, ne puissent être que la conséquence d’une mésentente réciproque sur les intentions de chacun. Dans ces conditions, le déploiement renforcé de troupes opéré par Pékin ces derniers jours pourrait effectivement constituer les prémices d’une opération militaire à visée régionale, dont l’objectif serait, comme expliqué précédemment, de créer une situation de crise empêchant potentiellement le rapprochement militaire et stratégique entre les Etats-unis et l’Inde. A voir, désormais, quelle sera la réponse de New Delhi, mais également celle de Washington, si tant est que les politiques américains puissent aujourd’hui se consacrer à autre chose qu’aux élections présidentielles à venir….

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR