Les F-15J vont être modernisés au standard Japan Super Interceptor par Boeing et Mitsubishi

Dans un article d’octobre 2019, nous vous avons présenté le projet de modernisation des chasseurs-intercepteurs F-15J de la force aérienne d’autodéfense japonaise (JASDF). Désigné « Japan Super Interceptor », ce programme japonais vise à moderniser la moitié des F-15 Eagle en service dans le pays afin de leur permettre d’opérer au-delà de 2035. Après plusieurs mois de développement et de négociations, le programme semble définitivement lancé, suite à la signature d’un contrat entre le groupe américain Boeing, concepteur du F-15, et Mitsubishi Heavy Industries (MHI), responsable du programme de modernisation au Japon.

Dans le cadre de ce partenariat, Boeing et MHI devraient moderniser en profondeur 98 F-15J. A partir du début des années 1980, MHI a assemblé sous licence plus de 240 F-15 Eagle monoplaces et biplaces destinés à remplacer un nombre équivalent de vénérables F-104 Starfighter. A partir de 1987, les F-15J assemblés par MHI sont portés au standard MSIP (Multi-Stage Improvement Program), avec de nouveaux réacteurs dotés de contrôleurs numériques FADEC, des calculateurs plus puissants, une maintenance simplifiée et une suite d’autoprotection. Même si tous les F-15J, MSIP ou non, ont depuis lors connus de nombreuses modernisations, la refonte en profondeur envisagée dans le cadre du standard Japan Super Interceptor (JSI) ne concernera que la centaine de F-15J MSIP encore en service, les Eagle les plus anciens étant remplacés par des F-35 et le futur chasseur furtif japonais.

Le F-15J est le fer de lance de la JASDF depuis près de quarante ans, et devrait le rester encore quinze ou vingt années de plus.

Pour Tokyo, l’équation de la défense aérienne s’avère particulièrement complexe en ce moment. S’étant vu refusé le droit d’acheter des F-22 pour remplacer les F-15J, le Japon a un temps tenté sa chance avec le nouveau F-35 de Lockheed Martin. Cependant, ce chasseur furtif est avant tout un avion d’attaque, et non pas un intercepteur. Si la JASDF continue de trouver un intérêt au F-35, notamment pour remplacer les vieux F-4 ou encore pour créer une toute nouvelle aéronavale, la question du remplacement des intercepteurs F-15J reste en suspens depuis plus de quinze ans maintenant. Or, dans l’intervalle, la Chine et la Russie ont considérablement renforcé leurs activités militaires à proximité du Japon, poussant les F-15J vieillissants à multiplier les missions d’interception.

Privé du F-22, et rejetant les offres de Lockheed Martin articulées autour du F-35, le Japon n’a désormais plus d’autre choix que de développer son propre chasseur furtif de nouvelle génération dans le cadre du programme F-X. Néanmoins, un tel programme ne pourra porter ses fruits que dans une décennie au mieux. En attendant, la JASDF a impérativement besoin d’un intercepteur crédible capable de protéger le pays contre tous types de menaces. Un besoin d’autant plus criant que le gouvernement japonais a récemment annulé le contrat portant sur la construction de deux sites de défense anti-aérienne à longue portée, les Aegis Ashore. La seule solution trouvée, pour le moment, est donc de moderniser en profondeur les F-15J actuels présentant le plus de potentiel. Néanmoins, le programme JSI coûtera tout de même plus de 4,5 milliards $, réduisant d’autant les capacités d’investissement dans la R&D du programme de chasseur furtif F-X.

La première image du F-X japonais a été dévoilée récemment. La configuration définitive n’est pas encore connue, mais les autorités japonaises ont pour le moment refusé de basé leur futur chasseur sur un design existant, qu’il soit américain ou britannique

A l’occasion de la signature du contrat entre Boeing et MHI, nous avons pu obtenir un peu plus de détails sur la configuration qui sera adoptée sur le Super Interceptor. Dans le cadre du partenariat américano-japonais, Boeing se chargera de l’intégration d’une partie importante du nouveau système de combat. Les radars APG-63(V)1, intégrés sur une partie des F-15J au début des années 2000, seront remplacés par le nouveau APG-82(V)1 disposant d’une antenne électronique AESA bien plus performance, et de calculateurs digitaux dérivés de ceux du Super Hornet. Une nouvelle suite de guerre électronique (DEWS) fournit par BAE Systems sera également intégrée à l’avion, tandis que Boeing assurera également un important volet de soutien technique et opérationnel. Les systèmes de communication de l’avion seront également modernisés afin qu’il puisse interagir avec d’autres vecteurs, notamment des AWACS et des chasseurs furtifs F-35. Il semble ainsi que le programme JSI aura profité pleinement de l’expérience accumulée récemment par Boeing en matière d’amélioration du F-15, que ce soit pour les forces américaines ou pour l’exportation.

Les éléments apportés directement par MHI restent pour l’instant relativement classifiés. On peut supposer sans grande prise de risque que le groupe japonais fournira un nouveau cockpit tout écran, compatible avec l’architecture numérique fournit par Boeing. Un viseur de casque, déjà intégré sur une partie des F-15J, sera sans aucun doute généralisé à tous les JSI. Enfin, il est possible que MHI intègre un capteur infrarouge de type IRST, capable de détecter des cibles furtives à longue distance. Ce type d’équipement aurait tout son sens dans le contexte opérationnel actuel, et on sait que la JASDF a déjà testé un IRST intégré dans le nez d’un F-15J. Cependant, rien n’oblige à ce type d’intégration, qui oblige forcément à de lourdes études de compatibilité avec le nouveau radar logé dans le nez. La JASDF pourrait alors parfaitement adopter une solution externe, dans une nacelle dédiée ou modifiée pour cette occasion, étant donné que des tests ont déjà été également réalisés dans ce sens au Japon.

Un IRST intégré dans le nez d’un F-15J a déjà été testé au Japon, tandis qu’une nacelle contenant un IRSTa volé sous un F-4J Phantom II dédié aux essais en vol

Quelle que soit la configuration définitive du F-15 JSI, il y a fort à parier que la JASDF aura dû fait des choix et sacrifier certaines capacités afin de limiter les coûts de développement. En 2016, Boeing exposait une maquette de F-15 JSI dotée de près de 20 missiles de longue portée AMRAAM. Ces derniers prenaient place sous des points d’emport développés pour les derniers Advanced Eagle vendus à l’US Air Force et à plusieurs pays du Golfe Persique. Cependant, aussi puissante que puisse être cette configuration armée, elle nécessite de modifier en profondeur les commandes de vol de l’avion, ses ailes et une partie de sa cellule interne. En effet, le Advanced Eagle aujourd’hui commercialisé est basé sur le chasseur-bombardier Strike Eagle, et non pas sur l’intercepteur Eagle dont dérive le F-15J.

Dans les dernières vues d’artiste dévoilées récemment, le F-15 JSI est présenté avec un emport traditionnel de huit missiles air-air, qui pourront être aussi bien de conception américaine que japonaise. Toutefois, il est également intéressant de noté que cette même vue d’artiste montre également, sous le ventre de l’avion, un missile de croisière AGM-158.

Le F-15J est ici présenté avec huit missiles AMRAAM, même s’il emportera probablement les futurs missiles air-air à longue portée japonais. On note la présence sous le ventre d’un gros missile de croisière. Le radar APG-82 devrait permettre également de mettre en oeuvre d’autres armements air-sol, mais rien n’indique que le Japon ait fait ce choix pour le moment

Depuis 2017, le Japon envisage en effet de développer le potentiel de ses F-15J afin d’en faire également des plateformes de lancement pour missiles de croisière. Le Japan Super Interceptor, s’il sera optimisé pour la supériorité aérienne, devrait ainsi pouvoir tirer des missiles de croisière AGM-158B JASSM-ER contre des cibles terrestres mais aussi des AGM-158C LRASM contre des cibles navales à longue distance.

L’ajout de cette nouvelle capacité offensive s’inscrit pleinement dans l’évolution actuelle de la situation politique et militaire au Japon, qui interprète de plus en plus largement sa constitution afin de se doter de capacités de première frappe et d’une véritable dissuasion, comme nous l’avons vu dans notre précédent dossier consacré à ce sujet.

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