Malgré la crise sanitaire et économique, la Chine augmentera son budget Défense de 6,6% en 2020

Certains chiffres en disent plus à eux seuls que plusieurs dizaines de page d’analyses. C’est le cas pour la croissance du budget de La Défense Chinois pour 2020, qui s’élèvera à 6,6% en dépit de la crise économique et sanitaire qui frappe, et continuera de frapper, le monde dans les mois, et peut-être les années à venir. L’information a été publiquement présentée l’occasion de la session annuelle du Congrès du Parti National chinois.

Cette croissance pour le moins importante est toutefois présentée par la communication chinoise comme une baisse, en l’occurrence une baisse de la croissance annuelle de l’effort de défense, qui a cru en moyenne de 10,5% par an sur les 10 dernières années, et qui croissait encore de 7,5% en 2020. Il s’agit, selon l’analyse publiée par le site d’état GlobalTimes.cn, de garantir la pérennité des programmes lancés ces dernières années, et donc de respecter l’effet de transformation et de modernisation de l’Armée Populaire de Libération et de l’Industrie de Défense chinoise entrepris depuis le début des années 2000, et accéléré depuis 2012 et l’accession au pouvoir du président Xi Jinping.

En deux décennies, la Chine a rattrapé la quasi totalité de son retard technologique, notamment en multipliant les programmes d’armements développés en parallèle pour les forces chinoises et pour l’exportation, comme l’avion de combat furtif FC-31.

Cette annonce intervient dans un contexte, ou plutôt des contextes, bien particuliers. En premier lieu, il prend à contre-pied l’ensemble des planificateurs occidentaux qui prévoyaient le gel ou la baisse des crédits de défense dans le monde, et une hausse très limitée de ces crédits en Chine, et l’ordre de 1% à 3%, alors que dans le même temps, il apparait de plus en plus probable que ces mêmes crédits destinés à l’effort de Défense vont sensiblement diminuer pour l’ensemble des pays occidentaux, les Etats-Unis en tête de file.

D’autre part, l’annonce intervient alors que les tensions entre Pékin et Taipei ne cessent de croître, notamment depuis la réélection pour un second mandat de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen en janvier dernier, et la deterioration très importante des relations sino-américaines sur relation de guerre commerciale et de lutte pour la suprématie mondiale. Sur les seuls premiers mois de l’année 2020, les forces aériennes et navales chinoises ont ainsi multiplié les exercices autour de l’ile indépendante depuis 1947 et considérée comme secessioniste par les autorités de Chine Populaire depuis. Dans le même temps, et en dépit de l’affaiblissement temporaire de son dispositif aéronaval dans la zone indo-pacifique en raison de l’épidémie de Covid19 ayant immobilisé le porte-avions USS Théodore Roosevelt, les forces américaines ont également multiplié les démonstration de présence en déployant à plusieurs reprises des forces navales en mer de Chine, et en renforçant le dispositif aérien présent sur place.

Le Covid-19 a privé les USA du porte-avions Roosevelt, son principal atout face à la Chine. L’US Navy maintient tout de même sept porte-avions à la mer en ce moment.

Même si la Chine a, semble-t-il, su maitriser la propagation de l’épidémie de Coronavirus sur son territoire, et en a donc limité les effets sur sa propre économie, il n’en demeure pas moins vrais que le pays, très dépendant des exportations vers les pays occidentaux, subira lui aussi les contre-coups de la recession qui frappe déjà l’Europe et les Etats-Unis. De fait, en confirmant une telle augmentation de l’effort de défense pour 2021, les autorités chinoises confirment sans qu’aucun doute ne soit permis que l’objectif prioritaire de Pékin est de disposer, à moyen terme (2030/2035), d’une puissance militaire capable de s’opposer, et peut-être de prendre l’ascendant sur le bloc occidental. Il sera désormais très important de surveiller l’évolution de l’effort de Défense russe, pays parmi les plus touchés par la crise Covid19 mais également par la baisse du prix des hydrocarbures.

Il s’agit maintenant, pour les nations occidentales, de prendre la mesure des conséquences que représenterait un décrochage de l’effort de défense dans ces années critiques, alors même que le principal compétiteur à l’échelle mondial de l’occident se renforce à grandes enjambées. Mais l’exercice s’avère des plus délicats, eu égard à l’endettement et aux deficits publics consécutifs des interventions des états pour tenter de preserver le modèle socio-économique des pays, limitant de fait de façon rédhibitoire les options pour des financements consacrés à La Défense. Dans ce domaine, il ne faudra surement pas se contenter de declarations sur l’intérêt de l’investissement de défense, mais bel et bien imaginer de nouvelles formes de financement capables de répondre aux enjeux tout en respectant le contexte économique et budgétaire des états eux mêmes. A ce titre, et à ce titre seulement, pourrons nous prévenir un scénario comparable à celui qui fit suite à la grande crise de 1929.

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