Aussi discret que stratégique, le X-37B est de retour en orbite

Samedi dernier, la toute nouvelle US Space Force a procédé à son second lancement spatial depuis sa création. Mais contrairement au lancement du mois de Mars, la fusée Atlas 5 de United Launch Alliance n’emportait cette fois aucun satellite de communication mais un des deux mystérieux avions spatiaux Boeing X-37B Orbital Test Vehicle.

Il s’agit du sixième vol du X-37B depuis 2010. La précédente mission, qui s’était terminée en Octobre 2019, avait vu le drone spatial de Boeing battre son propre record de 780 jours passés en orbite (voir le dossier que nous avions consacré au X-37B suite à ce vol). Si le X-37B est désormais un habitué de l’orbite basse terrestre, l’US Air Force (qui possède les deux avions spatiaux) et l’US Space Force (qui va désormais les exploiter en orbite) continuent de maintenir le secret autour de ses capacités et de ses missions.

L’un des deux X-37B fabriqué par Boeing sous la coiffe d’une Atlas 5, quelques jours avant son décollage samedi dernier dans le cadre de la mission USSF-7

Un astronef d’un nouveau genre

En matière d’armements hypersoniques, les forces armées américaines sont aujourd’hui dépassées sur le plan opérationnel par les derniers systèmes déployés par la Russie ou encore la Chine, comme nous avons pu l’écrire à de nombreuses reprises. Après des décennies de guerre contre-insurrectionnelles, le Pentagone cherche aujourd’hui à rattraper son retard en multipliant les programmes de missiles hypervéloces et de planeurs supersoniques, des engins capables d’évoluer aux frontières de l’espace et de rebondir sur les hautes couches de l’atmosphère pour changer de trajectoire et tromper les défenses adverses.

Si les USA souffrent aujourd’hui d’un retard opérationnel en matière de frappe tactique et stratégique hypersonique, leurs connaissances théoriques et pratiques des évolutions à très hautes vitesses dans les très hautes couches de l’atmosphères sont bien réelles. Et cela en grande partie grâce au X-37B. Dérivé du X-37A de la NASA, le X-37B de l’US Air Force est en effet une plateforme spatiale multirôle qui serait capable de rebondir sur les hautes couches de l’atmosphère pour changer sa vitesse ou sa direction, et donc compliquer la tâche des systèmes adverses devant le suivre à la trace. Cette capacité, assez semblable à celle d’un planeur hypersonique, a été confirmée en juillet dernier par l’ancien Secrétaire à l’Air Force Heather Wilson.

Dépourvu d’équipage, mais capable de se poser comme une navette spatiale, le X-37B offre la capacité unique de pouvoir rester plusieurs mois en orbite tout en modifiant ses paramètres de vol et en revenant se poser à terre à la fin de la mission.

X-37B : un drone spatial destiné à l’espionnage ?

D’après les informations connues sur le X-37B, ce laboratoire volant aurait tout de même une utilité opérationnelle réelle. Ces équipements embarqués seraient ainsi testés en conditions opérationnelles, ce qui implique notamment de tester le nouveau matériel de détection des satellites-espions américains contre des objectifs réels, notamment en Russie, en Chine ou en Iran.

Décollant sous la coiffe d’une fusée Atlas 5 ou Falcon 9, le X-37B est capable de se poser sur une piste conventionnelle à la manière d’un avion ou de l’ancienne navette spatiale américaine, retirée du service en 2011. Dépourvu d’équipage, le X-37B dispose donc d’une autonomie de plusieurs mois, ce qui reste cependant inférieur à un satellite espion conventionnel dont la vie opérationnelle dépasse généralement plusieurs années.

Toutefois, contrairement à un satellite, le X-37B semble capable de voler aussi bien sur des orbites intermédiaires de plusieurs centaines de kilomètres que sur des orbites elliptiques lui permettant de frôler l’atmosphère et de faire évoluer rapidement son orbite, afin de tromper la contre-détection adverse ou de se réorienter vers un objectif prioritaire. Si les satellites traditionnels ont également la possibilité de modifier leur orbite, cela ne se fait qu’en consommant leur précieux carburant interne, ce qui diminue drastiquement leur espérance de vie.

Le premier X-37B après sa première mission en 2010

Enfin, l’avantage d’un système autonome récupérable réside justement dans la courte durée de ses missions. Doté de charges modulaires et expérimentales, le X-37B effectue chaque vol avec des capteurs de dernière génération, là où les équipements opérationnels des satellites militaires se retrouvent souvent obsolètes au bout de quelques années.

Une plateforme de tests pour l’US Space Force

Si les rumeurs se multiplient au sujet d’une utilisation opérationnelle du X-37B, au moins ponctuellement, l’avion spatial reste avant tout une plateforme de tests unique en son genre, à la fois pour l’US Space Force, l’US Air Force et la NASA. Cela dépend sans aucun doute de chaque vol et des expériences qui sont embarquées à bord de la soute de la petite navette automatisée.

Pour ce sixième vol, le premier sous l’égide de la Space Force, il semble que l’aspect expérimental soit prédominant. Ainsi, deux expériences de la NASA sont embarquées à bord, afin de tester notamment les effets des radiations spatiales sur les semences végétales qui pourraient un jour être employées sur des missions au long cours ou sur une base lunaire. L’US Air Force a également indiqué que ce sixième vol du X-37B permettrait de tester le transfert d’énergie solaire vers la surface terrestre par le biais de micro-ondes dirigées.

Si les lanceurs réutilisables continuent de séduire, notamment dans le secteur civil avec les fusées Falcon de Space X, nombreux sont les projets à être abandonnés, comme le XSP Phantom Express de Boeing

Au-delà de l’aspect opérationnel, ce sixième vol du X-37B sera également l’occasion de mener des essais conceptuels pour l’US Space Force. Les équipes de l’USSF chargées de la mise en orbite et de l’exploitation de l’appareil ont pour la plupart été transférées directement de l’ancien US Air Force Space Command, ce qui va faciliter la transition. Mais l’US Space Force, en tant que nouvelle administration, doit tout de même mettre en place ses liaisons avec la NASA, l’US Air Force, le NRO (National Reconnaissance Office), la Space Defense Agency et les autres branches du Département de la Défense.

A plus long terme, le programme X-37B devrait également permettre à l’US Space Force de définir au mieux ses futurs besoins et les futurs vaisseaux spatiaux amenés à y répondre, qu’il s’agisse de X-37 supplémentaires ou de nouvelles plateformes. La question de la réutilisabilité des véhicules apparaît comme centrale, mais la capacité à opérer aussi bien dans des orbites médianes que dans les hautes couches de l’atmosphère sera également scrutée avec attention, tout comme la question de l’autonomisation des missions spatiales.

Enfin, si le Pentagone continue d’affirmer que le X-37B ne participe pas à la militarisation de l’espace, la soute de l’engin peut déjà lui permettre de mettre en orbites des nano-satellites en toute discrétion, y compris des nano-satellites conçus pour intercepter, espionner ou endommager des satellites adverses, le cas échéant. De plus, la maniabilité du X-37B et sa capacité de retour pourrait permettre, à terme, de désorbiter des équipements sensibles afin d’éviter qu’ils ne tombent entre de mauvaises mains. Autant de possibilités que l’US Space Force entend étudier rapidement afin d’affiner sa stratégie à long terme.

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