L’US Army sélectionne le Sikorsky Raider-X et le Bell 360 Invictus pour le programme FARA

L’US Army a annoncé hier 25 mars par un communiqué le nom des deux finalistes pour le programme Futur Attack and Reconnaissance Aircraft, ou FARA, destiné à remplacer les hélicoptères de reconnaissance OH-58 Kiowa Warrior et une partie des hélicoptères d’attaque AH-64 Apache. Comme pour le programme FLRAA (Futur Long Range Assault Aircraft) destiné à remplacer les hélicoptères de transport tactique UH-60 Black Hawk, ce sont les sociétés Bell avec son Bell 360 Invictus et Sikorsky, filiale de Lockheed Martin, avec le Raider-X, qui ont été sélectionnées. Les propositions de Boeing, Kareem Aircraft et AVX Aircraft / L3 n’ont pas été retenues.

Par cette décision, l’US Army choisit les deux appareils les plus aux antipodes de l’appel d’offre. En effet, le Bell 360 Invictus était le modèle le plus « conservateur », puisque reposant sur une architecture classique d’hélicoptère dont les performances auraient été optimisées. C’est également l’appareil le plus économique, Bell ayant visiblement tout misé sur cet aspect, sachant que l’US Army, comme les autres armées américaines, fait face à des contraintes budgétaires élevées alors que ses besoins en matière de modernisation de ses équipements sont très importants. De l’autre coté du spectre, le Raider X de Sikorsky est l’appareil le plus innovant, avec son rotor contra-rotatif et son hélice propulsive, et celui qui potentiellement offrira les performances les plus élevées. C’est également l’appareil le plus cher à developper, et probablement à maintenir, eu égard à la complexité de son architecture.

Basé sur le modèle civile Bell 525, le Bell 360 Invictus est l’appareil le plus classique dans sa conception du programme FARA. C’est également le programme le plus économique et le moins risqué

On peut dès lors se demander pourquoi choisir ces deux appareils ? En effet, si l’US Army voulait privilégier les performances, une compétition entre Sikorsky et Boeing aurait eu plus de sens. Et si la question était économique, la encore, une compétition entre Bell et Boeing aurait permis de tirer les prix vers le bas. De fait, la sélection de ces deux appareils peut paraitre manquer de sens. Mais ce serait sans tenir compte de deux paramètres cruciaux.

En premier lieux, les deux sociétés, Bell et Sikorsky, s’affrontent déjà au sein du programme FLRAA, avec le Bell V-280 Valor à rotor basculant, et le SB-1 Defiant de Sikorsky en alliance avec Boeing. Les deux prototypes ont entamé leur tests, et obtenu récemment l’aval des autorités militaires pour poursuivre le programme d’essais. De fait, en sélectionnant les deux même finalistes entre FLRAA et FARA, l’US Army ouvre des options de négociation en terme de délais et de prix plus élevées. En outre, on peut imaginer que pour éviter la situation hégémonique de Lockheed sur le marché des chasseurs, après avoir gagné les programmes F22 et F35, au détriment des autres constructeurs américains Northon-Grumman et Boeing, l’US Army souhaite attribuer un marché à l’un, et l’autre marché au second.

Le Bell V280 Valor a pris une avance sensible dans le programme de tests et d’essais en vol du programme FLRAA face au Sb-1 Defiant de Sikorsky-Boeing

Cette hypothèse est d’autant plus crédible qu’il semble que le V-280 Valor de Bell affiche des performances et une maturité technologique sensiblement plus élevée que celle du SB-1 Defiant de Sikorsky. Or, sans commande de l’un ou l’autre des programmes, la technologie développée par le groupe Sikorsky risque fort d’être abandonnée, après plus de 20 années d’investissement et de programmes successifs. Pour valoriser les deux axes technologiques d’excellence de l’industrie aéronautique américaine en matière de voilures tournantes, les rotors basculants et le couple rotor contra-rotatif et hélice propulsive, il apparait donc nécessaire de ventiler la commande publique aux deux groupes, et donc d’attribuer un contrat à chacun. En l’occurence, le programme FLRAA irait à Bell et son V280, alors que le programme FARA serait attribué à Sikorsky et son Raider X.

Mais une autre hypothèse doit également être prise en consideration, pour completer la première. En effet, dans le cas précédent, il eut été préférable d’attribuer à Boeing la seconde place de la competition FARA, de sorte à aiguillonner Sikorsky en matière de prix, de technologies et de délais. Dans ces conditions, le choix du Bell 360 Invictus pourrait bien signifier que l’US Army envisagerait de commander non pas un, mais deux appareils complémentaires pour le programme FARA, à savoir le Raider-X pour le remplacement des AH-64 Apache, et l’Invictus pour les missions de reconnaissance armée. Cette solution permettrait de disposer à la fois d’un appareil très performant, et d’un appareil économique, permettant de respecter les attentes globales de l’US Army tout en diminuant l’enveloppe globale du programme. Elle offre également la gamme la plus étendue sur le marché de l’exportation pour l’industrie aéronautique américaine, qui ne neglige pas les alliés n’ayant pas les moyens de s’équiper d’appareils de combat haut de gamme, comme le Raider-X.

La proposition FARA de Boeing reposant sur une architecture hybride n’a pas été retenue par l’US Army malgré ses atouts indéniables

Si AVX Aircraft et Kareem sont évidemment déçus, le grand perdant de cette décision est incontestablement Boeing, dont la stratégie ne semble pas avoir convaincu l’US Army. Le modèle FARA proposé par Boeing avait pourtant de quoi séduire, puisqu’il associait l’architecture d’un hélicoptère classique avec un rotor 6 pales et un rotor anti-couple, avec une hélice propulsive, offrant un équilibre interessant entre le prix de l’appareil et de sa maintenance d’un coté, et les performances de l’autre. Mais l’US Army semble lui avoir préféré des appareils évoluant dans leurs catégories respectives, plutôt que la solution hybride proposée par Boeing. Pour l’avionneur de Seattle, déjà exposé en raison de la baisse des commandes de F15 et de F18, et la crise dans le domaine civile liée au Boeing 737 Max, il s’agit d’une très mauvaise nouvelle. Etonnement, l’annonce ne semble pas avoir refroidi les investisseurs, le cours de bourse de Boeing progressant de 8,5 % à l’ouverture de Wall street ce jeudi.

Les deux industriels sélectionnés doivent désormais construire un prototype d’ici la fin de l’année 2022, les essais devant s’effectuer au cours de l’année 2023. La production débutera en 2024, et les appareils sont attendus dans les unités à partir de 2027. Toutefois, si l’hypothèse à deux appareils s’avéraient exacte, il est probable que le Bell 360 Invictus suive un programme propre, plus resserré, permettant notamment à l’US Army de palier rapidement le retrait des OH-58 Kiowa intervenue en 2014, alors que le besoin de ce type d’appareils se fait sentir chaque jour davantage, notamment lors des exercices simulant des engagements de haute intensité.

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