Avec la classe Laïka, la Russie veut un sous-marin de dissuasion non-nucléaire

Dans une interview publiée par le journal des forces armées russes Krasnaya Zvezda (étoile rouge), l’amiral Nikolai Yevmenov fait un point sur les développements de la nouvelle classe de sous-marins d’attaque de 5ème génération qui entrera en service lors de la prochaine décennie dans la Marine Russe. Désignée classe Laïka, du nom de la première chienne à avoir été envoyée dans l’espace, ce programme, précédemment identifié par le nom « Husky », est appelé à devenir le modèle central de la gamme de sous-marins nucléaire russes pour plusieurs décennies.

Le programme n’en est qu’à la phase de conception générale, et il est évidemment bien trop tôt pour se faire une idée de ce que seront ces sous-marins. Toutefois, plusieurs grandes lignes se dessinent, comme un design modulaire afin de pouvoir concevoir des bâtiments à vocation de guerre sous-marine destinés à remplacer les SNA du projet 971 Shchuba-B (ou Akula dans la désignation OTAN), ainsi que les submersibles spécialisés dans la lutte anti-navire et les frappes vers la terre, en remplacement des navires de la classe Antey du projet 949A.

Les sous-marins de la classe Yasen vont progressivement remplacer les 945A Kondor datant des années 80, au cours de la décennie à venir

De fait, outre les traditionnels tubes lance-torpilles, les Laïka pourront être dotés de lanceurs verticaux, capables de mettre en oeuvre, comme les Antey, des missiles anti-navires P-800 Onyx, des missiles de croisière 3M54 Kalibr, et le futur missile anti-navires hypersonique 3M22 Tzirkon. Surtout, ils pourront être dotés de missiles balistiques dotés de planeurs hypersoniques de rentrée atmosphériques, les mettant potentiellement au même rang que les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins comme les Ohio américains, les Boreï russes ou encore les Triomphant français.

Sauf que, selon l’amiral Yevmenov, l’objectif recherché ne serait pas de doter ces missiles balistiques de charges nucléaires, mais de charges conventionnelles, à l’instar, par exemple, des missiles 9K723 Iskander ou du missile balistique aéroporté hypersonique Kh47M2 Kinzhal, qui tous deux peuvent être équipés de charges explosives conventionnels, comme de têtes nucléaires. Et d’ajouter que la Marine russe souhaitait ainsi se doter de sous-marins capables de renforcer les capacités de dissuasion non-nucléaire du pays.

Le missile Kh47M2 Kinzhal peut frapper une cible à 2000 km de distance à une vitesse de Mach 10, le rendant virtuellement impossible à intercepter avec les technologies anti-missiles actuelles

En occident, la notion de dissuasion est majoritairement associée aux armes de destruction massive, nucléaire en tête, mais recouvrant également les frappes chimiques, bactériologiques et radiologiques. En revanche, la notion de dissuasion cEn aonventionnelle est le plus souvent intégrée à la conception de la réponse militaires que peuvent apporter les forces conventionnelles face à un agresseur éventuel. Mais l’approche retenue par Moscou, qui rappelons le dispose également de la plus grande force de frappe nucléaire au monde avec Washington, repose sur des armes, et non des forces, dont l’existence suffirait à convaincre un adversaire potentiel de renoncer à un quelconque acte d’agression, ou plus généralement, à renoncer à engager le combat contre la Russie.

Pour cela, les militaires russes parient vraisemblablement sur des missiles balistiques hypersoniques comparables au Kinzhal, c’est à dire capable d’une très grande précision de frappe dans des délais trop courts pour pouvoir engager une quelconque action de préservation. Qui plus est, si ces missiles étaient mis en oeuvre par des sous-marins pouvant s’approcher à quelques centaines de kilomètres des côtes adversaires, avec des trajectoires surbaissées et des délais de réaction inférieurs à deux ou trois minutes, toutes les institutions politiques, économiques et sociales d’un pays pourraient être neutralisées sans franchir le seuil nucléaire. On comprend, dès lors, en quoi l’utilisation potentielle de ces seules armes associées à un sous-marin de nouvelle génération aura un fort potentiel de dissuasion pour les décideurs adverses.

En associant un sous-marin de dernière génération et un missile balistique hypersonique, la Russie espère étendre ses capacités de dissuasion dans un registre non-stratégique

A noter que Moscou dispose déjà d’un embryon de capacités comparables, avec le missiles Kh47M2 Kinzhal, capable de frapper une cible à 2000 km à une vitesse de Mach 10, avec une précision de quelques mètres, une charge militaire de 500 kg suffisante pour faire voler en éclat la plupart des édifices construits par l’homme, surtout cumulée à l’énergie cinétique dégagée par l’impact d’un missile de plus d’une tonne lancée à Mach 10. Mais un Mig31 passe beaucoup moins inaperçu qu’un sous-marin, et surtout il ne peut atteindre des cibles outre Atlantique, ce qui en limite le caractère dissuasif vis-à-vis de l’adversaire principal de la Russie, à savoir les Etats-Unis.

Reste qu’une fois encore, la Russie semble être déterminée à s’équiper d’armes et de doctrines susceptibles de lui conférer un net avantage sur l’ensemble de ses adversaires, OTAN y compris. On y trouve d’ailleurs a même ingéniosité qui caractérisent les développements russes dans les domaines de défense ces dernières années. En effet, alors que les occidentaux semblent s’accorder pour limiter l’usage des armes nucléaires à des situations de ripostes à d’autres attaques nucléaires, la doctrine russe pourrait bien en profiter pour s’assurer de rester sous les seuils nucléaires, même en cas de conflit majeur, tout en disposant de capacités de frappes uniques agissant, lui conférant un moyen de pression très important sur ses adversaires, même dotés d’armes nucléaires. Encore faut-il que, dans de tels cas, la notion de seuil nucléaire et les engagements internationaux aient encore cours, ce qui est loin d’être certain.

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR