La Marine russe veut plus de frégates de la classe 22350 Admiral Gorshkov

Depuis l’entrée en service de la première frégate du project 22350, la frégate Admiral Gorshkov, les annonces se succèdent pour en augmenter le nombre. Initialement prévue pour seulement 4 unités, la classe n’a cessé d’être étendue, d’abord en avril 2019 par la construction de 2 unités supplémentaires, équipées cette fois non pas de 16 mais de 24 silos UkSK pouvant accueillir des missiles longs comme le P-800 Onyx, le 3M22 Tzirkon hypersonique, et le missile de croisière 9M54 Kalibr, tout en conservant les 32 silos UKSK pour les missiles antiaériens du système Poliment-Redut. Quelques mois plus tard, en septembre 2019, le ministère de La Défense a annoncé la mise en chantier, en 2020, de deux unités supplémentaires de même type, qui devront entrer en service en 2026.

Cette fois, c’est le ministre de la Défense adjoint, Alexei Krivoruchko, en deplacement aux chantiers navals  Severnaya de Saint-Petersbourg, qui a annoncé que de nouvelles commandes de navires de cette classe seront prochainement annoncées, sans en préciser le nombre, ni le calendrier. Cette annonce a été faite à l’occasion de la cérémonie portant sur la pose de la quille, marquant traditionnellement le début de la construction d’un navire, d’une nouvelle corvette du projet 20380, une seconde classe pleine de promesse pour la marine russe.

C’est en janvier 2020 que le premier tir d’un missile 3M22 Tzirkon a été effectué à partir d’une frégate, en l’occurence la frégate Admiral Gorshkov, première unité de la classe éponyme

Est-ce liée à l’entrée en service prochaine du missile hypersonique 3M22 Tzirkon, qui a récemment effectué son premier tir à partir d’une frégate ? Ou l’efficacité retrouvée des chantiers navals russes qui parviennent à nouveau à construire des unités navales performantes dans des délais cohérents ?
Quoiqu’il en soit, après des décennies de vaches maigres, la flotte de surface de haute mer russe semble à nouveau profiter d’une politique d’investissement volontaire, dépassant probablement les espérances de l’Amirauté. Car au delà des frégates 22350 Admiral Gorshkov, qui devraient donc atteindre au moins les 10 unités, et les corvettes 20380/20385 et 20386, qui devraient atteindre ou dépasser les 15 exemplaires (13 confirmés à ce jour), le président Poutine a également annoncé le lancement de la construction d’au moins 8 frégates lourdes 22350M entre 2020 et 2027, et de 2 porte-hélicoptères d’assaut, attendus depuis longtemps par les amiraux russes depuis l’annulation de la livraison des deux mistral français.

Avec un nombre important de frégates et frégates lourdes, puisqu’elles devraient dépasser les 18 unités, épaulées de corvettes aux capacités hauturières avérées et capables, elles aussi, de mettre en oeuvre 8 missiles lourds comme les Kalibr ou les Tzirkon, la flotte russe pourra assurer une transition souple en retirant les unités héritées de l’époque soviétique, comme les 4 destroyers Sovremeniye et les 9 destroyers anti-sous-marins Udaloy encore en service. En procédant ainsi, elle pourra si besoin réduire le nombre de destroyers lourds de la classe Lider, dont la construction est prévue à partir de 2025, au seul remplacement des croiseurs Slava (3 unités) et Kirov (2 unités), et donc atteindre un format supérieur à celui des autres pays européens, même ceux, comme la France, le Royaume-Unis et l’Allemagne, ayant un PIB sensiblement supérieur.

Les deux croiseurs de la classe Kirov encore en service dans la Marine russe, le Piotr Velikiy et l’Admiral Nakhimov, resteront en service jusqu’au milieux des années 2030

Outre l’entrée en service prochaine du Tzirkon, et les performances retrouvées des chantiers navals russes, un troisième paramètre peut expliquer l’accent mis sur les navires de haute mer aujourd’hui. En effet, jusqu’il y a peu, Moscou donnait la priorité à la construction d’une flotte dense de corvettes côtières et de patrouilleurs armés, parfois qualifiée avec un léger sarcarsme de « Mosquito force ». Or, ces navires, comme les patrouilleurs Buyan-M, emportaient des missiles de croisière 3M54 Kalibr, alors qu’ils étaient déployés en mer Baltique et mer Noire, mettant à porté une grande partie du territoire européen. Il s’agissait, pour Moscou, de contourner les restrictions du traité INF qui interdisait de disposer de missiles balistiques ou de croisière d’une portée de 500 à 2500 km mis en oeuvre par des lanceurs terrestres. On note d’ailleurs que le missile balistique aéroporté hypersonique Kh47M2 Kinzhal relève de la même logique, puisque sa portée est de 2000 km.

Avec la fin du traité INF, le recours à une telle flotte est devenu moins nécessaire, et le ministère de La Défense russe a pu, de fait, basculer une partie de ses moyens de productions vers des unités de haute mer, d’autant que l’actualité récente a montré à Moscou que même avec une stratégie essentiellement continentale, le recours à une flotte puissante et dissuasive s’avère nécessaire pour faire valoir les décisions du Kremlin an matière de politique internationale. En outre, elle permettra d’étendre le rayon défensif autour des cotes russes, là encore en s’appuyant sur la menace que représente le Tzirkon vis-à-vis d’adversaires potentiels.

Les corvettes légères Buyan-M mettent en oeuvre 8 silos verticaux UKSK pouvant accueillir des missiles Kalibr, Onyx ou Tzirkon.

Enfin, et probablement de façon déterminante, la flotte russe a, pour la première fois, capacité à faire jeu égal avec l’OTAN sur les mers, car l’immense majorité de la flotte US va progressivement basculer vers le théâtre Pacifique pour contenir la puissance navale Chinoise. De fait, même si le Kremlin est conscient qu’il lui sera impossible d’égaler la puissance navale européenne sur le plan numérique, il fait probablement le pari d’être en mesure de prendre l’ascendant sur celle-ci en cumulant sa flotte de surface, sa flotte sous-marine et sa force aérienne à long rayon d’action, avec par exemple la modernisation des Tu-22M3M Backfire.

Une chose est certaine, par ces annonces répétées en faveur d’une modernisation et d’une extension des capacités de la flotte russe, Moscou veut se positionner comme une puissance navale, révélant un changement de stratégie notable depuis la fin de l’Union soviétique. Est-ce que les occidentaux seront prêt à relever ce défis ? seul l’avenir nous le dira ….

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