L’US Navy lance une étude déterminante pour l’avenir des super porte-avions

Alors que l’US navy ne parvient pas à concevoir un modèle satisfaisant pour conserver la suprématie navale vis-à-vis de la Chine à long terme, elle a lancé, selon le site breakingDefense.com, une étude intitulée Future Carrier 2030 Task Force qui se veut déterminante sur l’avenir des porte-avions dans son inventaire, ainsi que de la Task Force construite autour d’eux. Les résultats attendus pourraient amener l’US Navy à limiter le nombre de super porte-avions de la classe Ford actuellement en construction à seulement 4 unités. Cette étude, qui comme son nom l’indique portera sur l’état de la menace et des capacités défensives et offensives de porte-avions en 2030, devra non seulement déterminer le niveau de vulnérabilité des groupes de porte-avions aujourd’hui, mais en déduire les doctrines d’utilisation ainsi que le format de l’US Navy comme des porte-avions eux-mêmes, afin de guider l’effort industriel et doctrinal pour les années à venir.

A l’instar de Mark Esper, le secrétaire à La Défense américain, et du Congrès américain, nombreux sont ceux aujourd’hui qui s’interrogent, à Washington, sur la survivabilité des porte-avions face aux nouvelles armes dont disposent, et disposeront, les marines russes et chinoises, dans un avenir proche. Deux menaces sont particulièrement pointés dans ce domaine, à savoir les missiles hypersoniques ou balistiques anti-navires, comme le Tzirkon russe et le DF26 chinois, et les progrès en matière de sous-marins d’attaque des deux marines. Mais les interrogations ne portent pas uniquement sur le porte-avions lui-même, mais sur son groupe aérien embarqué, lui aussi vulnérable aux nouveaux dispositifs de déni d’accès multicouches sino-russes, ainsi que sur contraintes et les réponses potentielles à ces contraintes que représentent tout ses systèmes vis-à-vis de la doctrine d’emploi des porte-avions actuelle.

Le porte-avions a été le symbole de la suprématie occidentale et américaine sur les mers pendant plus de 75 ans

La problématique peut se résumer ainsi :

  • Les porte-avions et leurs escortes sont aujourd’hui dans l’incapacité de se protéger efficacement contre les missiles hypersoniques anti-navires (comme le 9M22 Tzirkon russe) à venir, et ne disposent que d’une capacité de protection limitée vis-à-vis des missiles balistiques anti-navires (comme le DF21D ou le DF26 chinois)
  • L’utilisation conjointe des sous-marins modernes, de drones et des satellites permet à l’adversaire de localiser avec une certaine facilité le groupe aéronaval autour d’un super-porte-avions, et donc de diriger ses missiles.
  • Cette menace est accentuée par l’utilisation de missiles hypersoniques à changement de milieux à partir de sous-marins d’attaque adverses, disponibles en grand nombre et sont les performances ne cessent de croître.

De fait, il est probable que les porte-avions, dans l’avenir, soient contraint d’opérer à de bien plus grandes distances des côtes adverses s’ils devaient mener des missions d’attaque traditionnelles, comme ce fut le cas par exemple en Irak à partir des eaux du Golfe Persique et de l’Océan Indien pendant les deux guerres contre l’Irak, ou encore contre la Libye et la Serbie à partir des eaux méditerranéennes, et bien évidemment contre le Nord-Vietnam à partir du Golfe du Tonkin. Désormais, les porte-avions pourraient être amenés à évoluer à plus de 1000, voir 2000 km des cotes adverses afin de se préserver d’une attaque côtière ou aérienne employant ces missiles à longue portée. Or, aujourd’hui, aucun appareil de combat embarqué, ni le F/A 18 E/F Super Hornet, ni le F35C Lighting II, n’a une autonomie de combat supérieure à 1000 km, nécessitant de fait des avions, ou des drones ravitailleurs pour les accompagner, drones qui pourraient par ailleurs s’avérer très vulnérables face à La Défense aérienne et la chasse adverse. En d’autres termes, non seulement le porte-avions pourrait s’avérer sensiblement plus vulnérable, mais les avions qu’il met en oeuvre pourraient, quand à eux, s’avérer inadaptés aux missions dans le contexte opérationnel à venir.

Pas plus que le Super Hornet, le F35C n’a l’allonge suffisante pour répondre aux besoins à venir de la chasse embarquée américaine

Est-ce alors la fin programmée des porte-avions ? Probablement pas ! Et c’est d’ailleurs le rôle du Future Carrier 2030 Task Force que de déterminer quels seront les usages à venir de ces navires, et comment en faire un outil de supériorité naval. L’un de ces usage évident serait de confier aux porte-avions les missions de contrôle des espaces maritimes, ce qui, d’ailleurs, était leur principale mission durant la seconde guerre mondiale. Le porte-avions assureraient le rôle de base aéronavale flottante pour interdir ou protéger l’espace maritime dans une zone, telle qu’était la mission des Task forces américaines en Atlantique durant la Guerre Froide. A noter que les marines russes, et surtout chinoises, semblent pour l’heure spécialiser leurs groupes aéronavals dans ces missions, raison pour laquelle ils mettent en oeuvre des aéronefs spécialisés dans La Défense aérienne, la lutte anti-sous-marine et anti-navires.

Il pourrait également apparaitre que le format de super-porte-avions, comme les navires de la classe Ford et Nimitz, ne soit plus à-même de répondre aux enjeux actuels, et que des porte-avions plus légers, mais également plus nombreux car moins chers à la construction et à l’emploi, pourraient constituer une réponse pertinente à la problématique du super capital ship, dont la perte engendrerait un traumatisme profond aussi bien pour l’US Navy que l’opinion publique américaine. Il est probable que l’analyse pointera les limites du groupe aérien embarqué américain actuel, notamment pour ce qui concerne La Défense aérienne, ne disposant plus d’un intercepteur lourd à long rayon d’action, comme pouvait l’être en son temps le F14 Tomcat, pas plus qu’il ne dispose d’appareils de lutte anti-sous-marines comme le S3 Viking, qui pourtant joua un rôle déterminant dans l’Atlantique Nord face aux sous-marins russes pendant la guerre froide.

Le F14 Tomcat constituait la réponse de l’US Navy à la menace des bombardiers soviétiques à long rayon d’action équipés de missiles antinavires à longue portée

Enfin, il est plus que probable que cette étude portera un regard critique sur les capacités d’escortes, notamment en matière de lutte anti-sous-marine, du groupe aéronaval américain, depuis le retrait des escorteurs comme les frégates O.H Perry et Knox avant elles, et qui constituaient un rideau défensif anti-sous-marin dense autour du porte-avions, là ou aujourd’hui, les destroyers A.Burke et les croiseurs Ticonderoga sont avant tout spécialisés dans La Défense anti-aérienne et les frappes vers la terre. Elle devra, à ce titre, prendre en considération les évolutions des systèmes de défense, comme, par exemple, les armes laser, les rail gun et les programmes de missiles destinés à contrer les armes hypersoniques ou semibalistiques en cours de developpement.

Une chose est certaine, cette analyse prospective sera déterminante pour l’avenir des porte-avions dans l’US Navy, mais également pour l’ensemble des marines occidentales, dont la Marine nationale française qui a débuté l’étude préalable pour le remplacement de son unique porte-avions à propulsion nucléaire, le Charles de Gaulle. Elle pourra également influencer le programme SCAF rassemblant la France, l’Allemagne et l’Espagne, en charge de concevoir le futur avion de combat et son système de combat aérien global qui équipera les forces aériennes des 3 pays, ainsi que le groupe aérien embarqué de la Marine nationale.

L’étude Future carrier 2030 influencera probablement le programme SCAF européen, qui doit entre autre, remplacer les Rafale M du groupe aérien embarqué à bord du ou des porte-avions français

Mais force est de constat q’elle montre, surtout, à quel point les technologies développées par la Russie et la Chine ces dernières années en matière de systèmes de défense, conditionnent désormais la réflexion et même le format des forces armées occidentales, y compris américaines, confirmant, s’il en était besoin, que l’initiative stratégique a belle et bien changé de camps aujourd’hui.

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