Qui est à la manoeuvre pour décrédibiliser Naval Group en Australie ?

Il y a 3 semaines, un rapport de l’agence nationale d’audit australienne, ou ANAO, l’équivalent de la Cours des comptes en France, rendait un rapport portant plusieurs remarques et interrogations concernant le programme de Naval Group pour la conception et la construction de 12 sous-marins Shortfin Barracuda. Ces rapport fut rapidement mis en scène par l’opposition travailliste comme un argument politique, obligeant le gouvernement conservateur à préciser les tenants et aboutissants du programme, et ce par deux reprises. Mais loin d’y avoir mis fin, il semble que désormais, une grande partie de la presse australienne, spécialisée ou non dans les questions de Défense, prennent fait et cause contre le programme actuel.

Il faut dire que le contrat SEA 1000 était, pour le groupe naval Kockums, un des derniers grands contrats pouvant sauver le groupe à moyen terme, du fait de la baisse sensible des commandes prévisionnelles nationales dans les deux décennies à venir. Kockums avait en effet conçu et fabriqué les 6 sous-marins de la classe Collins, entre 1990 et 2003. Ces navires de 3300 tonnes en plongée ont donné satisfaction à la Marine australienne, et jouissent à ce titre d’une excellente réputation dans le pays. Or, le groupe suédois a été écarté des 3 entreprises autorisées à concourir, car n’ayant plus conçu de sous-marins depuis 20 ans, et n’ayant jamais conçus de navire de la taille de la nouvelle classe du programme SEA 1000.

Les 6 sous-marins de la classe Collins ont été conçus par le Suédois Kockums et construits par les chantiers navals ASC à Adelaide.

Le fait est, et de manière systématique désormais, les articles traitant du programme SEA 1000, et notamment du rapport de l’ANAO, reviennent presque systématiquement sur 2 points. Le premier est un certain manque de sincérité du gouvernement actuel sur les délais et couts supplémentaires liés au programme, le second pour rappeler que Kockums est un partenaire fiable, qui serait probablement préférable au groupe français pour ce programme. Jamais il n’est fait référence à l’allemand TKMS ni au japonais Mitsubishi, les deux autres groupes qui participèrent à la compétition SEA 1000. Ce systèmatisme commence, dès lors, à interroger quand à savoir si, en substance, un groupe de pression proche de Kockums ne serait pas à la manoeuvre dans ce dossier.

Car, quoiqu’en dise le gouvernement australien aujourd’hui, l’avenir du contrat est loin d’être assuré. La raison en est simple : les élections législatives de 2022. En effet, la majorité actuelle est aujourd’hui au coude à coude dans les sondages d’opinion avec l’opposition de gauche, qui a fait de ce programme un argument de campagne. Or, le matraquage médiatique subi par l’opinion publique australienne concernant ce programme, en grande majorité avec un biais hostile vis-à-vis de la solution proposée par Naval Group, entraine son glissement sensible vers des positions négatives. Ainsi, sur les réseaux sociaux, bien peu de voix s’élèvent pour tenter de défendre le programme actuel, alors que le déferlement de positions hostiles est, lui, massif.

Le pumpjet du Shortfin Barracuda permet au navire de maintenir une vitesse de patrouille silencieuse supérieure à 12 noeuds, un atout de taille dans la problématique australienne

Les deux communiqués du gouvernement Australien, pour tenter de contenir le mécontentement croissant, n’ont pas eu les effets escomptés. En effet, manquant de substance, et d’arguments objectifs et incontestables, ils ont rapidement été décrédibilisés par des éléments de langages habilement distillés dans quelques articles et repris par beaucoup de médias. C’est d’ailleurs ici qu’apparait le plus souvent de manière explicite Kockums comme une alternative forte à propos. Quand à la communication de Naval Group, elle reste très distanciée de la polémique actuelle, tant par tradition française que pour ne pas interférer avec la communication gouvernementale. Reste que la polémique, loin de se tasser comme l’espérait le gouvernement australien, ne cesse de rebondir, chaque rebond érodant un peu plus l’image du programme et du groupe français. Dans ces conditions, si l’opposition travailliste venait à remporter les élections de 2022, les risques seraient très importants pour la pérennité du programme.

Pourtant, Naval Group pourrait présenter les atouts de son offre et ses technologies, sans pour autant interférer avec la communication gouvernementale. Ainsi, le sous-marin Shortfin Barracuda est optimisé pour une vitesse de patrouille silencieuse supérieure à 12 noeuds, là ou les autres sous-marins, y compris suédois, sont optimisés pour des vitesses de l’ordre de 6 noeuds. Or, si cette vitesse convient en mer Baltique, qui ne fait que 1600 km de long pour 250 km dans sa plus grande largeur, elle devient beaucoup plus handicapante lorsqu’il s’agit de protéger les presque 30.000 km de cotes australiennes. Dans ce domaine, la vitesse est un atout stratégique, qui a pesé dans la décision finale. Naval Group aurait bien d’autres arguments à faire valoir, comme les opportunités industrielles qui se développent autour du programme, ou l’exécution exemplaire de nombreux programmes, et ce malgré de grandes difficultés politiques, technologiques et économiques. Toujours est-il que sans porter à la connaissance de l’opinion publique australienne ces informations différenciées, il semble désormais difficile de redorer le blason de Naval Group comme du Shortfin Barracuda en Australie pour en désactiver le potentiel politique et électoral à moyen terme.

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR