La DGA notifie la commande de 54 Griffon MEPAC dotés de mortiers de 120mm 2M2R

Dans un communiqué de presse publié le 24 janvier, le GME Scorpion –Groupement Momentané d’Entreprises constitué de Nexter, Arquus et Thales– déclarait que la DGA leur avait notifié le 30 décembre 2019 d’un nouvel avenant au contrat du programme SCORPION. Cet avenant porte sur la commande attendue depuis l’été dernier de 54 véhicules blindés multi-rôles Griffon équipés pour embarquer un mortier rayé de 120mm dans leur soute. L’avenant permet ainsi de respecter la cible des 1872 véhicules SCORPION prévue dans l’actuelle loi de programmation militaire.

Cette nouvelle variante du Griffon est désignée MEPAC, pour Mortier Embarqué Pour l’Appui au Contact, le mortier en question étant le 2R2M de Thales. Véritable succès international, et déjà éprouvé au combat, ce mortier de nouvelle génération est conçu pour être embarqué à bord de véhicules motorisés. Il équipe ainsi l’Arabie Saoudite, à bord de véhicules M113, l’Italie à bord de 8×8 Freccia, la Malaisie sur des véhicules chenillés et des 8×8 co-conçus avec la Turquie, ou encore le Sultanat d’Oman sur une base de VAB. Une version dérivée du 2R2M, le Dragon Fire, équipe également l’USMC à bord de LAV-25, ou bien tracté par des Humvee. En préparation du contrat Griffon MEPAC, l’Armée de Terre a également testé le MEPAC à bord d’un VAB 6×6 modifié pour les circonstances.

Un VAB 6×6 a été spécialement modifié pour permettre de tester le 2M2R embarqué dans des conditions opérationnelles. Si certains VAB 4×4 avaient été livrés avec un mortier de 81mm, l’Armée de Terre n’opère plus aujourd’hui que des mortiers tractés.

Sur le plan technique, le Griffon MEPAC sera équipé d’un toit ouvrant sur sa cabine arrière afin de permettre la mise en œuvre rapide du mortier, l’avant du véhicule conservant la tourelle d’autodéfense des variantes transport de troupe du Griffon. Le 2R2M est un mortier de 120mm rayé équipé d’un frein de recul lui offrant deux fois plus de précision qu’un mortier tracté 120RT actuellement en service dans l’Armée de Terre. Doté d’un système de recharge semi-automatisé, le 2R2M est mis en œuvre par deux hommes uniquement, et dispose d’une cadence de tir de 10 coups par minute. Son installation à bord d’un Griffon permet un déploiement extrêmement rapide, quelques secondes seulement après l’arrêt du véhicule. Le système dans son ensemble est particulièrement mobile, permettant de déplacer le véhicule avant même que les premiers obus tirés ne touchent leur cible. Les mortiers étant conçus pour opérer au contact, à seulement une dizaine de kilomètres de leur cible, cette mobilité améliore considérablement leur survivabilité notamment face au tirs de contre-batterie ennemis.

Dans le cadre du programme SCORPION, le MEPAC sera pleinement intégré aux outils numériques de gestion en réseau des combats, ce qui n’est pas le cas pour les mortiers tractés. Le système de gestion des feux ATLAS de Thales permet ainsi d’optimiser les effets tactiques de toutes les pièces d’artillerie disponibles sur le théâtre des opérations, en liaison avec les divers systèmes de commandement de l’Armée de Terre, tout en étant interopérable avec les équipements alliés. La désignation des cibles pourra ainsi se faire par le biais des unités au contact, via une liaison de données, par l’optronique optimisée des Griffon MEPAC, mais aussi par le biais de micro-drones embarqués à bord des véhicules Griffon. En cas d’environnement numérique brouillé ou contesté, les Griffon MEPAC conserveront une capacité d’opérer en mode dégradé, avec un chargement et un réglage du feu manuel.

Le système 2R2M est particulièrement compact, son chargement semi-automatisé permettant une mise en oeuvre par deux personnes uniquement.

Pour le moment, la DGA et le GME Scorpion n’ont pas communiqué directement sur le choix des munitions devant être intégrées sur les 2R2M des Griffon MEPAC. Il semblerait toutefois que, en plus des munitions actuellement opérées par les mortiers 120mm de l’Armée de Terre, les Griffon MEPAC puissent embarqués des munitions de nouvelle génération. Thales et TDA travaillent ainsi sur une famille de munitions MURAT (Munition à Risque Atténuée) plus fiables et plus sûres à manipuler, et disposant également d’une portée améliorée de 10 ou 12%. L’industriel français propose également des munitions guidées dotées d’une précision métrique à des distances entre 15 et 18km. De quoi améliorer à la fois la portée et la précision du soutien d’artillerie dispensé par les mortiers dans les années à venir.

Attendus pour être livrés entre 2023 et 2027, les Griffon MEPAC sont avant tout adaptés au combat de haute intensité, et resteront en cela complémentaires des canons de 155mm et des mortiers tractés, qui connaissent un véritable succès opérationnel au sein de l’Armée de Terre. Comparativement à un canon automoteur Caesar, le MEPAC disposera d’une plus faible portée de tir, mais d’une bien meilleure mobilité. Basé sur le châssis Griffon, nouvelle monture de référence de l’Armée de Terre, le MEPAC pourra accompagner toutes les unités au plus près des combats, et sera bien plus facilement repositionnable que des canons de 155mm, même automoteurs. Toutefois, Griffon MEPAC restera sans doute trop lourd et spécialisé pour remplacer les 120RT tractés. Ces derniers peuvent être mis en place plus facilement, dernière un 4×4 léger ou sous un treuil d’hélicoptère. Toutefois, ils ne disposent pas de la même protection, de la précision de tir ou de la capacité à opérer en réseau des futurs MEPAC.

Si le Griffon MEPAC va apporter une toute nouvelle dimension à l’appui-feu par mortier, via sa connectivité, sa mobilité et sa précision, on notera toutefois que l’Armée de Terre a fait le choix, comme la plupart des forces terrestres actuelles, d’un système connu et maîtrisé. A bord du MEPAC, les améliorations systémiques sont avant tout incrémentales, le concept du mortier de 120mm étant amélioré à la marge pour lui permettre d’opérer dans les combats infocentrés des prochaines décennies.

Le combat en réseau ouvre théoriquement la voie à des capacités d’appui-feu dispersées sur des véhicules de combat, de transport d’infanterie ou, ici, des forces spéciales. La solution présentée par AA/ROK, à partir de technologies existantes, allait dans ce sens.

On est ainsi assez loin des solutions de ruptures tant technologiques que conceptuelles qui avaient pu être un temps proposées par des acteurs industriels émergents ou des bureaux d’études indépendants. On se souvient ainsi du système SSA-1108 MIGALe (munition interarmes guidée d’appui léger) qui avait été présenté par le bureau d’étude AA/ROK, aujourd’hui intégré au groupe Turgis & Gaillard. Cette solution ingénieuse reprenait un propulseur de missile Mistral, un autodirecteur d’AASM, et les possibilités de désignation de cibles en réseau offertes par SCORPION. Des modules de 8 à 12 missiles légers auraient ainsi pu être intégrés à n’importe quel véhicule Griffon, entre-autres, permettant de diluer les capacités d’appui-feu et de se passer d’unités spécialisées équipées de véhicules MEPAC.

Si une telle approche s’avère séduisante sur le papier, elle est sans doute également à la fois trop coûteuse à développer et à mettre en œuvre, et trop innovante pour convenir aux structures de forces et aux doctrines d’emploi actuelles. De plus, contrairement à une solution d’artillerie ou de mortier classique, de tels missiles opérant en réseaux ne permettent pas une utilisation en mode dégradé. Néanmoins, si les promesses faites en matière de combat info-centré ou de miniaturisation des systèmes de guidage d’artillerie sont tenues, les missiles polyvalents légers devraient rapidement trouver leur place dans l’appui-feu. Ainsi, dans le cadre du concept Lynkeus, MBDA et Novadem auraient déjà réalisé des essais visant à permettre à un micro-drone NX70 de désigner une cible « à l’aveugle » à un missile MMP, qui sera intégré de base sur le Jaguar, l’autre véhicule phare du programme SCORPION.


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