Le gouvernement australien défend son partenariat avec Naval Group

Il était temps ! Après plusieurs semaines d’attaques incessantes sur le programme Shortfin Barracuda, le gouvernement australien a enfin donné les explications nécessaires pour mettre fin à la dégradation de l’image du programme dans l’opinion publique du pays. En particulier, dans une déclaration co-signée par les autorités militaires, politiques et techniques liées au programme, Canberra a formellement démenti tout risque sur l’exécution du programme, de même que toute impasse dans les négociations en cours avec Naval Group.

La déclaration des autorités australiennes a été efficace et factuelle :

  • Concernant l’augmentation des couts, les chiffres avancés du passage de 50 Md$ à 80 Md$ ne constituent pas une augmentation de la facture, mais un périmètre différent de ce qui est retenu pour déterminer les dépenses liées au contrat. Pour l’heure, aucune variation de couts n’est apparue dans le programme.
  • Concernant les 400 m$ dont les dépenses n’auraient pas été justifiées, il s’agit d’une mauvaise interprétation des conclusions du rapport émis par le Australian National Audit Office. Dans une démarche de gestion très précise des risques, certaines dépenses planifiées n’ont pas encore été comptabilisées, apparaissant dés lors comme « non justifiées » dans le rapport, mais ne signifiant en rien qu’elles ne sont pas justifiées et planifiées dans le programme.
  • Concernant le retard de 9 mois évoqué régulièrement, il est tout simplement inexact. Au jour d’aujourd’hui, pour satisfaire aux exigences de qualité et de gestion des risques, préoccupation principale des autorités australiennes dans ce programme, un retard a effectivement été pris vis à vis du planning initial. Mais ce retard n’est que de 5 semaines. Et selon les autorités, il n’influence pas le respect des délais prévus par le programme.
  • Enfin, concernant l’éventuelle impasse dans laquelle seraient aujourd’hui les négociations entre Naval Group et les autorités australiennes, présentées comme « toxiques » par certains journalistes, elle n’existe pas. Le programme est exécuté avec précision, et les négociations entre les industriels et les autorités se déroulent sans entrave et conformément à l’agenda prévu.

Alors, tout cela n’était-il qu’une tempête dans un verre d’eau ? Au contraire, cette crise, visiblement manipulée par quelques personnes ayant à coeur de voir ce programme échouer, montre clairement qu’aujourd’hui, l’opinion publique représente un enjeu déterminant dans l’exécution d’un programme de défense majeur, surtout lorsqu’il représente des investissements aussi lourds que celui du programme Shortfin Barracuda australien. Dans ce dossier, ce n’est pas tant les quelques journalistes et politiques qui ont cherché à nuire au programme qu’il faut blâmer, mais bel et bien le manque de communication des autorités australiennes comme des industriels vis-à-vis de ce programme vers l’opinion publique du pays.

Naval Group a de nombreux arguments à valoriser vis-à-vis de l’opinion publique australienne, qu’ils soient économiques ou technologiques, comme ici le pumpjet qui réduit les émissions sonores de l’hélice du sous-marin.

Car si le démenti apporté par les autorités australiennes est largement repris par la presse spécialisée défense, il l’est beaucoup moins dans les médias d’information, et presque pas sur les réseaux sociaux. En d’autres termes, les dégâts sont faits. Et désormais, l’opinion publique, et donc la classe politique australienne, est clivée vis-à-vis de ce programme. Ce qui signifie que si les élections législatives de 2022 devaient être anticipées, ce qui est courant en Australie, l’opposition à la coalition au pouvoir, et notamment le partie Labour qui aujourd’hui est au coude à coude dans les sondages avec cette même coalition, pourrait bien être tenté d’en faire un enjeu électoral en tentant de féderer l’opinion publique autour de l’annulation de celui-ci. C’est précisément ce qui s’est passé en Inde en fin 2018 et début 2019 lors de la campagne électorale législative, lorsque l’opposition au parti de N. Modi instrumentalisa le contrat portant sur l’acquisition de 36 Rafale à la France pour tenter de remporter la victoire. Il n’y parvint pas, certes, mais que se serait-il passé si la majorité avait changé ?

Si toute menace concernant le programme Sea 1000 semble belle et bien écartée désormais, cet épisode doit être précisément analysé par les industriels français, afin qu’ils modifient leur perception du rôle de l’opinion publique dans l’acquisition et l’exécution des contrats de défense aujourd’hui, surtout dans les démocraties occidentales. Car, au final, ce n’est pas à un gouvernement que sont les sous-marins, les avions ou les blindés sont vendus, mais aux populations de chacun des pays acquéreurs. Un paradigme qui éviterait bien des inquiétudes et des déboires aux industriels français s’ils consentaient à le mettre en oeuvre …

Une crise similaire a été instrumentalisée en Inde contre le premier ministre N. Modi au sujet du contrat portant sur l’acquisition de 36 Rafale par l’Inde.

Quoiqu’il en soit, en Australie, les déclarations du gouvernement ne marquent nullement la fin de cet épisode. Il est désormais nécessaire, pour Naval Group et ses partenaires, de reconquérir le coeur des australiens, en expliquant, méthodiquement, le déroulé de l’exécution du programme, et en présentant une image objective et valorisante de celui-ci. Sans empiéter sur les prérogatives de communication gouvernementale, et pour un investissement des plus modestes, le groupe français pourrait ainsi non seulement se préserver de toute forme de « rechute », mais également acquérir un savoir-faire des plus utiles pour les programmes à venir. Est-ce que cette alerte aura su vaincre les conservatismes forts qui subsistent en France à ce sujet ? Nous le verrons probablement très vite ….

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