Naval Group dégaine une technologie exclusive pour s’imposer aux Pays-Bas

Publié initialement le 28 Novembre 2019

Le directeur des relations avec la presse de la société Naval group, M. Emmanuel Gaudez, annonce sur Twitter que l’entreprise dévoile sa stratégie industrielle à l’occasion du salon de défense NEDS à Rotterdam. L’élément significatif de l’annonce réside dans l’image de synthèse qui l’accompagne : le sous-marin proposé à la marine hollandaise. L’entreprise française refait le « coup » du programme SEA 1000 (Australie) : la coque est intégralement recouverte de tuiles anéchoïques, une technologique qu’aucun des concurrents ne peut proposer. Naval group joue-t-il son va-tout pour emporter ce marché ?

Les sous-marins hollandais de la classe Walrus (Zr. Ms. Walrus (1992), Zr. Ms. Zeeleeuw (1990), Zr. Ms. Dolfijn (1993) et Zr. Ms. Bruinvis (1994) devront quitter le service entre 2027 et 2031 grâce à refonte à mi-vi menée en 2013 et 2019. Dès 2014, le principe du remplacement des Walrus est acté. Le White Paper 2018 dans la deuxième annexe (p. 24) explique ce choix. L’annexe 4 présente le calendrier de renouvellement des Walrus (2,5 milliards d’euros ou plus). Une demande d’informations a été envoyée à l’endroit des principaux constructeurs de sous-marins en 2018. Le choix du soumissionnaire avec lequel seront conduites les négociations exclusives pourrait être annoncé en cette fin d’année 2019.

La proposition française dévoilée publiquement au début du mois de février 2019 n’est pas un Scorpène. Un Scorpène Evolution de près de 3000 tonnes était pourtant attendu afin de répondre au besoin militaire exprimé par la marine batave. Cette première illustration montre ce qui s’avérera être une version supplémentaire du Barracuda. À la différence près que le massif n’est pas le même car les barres de plongée avant qui sont rétractables et devant le massif sur les Barracuda australiens et français sont sur cette version intégrées à la partie haute du massif.

Le « coup » du programme SEA 1000 avait consisté à proposer une technologique qu’aucun autre des concurrents ne pouvait fournir : la pompe-hélice (pump-jet). Le propulseur n’est plus une simple hélice aux formes plus ou moins travaillées. Il s’agit d’un carénage contenant un stator servant à la mise en mouvement de l’eau de mer avant qu’elle ne soit « attaquée » par l’hélice elle-même, ici qualifiée de rotor. Le système complet permet de réduire les bruits provoquées par la cavitation (bulle d’air se formant sur les pales de l’hélice et explosant). Ce système est le meilleur de l’état de l’art à l’heure actuelle afin de réduire le bruit généré par le propulseur lui-même.

Le sous-marin proposé par Naval group à l’Australie dans le cadre du programme SEA 1000 était dénommé Shortfin Block 1A jusqu’à sa sélection par Canberra où il devient la tête-de-série de la future classe Attack. L’accord donné par Paris à l’intégration d’une pompe-hélice (pump-jet) à la proposition fut décisif.

Et les seules deux illustrations communiquées par Naval group pour son offre aux Pays-Bas se gardent bien d’offrir un aperçu du propulseur, tout en laissant planer le doute car il s’agit d’un Barracuda. Sera-t-il proposé avec une hélice ou une pompe-hélice ?

L’image de synthèse communiquée aujourd’hui présente, sans l’ombre d’un doute, un revêtement en tuiles anéchoïques sur l’intégralité de la coque : depuis le sommet du massif jusqu’à la quille, depuis l’étrave jusqu’à l’appareil à gouverner.

Cette technologie est composée de « tuiles » dont les matériaux de base sont du caoutchouc ou des polymères synthétiques. Leur fonction est d’absorber les ondes acoustiques des sonars actifs (émissions d’ondes acoustiques, à la manière du fonctionnement d’un radar) qui sont particulièrement utilisés par les bâtiments de lutte anti-sous-marine et les hélicoptères équipés d’un sonar plongeant. Les contraintes de cette technologie résident dans son coût inhérent qui renchérit celui de la construction et, surtout, la masse ajouté à la coque qu’il est impératif de prévoir lors de la conception afin de pouvoir équilibrer le sous-marin dans le cadre de la poussée d’Archimède. Sans compter les exigences supplémentaires en matière d’entretien de la carène et du revêtement par lui-même.

Rares sont les États à avoir développé cette technologie : la Chine (au moins le Type 039A ou classe Yuan), les États-Unis, le Japon (au moins la classe Sōryū ), le Royaume-Uni, la Russie et la France. Il y a le cas particulier de la Marine Royale Canadienne dont les sous-marins de la classe Victoria acquis auprès du Royaume-Uni en 1998 (classe Upholder ou Type 2400) possèdent un revêtement en tuiles anéchoïques sans que le pays possède les compétences nécessaires à la maîtrise de la technologie.

Proposer des tuiles anéchoïques est un avantage comparatif décisif par rapport aux autres propositions. Damen et SAAB ne possèdent pas cette technologie. Leur proposition (modèle 712) fondée sur le programme A26, sans compter les classes précédentes de sous-marins suédois, s’est concentré sur la réduction des signatures acoustique et magnétique. La nouvelle proposition de Naval group répondrait au consortium suédo-hollandais qui propose le sonar 2076 par un accord conclu le 2 octobre 2019 par Damen et SAAB avec Thales UK. Plus qu’un sonar, il s’agit de la suite des sous-marins nucléaires britanniques (SNLE et SNA) comprenant un sonar d’étrave, des sonars de flanc, un intercepteur d’ondes sonar, un téléphone sous-marin, un sonar actif pour la détection de mines et une antenne linéaire remorquée. L’une des meilleures solutions en matière de sonars au monde dans l’attente des sonars ultra-basse fréquence (années 2030).

Le HMS Triumph, sous-marin nucléaire d’attaque de la Royal Navy avec son revêtement d’une coque en tuiles anéchoïques. Sa détérioration souligne combien l’avantage opérationnel procuré est exigeant en entretien pour le conserver. De récentes pertes massives de telles tuiles sur des Virginia de l’US Navy en raison des négligences d’un chantier ou de ses sous-traitants illustraient combien cet avantage peut aisément se perdre.

Naval group cherche et réussira très probablement à éclipser la présentation de la société de construction navale espagnole Navantia qui devait dévoiler au salon sa proposition fondée sur une adaptation du S-80. Fort du soutien du gouvernement espagnol, Navantia propose le S-80 Plus, un navire de 3400 tonnes en plongée aux dimensions et tonnage plus importants – d’ou le S-80 Plus et non S-80 – en raison de difficultés rencontrées, notamment, lors du chantier d’intégration du module AIP (Air Independant Propulsion). La suite sonar ainsi que le système de combat sont fournis par l’Américain Lockheed Martin. La proposition de Navantia est aujourd’hui considérée par les analystes comme étant la plus faible aux Pays-Bas, et nombreux sont ceux qui prédisent un abandon ou une élimination.

Naval group assure au ministère de la défense hollandais et à la marine de pouvoir fournir une technologie en mesure de permettre aux futurs sous-marins d’être au même niveau que les sous-marins les plus avancés, notamment ceux à propulsion nucléaire de la flotte du Nord de la Fédération de Russie. L’industriel français laisse planer le doute quant à la fourniture de la pompe-hélice. L’idée générale est de proposer avec ce va-tout l’état de l’art de la construction sous-marine pour, sur le plan opérationnel, échapper aux dispositifs anti-sous-marins les plus aguerris, comme ceux de la Russie.

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