Nouvelles routes de la soie : le Japon et l’UE contre attaquent

L’Union Européenne et le Japon ont signé le 27 septembre, lors du EU-Asia connectivity forum, un partenariat stratégique. Celui-ci promeut un commerce international juste, des pratiques de financement répondant aux standards internationaux, des règles environnementales et sociales soutenables. Et, comprend toutes les dimensions de la connectivité, notamment le digital, le transport et l’énergie.

Jean-Claude Juncker et Shinzo Abe ont rappelé que cet accord représente un rejet du protectionnisme et un soutien à un système commercial basé sur des règles. L’UE et le Japon deviennent ainsi les porte-drapeaux du libre échange et les gardiens des valeurs universelles.

L’UE et le Japon avaient signé un accord de libre échange en juillet 20181. Entré en vigueur en février 2019, il représente la zone de libre échange la plus conséquente au monde avec 630 millions de personnes. Et, constitue une réponse à la crise du multilatéralisme qui menace l’OMC. Le partenariat stratégique signé le 27 septembre approfondit les liens économiques des deux cosignataires mais revêt surtout un caractère politique et géostratégique : il s’agit d’une contre attaque au projet des nouvelles routes de la soie.

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne et Shinzo Abe, le Premier Ministre japonais
lors de la cérémonie de signature

Le projet de connectivité EU-Asie impliquera nécessairement de sécuriser les routes commerciales. A ce titre, 35% des biens exportés par l’UE vers l’Asie transitent par l’océan indien et pacifique. Alors que la marine chinoise se prépare à croiser en haute mer et donc au-delà de la mer de Chine méridionale, l’UE et le Japon justifieront leur présence sur ces océans où la Chine pousse ses pions.

Il s’agit également de contrer la stratégie d’influence de la Chine en proposant un projet concurrent à celui des nouvelles routes de la soie. Un projet salvateur pour certain pays mais qui alloue parfois un statut de vassal aux partenaires chinois : certains pays peu solides financièrement s’endettent vis-à-vis de la Chine pour financer des infrastructures.

Ces pays récipiendaires, croulant sous le fardeau de la dette (détenue par les banques chinoises) ne peuvent qu’accepter toutes les requêtes du gouvernement chinois, y compris de concéder des appuis logistiques pour sa flotte (cf. situation du Cambodge). Et, ces travaux d’infrastructure sont souvent réalisés par des entreprises chinoises et conduits par des ouvriers chinois. Cette manière de procéder est peu vertueuse : ce procédé ne permet pas de transferts de savoir-faire ou de technologies.

Les nouvelles routes de la soie ne sont donc pas si séduisantes que cela pour les petits pays négociants avec le géant chinois. Et, le projet UE-Japon constitue une alternative tout à fait louable. Cette contre offensive stratégique séduira ainsi certains pays car plus équitable, soutenable et vertueuse sur le volet du financement. Compte tenu de la production de navires militaires chinois avec les caractéristiques que l’on connaît, la marine chinoise possède des ambitions de projection en profondeur.  

Il est nécessaire de lui damer le pion et d’éviter qu’elle ne trouve des points d’appui. A ce titre, le projet de connectivité UE-Asie sous l’égide de l’Union Européenne et du Japon constitue une stratégie d’endiguement. Contrer l’OPA2 de la Chine sur le reste du monde, il était temps !

A lire également

You cannot copy content of this page
Meta-Défense

GRATUIT
VOIR