Radio CONTACT : La France rentre dans l’ère du combat collaboratif aéroterrestre

La semaine passée l’armée de terre annonçait la dotation de la nouvelle radio CONTACT, développée par Thalès, en remplacement de la PR4G. Si l’Armée de Terre est la première à percevoir cette nouvelle capacité, l’Armée de l’Air et la Marine Nationale suivront bientôt. Et pour cause, la radio Contact est l’une des briques de base des futures doctrines de combat collaboratif interarmes et interarmées.

Déployée à l’échelon tactique, la radio CONTACT  ne s’inscrit pas moins dans une perspective stratégique pour nos armées, car la véritable innovation majeure du programme SCORPION  ne réside pas tant dans le renouvellement des matériels en dotation dans l’armée française que dans la révolution de ses doctrines de « combat collaboratif » et « infovalorisé ». Il s’agit ici de faire circuler l’information en temps réel ou quasi-réel entre les différents acteurs d’un théâtre d’opération et ce quelle que soit leur dimension respective. Par voie de conséquence, elles permettent une agilité opérationnelle et tactique décisive lors du combat aéroterrestre. Le programme SCORPION est une étape cruciale qui couronne 25 ans de réflexion conceptuelle et doctrinale française autour de la guerre « réseau-centrée », car le combat collaboratif provient directement de l’irruption massive des NTIC à la faveur de la Révolution dans les  Affaires Militaires  (RAM) apparues à la fin des années 1980.

La communication entre les éléments d’Observation et d’Orientation et la couche Décisionnaire est au coeur de la Boucle OODA

Dès les années 1990, le leitmotiv doctrinal des armées occidentales devient l’information et sa circulation à tous les niveaux et entre tous les niveaux, de l’échelon subtactique à l’échelon politico-stratégique. Il s’agit de mettre en réseaux tous les acteurs d’un théâtre, de fusionner les informations de leurs capteurs,  de les traiter puis les disséminer à chaque échelon. Le but final est d’accélérer le tempo de l’opération nommé « Boucle OODA » (Observation, Orientation, Décision, Action). Il s’agit de sidérer tout adversaire par une série d’actions cinétiques soutenues par la circulation dynamique de l’information. Dans les années 2000/2010, ce système reposait, grossièrement, sur des centres de traitement, de fusion et dissémination de l’information : les CDAOA (Commandement de la Défense Aérienne et des Opérations Aériennes).  Malgré la mise en place des banques de données dynamiques à destination des acteurs et vecteur de théâtre1, et d’architectures complexe de Commandement et Contrôle, les armées françaises et occidentales se firent rapidement rattraper par le flux croissant d’informations saturant les réseaux. Ce phénomène est combiné à un autre enjeu : la communication de l’ensemble  des dimensions du théâtre jusqu’au niveau tactique, d’où la volonté de faire évoluer matériels et doctrines vers une donne de communication et de partage de l’information moins centralisée et plus horizontale, afin d’aboutir réellement à des actions cinétiques authentiquement interarmées.

La radio CONTACT répond à toutes ces exigences. Développée et produite par Thalès depuis 2012 dans le cadre d’un contrat d’un milliard d’euros, les radios seront distribuées aux armées à partir de 2020 pour une complète dotation d’ici 2030. Dans l’armée de terre, elles remplaceront la PR4G. Une fois distribuée dans l’ensemble des forces armées, elles permettront d’assurer une liaison tactique de haut débit, basée sur la technologie radio-logicielle, entre tous les acteurs du terrain sans intermédiaire interarmes centralisé au niveau du QG de théâtre. Incrémentée par un système SAIM, le système d’Information du Combat Scorpion (SICS), la radio CONTACT permettra une mise en réseau collaborative de toutes les forces de l’avant et dans toutes les dimensions conférant, dès lors, un tempo extrêmement rapide au combat aéroterrestre et saturant pour les défenses adverses. L’algèbre tactique pour les forces terrestres pourrait passer dans la dimension du quasi temps-réel. Ces atouts considérables sont autant de promesses de succès pour les forces françaises appelées à évoluer à l’avenir sur des théâtres d’opérations toujours moins permissifs, voire de haute-intensité

La radio CONTACT est par ailleurs interopérable. L’interopérabilité de cette capacité permettra une collaboration tactique interallié et en dehors de OTAN, dans le cadre d’un engagement de la France sur un théâtre en tant que nation-cadre, c’est-à-dire en tant que nation fournissant l’essentiel de la force opérationnelle en entrée et conquête de théâtre et tenue de ce dernier. La coalition permet à la nation-cadre d’incrémenter ses capacités de soutien (transport, ravitaillement, missions ISR, tenue du terrain…). Jusqu’alors les besoins en interopérabilité étaient subordonnées aux normes de l’OTAN, c’est-à-dire aux normes doctrinales et surtout industrielles des États-Unis. En plus de ne pas toujours correspondre aux besoins d’une nation globale comme la France, ils impliquaient une dépendance technique importante. Ce fût notamment le cas des liaisons des données tactiques de type ROVER permettant à un aéronef d’échanger des informations avec des opérateurs au sol. La France doit continuer à développer des solutions interopérables capables de répondre à ses engagements internationaux  tels que l’OTAN, mais continuer de veiller à pouvoir entretenir des capacités d’interopérabilité au sein de coalition en dehors de l’Alliance Atlantique.

Chaque véhicule du programme SCORPION, comme ici le VBMR léger Serval, agira comme un hub de communication et d’infovalorision des données tactiques

Les atouts de la radio CONTACT et ses promesses tactico-opérationnelles ne doivent pas faire oublier les nombreux enjeux auxquelles devront faire face les armées française dans un futur proche. Si elle est sécurisée, cette nouvelle radio met également en valeur la grande « info-dépendance » des armées françaises. Les grandes puissances en devenir et autres potentiels belligérants régionaux l’ont bien compris et développent entre autres des solutions d’écoute, de brouillage, d’intoxication, de piratage, ou bien de capacités cinétiques de neutralisation-destruction de plateformes de renseignement. Cet état de fait implique de se doter de capacités renforcées en cyber-défense et protection des réseaux.  L’Occident perd rapidement son avantage technologique, il doit le compenser par une surenchère d’intelligence tactique et stratégique. Tout en gardant en réserve des capacités d’environnements dégradés, il importe  pour autant de rester  compétitif en R&D, notamment dans le domaine de l’IA, fondamentale dans la guerre « info-centrée ». La massification des forces, aujourd’hui envisagée, doit être clairement accélérée, tant le dimensionnement des forces actuelles ne permettra pas de tenir face à l’attrition humaine et technique des conflits à venir. Le temps du confort opérationnel est révolu et sans volontarisme technologique, doctrinal et humain, l’Armée Française risque bel et bien le déclassement à moyen et long terme, malgré l’efficacité de SCORPION et de ses déclinaisons.


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