Les Européens construisent-ils « trop légers » ?

L’Américain Raytheon, et son partenaire l’Allemand Rheinmetall proposent le véhicule d’infanterie Lynx dans la compétition OMFV1 destinée à remplacer les M2/3 Bradley de l’US Army à partir de 2026, ont annoncé faire appel à la société Pratt & Miller Defense, dans le but de permettre au fleuron de l’industrie allemande de « répondre voir dépasser les exigences en matière de survivabilité » de la compétition.

Cette annonce n’est pas sans rappeler celle faite par Fincantieri il y a quelques semaines, au sujet du programme de l’US Navy FFG/X. La Marine Américaine a en effet considérer que la frégate FREMM italienne proposée ne répondait pas à ses exigences en matière de survivabilité, obligeant l’industriel italien a ajouter 300 tonnes d’aciers à sa frégate. On peut dès lors s’interroger sur l’écart qui peu exister entre les standards américains en matière d’équipements de Défense et ceux employer par les européens, leurs justifications, et leurs conséquences sur le champs de bataille.

Avec ses 10,5 tonnes, le Mirage III dépassait dans bien des domaines les chasseurs américains de la série Century, et ne palissait pas face au F4 Phantom II et ses 28 tonnes.

Non pas que l’approche américaine ne garantisse systématiquement une meilleure efficacité opérationnelle. Ainsi, dans les années 60, les mirages III français, pourtant beaucoup plus légers que les F100, F104, F105 américains, ont incontestablement obtenus d’excellents résultats opérationnels, notamment face aux Mig 17, 19 et 21 de construction soviétique, là ou les chasseurs américains se retrouvèrent bien souvent en situation d’infériorité. Le char de combat Leopard allemand, et ses 40 tonnes, était considéré comme sensiblement supérieur au M60 Patton américain, et ses 46 tonnes. Et les petits SNA Rubis de la marine Nationale tinrent la dragée haute aux Los Angeles américains, trois fois plus imposants.

S’il est incontestable que les européens savent developper des équipements performants plus petits, plus légers, souvent moins chers, et tout aussi performants que leurs homologues américains, on ne peut écarter les possibles conséquences de 20 années de pression budgétaire sur la conception des équipements de Défense. En effet, les industriels européens ont du, pour survivre, être en mesure de toujours proposer « mieux pour moins cher », depuis la fin du bloc soviétique, et les fameux « bénéfices de la paix ». Dans certains cas, ces tensions menèrent à des aberrations opérationnelles, comme les Frégates Légères Furtives françaises de la Classe Lafayette, qui ne furent pas dotées de capacités anti-sous-marines en vue de faire des économies. De même, les premières frégates de Défense et d’Intervention qui doivent entrer en service en 2022 et 2023, pourtant classées comme frégates de 1ere catégorie, ne disposeront pas de leur panoplie de guerre électronique pour se protéger contre les missiles anti-navires, dont la menace ne cesse pourtant de croitre. Dans le même registre, les EBRC Jaguar, pas plus que les VBCI et les VBMR Jaguar, ne seront pas équipés de systèmes de protection actifs contre les missiles et roquettes anti-chars, un équipement pourtant désormais jugé indispensable par nombre d’armées de premier rang dans le monde (Russie, Etats-Unis, Israel, Chine …).

Les premières FDI de la Marine Nationale n’auront pas de dispositifs guerre électronique de protection, et n’emporteront que 16 missiles Aster. Une configuration dictée par des objectifs d’économie budgétaires, et non par le bâtiment, qui peut emporter jusqu’à 32 silos verticaux .

Une chose est certaine, il est désormais très imprudent de developper et de mettre en oeuvre des systèmes de combat « conçus à l’économie », et ne respectant pas une certaine forme de « standard mondial » en matière de survivabilité. Et force est de constater que, dans ce domaine, les européens sont en deçà des standards actuels qu’utilisent américains, russes ou chinois. Il est certainement temps, pour les industriels comme les états-majors européens, de très consciencieusement évaluer les besoins imposés par le combat de haute intensité moderne, sans pour autant négliger les savoir-faire spécifiques de leurs ingénieurs et de leurs forces, mais sans ignorer la réalité opérationnelle imposée par les grandes nations militaires mondiales.

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