Les 10 programmes de Défense développés dans le monde qui font défaut en France

Avec la signature de la première tranche du programme SCAF, l’entrée en service de la 6eme FREMM Normadie, le lancement du Suffren ou la livraison des premiers Griffon, il est aisé de se complaire dans une forme d’auto-satisfaction concernant les performances de l’industrie de Défense et des armées nationales. Ce serait toutefois oublier que ces programmes ne représentent qu’une partie des outils nécessaires pour assurer La Défense du pays, et surtout, que d’autres nations dans le monde, développent des programmes susceptibles de faire perdre l’avantage technologique sur lequel toute la stratégie de Défense française est construite.

Dans cet article, nous étudierons les 10 programmes les plus emblématiques de ce possible décrochage technologique français à venir, car n’étant, pour l’heure, pas ou peu développés par l’industrie de défense française, et même européenne.

1- Le missile hypersonique 3M22 Tzirkon russe

Le missile 3M22 Tzirkon, en cours de developpement en Russie, est un missile anti-navire hypersonique atteignant une vitesse de Mach 8/9, et une portée de 500 km à plus de 1000 km selon les sources. Il équipera la majorité des bâtiments de surface et les sous-marins de la Marine Russe pouvant être équipés du missile de croisière Kalibr, ainsi que les aéronefs et les batteries côtières. Le missile est présenté comme pouvant maintenir un plan de vol tendu ou semi-balistique. Il emporte une charge militaire de 300 kg d’explosifs ou une tête nucléaire tactique de 100 à 200 kt. Le missile en cours de test aujourd’hui, et doit entrer en service en 2021.

Vue d’artiste (non validée) du missile 3M22 Tzirkon telle que présentée par les médias russes

Ou en est la France ?

La France développe avec la Grande-Bretagne le missile FMC/FMAN dont certains échos laissent entendre qu’il pourrait atteindre des vitesses hypersoniques, lors de son entrée en service, à la fin de la décennie 2020. D’autres, en revanche, indiquent que le premier missile hypersonique français sera l’AS3G, le remplaçant du missile nucléaire ASMPA, qui n’entrera pas en service avant 2030/2035, et qui ne sera destiné qu’à la dissuasion

Pourquoi ce programme est-il important ?

Le vol hypersonique rend un missile très résistant à toute forme d’interception par les moyens existants modernes, comme les missiles surface-air, et les CIWS. En outre, il réduit considérablement le temps de réaction disponible pour la cible et son escorte, pour tenter de mettre en oeuvre des systèmes de brouillage ou des leurres, le rendant doublement redoutable une fois opérationnel. Pour l’heure, les espoirs occidentaux reposaient sur les difficultés que pourraient rencontrer russes et chinois pour developper un autodirecteur efficace, sachant qu’à de telles vitesses, dans les couches basses de l’atmosphère, le dégagement de chaleur et la ionisation qui en résulte autour du missile nécessite des matériaux opaques aux ondes radars. Mais la Russie comme la Chine ont annoncé avoir développé des Méta-Matériaux répondant à cette problématique.

2- Le Programme de Rail Gun chinois

La Chine est le premier pays à avoir effectivement testé la technologie du canon électrique, ou Rail Gun, à partir d’un navire, en l’occurence un LST spécialement modifié à cet effet. Le Rail Gun chinois, donné pour être en mesure d’atteindre des cibles à plus de 100 km dans sa version actuelle, de 200 km d’ici son entrée en service en 2025, et de 400 km dans des phases ultérieures de developpement, équipera le premier bâtiment de combat de la marine chinoise dès 2025, très probablement un croiseur Type 055.

Le Rail Gun chinois testé sur un transport de chars adaptés aux besoins spécifiques de cette technologie

Ou en est la France ?

La France et l’Allemagne financent un programme destiné à étudier les solutions de Rail Gun à l’ISL de Saint-Louis dans le Haut-Rhin. Mais ce programme, extrêmement peu doté, n’a pas vocation à produire un système d’armes opérationnel. Pour l’heure, le Rail Gun n’est pas une priorité de la DGA, de la Marine Nationale ni de l’Armée de terre.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Le Rail Gun, notamment dans le domaine naval, sera de nature à profondément bouleverser les stratégies de combat, en redonnant une puissance de feu très importante aux unités d’artillerie, avec une portée et une précision comparable à celle d’un missile, pour un prix d’utilisation infiniment plus faible, et une capacité de feu décuplée. C’est en outre un système d’armes capable d’anéantir les systèmes de déni d’accès de l’adversaire, avant même que celui-ci ne puisse s’en servir, avec très peu d’options pour la cible. En toute état de cause, le Rail Gun pourrait avoir le même effet sur la hiérarchisation des puissances navales, que celui les missiles anti-navires lors de leur entrée en service, domaine dans lequel, grâce au MM38 Exocet, la France garda une position dominante pendant plusieurs décennies.

3– Le programme Futur Vertical Lift américain

Le programme FVL a pour objet de concevoir une nouvelle génération d’hélicoptères pour remplacer l’ensemble des voilures tournantes de l’US Army. Il se décompose en 5 catégories, disposant chacune de leur propre environnement et de leurs propres exigences, allant du Joint Multi-Role Light devant remplacer les appareils légers de la catégories de OH58 Kiowa, au JLR-Ultra, visant à developper un appareil super-lourd pouvant transporter une charge équivalente à celle d’un avion de transport comme le C130J, soit 20 tonnes comme une soixantaine de militaires équipés, ou un véhicule de transport de troupe blindé tel le Stryker. Le FVL a donné l’occasion de developper des appareils proposant des technologies et des performances très élevées, comme le V280 Valor ou le S-97 Raider.

Le S97 Raider de Sikorsky lors de ses essais en vol

Ou en est la France ?

Les armées françaises n’ont aucun programme similaire au FVL. Pour l’heure, elles attendent la livraison des NH90 restant, ainsi que des premiers H160M Guépard, qui est certes un hélicoptère très évolué, mais dont les performances en terme de vitesse, de capacité de charge, et de rayon d’action, n’ont rien en commun avec ceux visés par le FVL.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Avec le programme FVL, les forces américaines, comme les industriels du pays, vont définir de nouveaux standards en matière d’aérocombat, avec des performances très supérieures à celles des UH60 Black Hawk, AH64 Apache ou CH47 Chinook, qui définissent encore aujourd’hui le standard dans ce domaine. Airbus Hélicoptères a bien présenté le démonstrateur Racer, mais aucun programme militaire s’appuyant sur cette technologie n’a été lancé.

4- Le croiseur Type 055 chinois

Avec ses 180 m et ses 12.000 tonnes, le croiseur Type 055 chinois, identifié par Pekin comme un destroyer lourd, est un bâtiment de guerre préfigurant une tendance qui s’accentuera dans les années à venir. Le navire est très bien armé, emportant 112 silos verticaux longs pour des missiles anti-aériens à longue portée, des missiles anti-navires et des missiles de croisière, un système d’autodéfense à courte-portée de 24 missiles, 1 systèmes CIWS et un canon de 130 mm, il peut tenir tête aux navires les plus puissants de son théâtre d’opération, comme les croiseurs Ticonderoga américain, ou les destroyers lourds Kongo japonais. Mais c’est par son évolutivité que le Type 055 se caractérise. Avec ses 4 turbines à gaz et ses 6 moteurs diesels qui développent, ensembles, plus de 130 MW, il est conçu pour emporter les futures armes à énergie dirigée, comme les laser à haute énergie, les armes à micro-ondes, et surtout le Rail Gun actuellement testé par l’APL, et qui devrait équiper les Type 055 dès 2025.

Le Nanchang, première unité de type 055 en service dans la Marine chinoise

Ou en est la France ?

La France, et la Marine Nationale, n’ont pour l’heure aucun projet visant à developper un bâtiment de combat de surface lourd. Les projets dans les 15 prochaines années recouvrent le programme FDI Belharra de frégates de tailles intermédiaires, le remplacement des frégates de surveillance, et un programme en coopération avec l’Italie pour concevoir une Corvette polyvalente européenne.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Les bâtiments de surface lourds sont appelés à devenir des pièces maitresses des dispositifs navals miltaires, raison pour laquelle la Chine, mais également les Etats-Unis (remplacement des Ticonderoga, 20.000 tonnes), et la Russie (programme Lider, 14.000 tonnes) y travaillent activement. En effet, par leur capacité à emporter un nombre très important de missiles et des armes à énergie, ces croiseurs vont représenter des unités essentielles pour supprimer les défenses adverses et dispositifs de déni d’accès, pour la projection de puissance à terre, et pour le contrôle naval, remplaçant, en partie, des missions aujourd’hui confiées à l’aviation embarquée ou à terre.

5- Le véhicule de combat d’infanterie Kurganets 25 russe

Le Kurganets 25 est un véhicule blindé chenillé de 25 tonnes de nouvelle génération, destiné à remplacer les BMD et la majorité des blindés chenillés moyens des forces russes. Il est en cours d’évaluation et devrait entrer en service à partir de 2020, dans sa forme transport de troupe, véhicule de combat d’infanterie, et de mortier mobile automatique. De nombreuses autres versions sont en cours de conception, allant du chasseur de char équipé d’un canon de 125mm au VCI lourds avec la tourelle automatisée Bumerang équipée d’un canon de 30mm, d’une mitrailleuse 7,62mm et de 2 tourelles équipées de 2 missiles Kornet-ER, ainsi que d’une version emportant le canon de 57mm qui équipera le T15. Le Kurganet 25 est équipé d’un moteur diesel de 800 cv offrant un excellent rapport puissance/poids de 32 cv par tonne, garantissant une très grande mobilité tout-terrain et une vitesse de 80km/h sur terrain plat. Il dispose d’un blindage renforcé, d’un système de protection hard-kill et soft-kill, et d’un système de combat compatible avec le Ratnik russe.

Le Kurganets 25 en version combat d’infanterie avec sa tourelle Bumerang

Ou en est-on en France ?

Les forces françaises ne prévoient pas de s’équiper d’un blindé de combat chenillé pour l’heure. Les acquisitions restent concentrées sur les blindés à roues Jaguar, Griffon et Serval, très mobiles sur de nombreux terrains, mais peu adaptés pour le théâtre européen. En outre, aucun de ces blindés, pas plus que le VBCI, ne sont dotés de systèmes de protection Hard Kill, et leur armement est souvent beaucoup plus léger que celui de leurs homologues russes ou chinois.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Le Kurganets 25, comme la majorité des programmes de blindés russes, chinois, ou américains aujourd’hui, se concentrent sur des performances compatibles avec des engagements de haute intensité. Ce n’est pas le cas des programmes français, qui restent très imprégnés des retours d’expériences des conflits afghans et maliens. Un programme de blindés lourds chenillés redonnerait aux forces françaises une plate-forme pour reconstruire les capacités haute intensité : VCI, APS, Artillerie, Défense anti-aérienne, chasseur de chars …

6- Le programme de drones de combat S70 Okhotnik

Conçu simultanément au programme PAK FA dont il empreinte de nombreuses technologies, le programme de drones de combat S70 Okhotnik (chasseur) est développé par les bureaux d’études Sukhoï, sur la base du programme de drone Skat initialement développé par MIG. Le drone, qui a effectué ses premiers vols en Mai 2019, impressionne par ses performances attendues, l’appareil devant pouvoir emporter 2000 kg de munitions dans 2 baies imposantes à plus de 3000 km, comme par ses dimensions (20m d’une aile à l’autre) et sa masse de 20 tonnes. Bien que la Russie apparaissait comme à la traine dans le domaine des drones de combat, face aux UCLAV américains et autre Neuron européen il y a quelques années, le pays pourrait bien, désormais, être le premier à utiliser ce type d’appareils de façon opérationnelle.

Le S70 Okhotnik lors de ses essais de roulage en novembre 2018

Ou en est la France ?

Avec le programme Neuron issu du programme franco-britannique FCAS, la France devait disposer d’un drone de combat à horizon 2030. Mais le retrait britannique et l’intégration du FCAS au programme SCAF, semble mettre fin à cette volonté et ce calendrier. Pour l’heure, il n’est plus question de developper un drone de combat, mais des « Remote Carrier », opérateurs déportés légers des systèmes d’armes du futur avion de combat du SCAF.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Comme l’a souligné le Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air (et de l’Espace), la France ne dispose aujourd’hui d’aucun système permettant de supprimer les défenses anti-aériennes adverses, ce qui correspond à l’une des missions du drone de combat S70. En outre, par son rayon d’action et sa vitesse, l’Okhotnik est conçu pour agir comme un multiplicateur de force du Su57, notamment lors des missions d’attaque navale par exemple. Enfin, la plate-forme S70 offre des dimensions et des performances permettant de nombreuses versions spécialisées, comme une version de guerre électronique, une version de détection aérienne avancée, une version destinée à diriger les missiles hypersoniques ….Autant de domaines faisant défauts aux forces aériennes nationales.

7- Le programme Extended Range Cannon Artillery de l’US Army

Parmi les programmes jugés hautement prioritaires par l’US Army, le programme ERCA est un des plus urgents. Il est parti du constat que les canons automoteurs américains M109 Paladin avaient des performances très inférieures à celles de leurs homologues russes et européens. En effet, le Paladin parvient difficilement à atteindre une cible au delà de 20 km, et ne peut dépasser aujourd’hui les 24 km avec des obus classiques, là ou le Caesar français atteint les 42 km et une précision redoutable avec les obus ERFB. Le programme se divise en deux phases. La première, à très court terme, repose sur l’utilisation de l’obus XM1113 à guidage GPS et propulsion additionnelle, amenant la portée du M109 à 40 km, la seconde sur l’allongement du tube des canons, qui en passant de 20 à 29 pieds (8,8 mètres contre 8,2 m pour Caesar) permettra d’étendre la portée des XM1113 à 70 km, et celle des obus classiques à 40km.

Les performances du M109 Paladin de l’US Army sont aujourd’hui très en deçà de celles des systèmes russes ou européens

Ou en est la France ?

Nexter, le spécialise français des systèmes et des munitions d’artillerie, concepteur du CAESAR, dispose d’un grand savoir faire dans le domaine, et le CAESAR est aujourd’hui parmi les meilleurs systèmes d’artillerie mondiaux, si ce n’est le meilleur. Elle développe également l’obus Katana, un obus à propulsion additionnelle et guidage GPS permettant d’atteindre une portée de 60 km.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Le programme ERCA n’apportera pas, dans un premier temps, d’avantages technologiques décisifs aux forces et industries US, mais il marque une prise de conscience de la part du Pentagone du rôle crucial que représentera l’artillerie dans les engagements de haute intensité à venir. Or, la France a aujourd’hui un parc de systèmes d’artillerie très réduit, avec moins de 80 Caesar, pour 120 tubes automoteurs au total, un chiffre n’égalant même pas la dotation d’une division blindée dans les années 80, ni même d’une division russe aujourd’hui. Le programme ERCA repose sur des technologies existantes, intégrées avec pertinence, pour obtenir un excellent rapport gains de performances/prix et de conserver un nombre important d’effecteurs. C’est, à ce titre, une approche très similaire à celle employée par la Russie pour ses chars de combat (T72B3M etc..), et ses forces en générale, expliquant en grande partie l’avantage opérationnelle qu’elle détient sur les pays européens aujourd’hui.

8- Le programme TF-X turc

En 2010, le gouvernement turc décida de lancer le programme TF-X, la conception et la production d’un avion de combat de 5eme génération qui devra effectuer son premier val avant 2023, et dont l’entrée en service est prévue dès 2026, pour remplacer les quelques 250 F16 en service dans le pays. Le programme, conçu en partenariat avec British Aerospace et Rolls-Royce, et qui sera le premier avion de combat réalisé par la BITD turque, repose sur un appareil déclinable en gamme, allant du monomoteur léger au bimoteur lourd, et intégrera des technologies de 5ème génération, comme une furtivité avancée, la super-croisière, la fusion des données, tout en ne reposant que sur des technologies aujourd’hui matures.

La maquette du T-FX turc de TAI industry présentée lors du salon du Bourget 2019

Ou en est la France ?

La France ne prévoit pas de developper de programme d’avions de 5ème génération. Elle a entrepris avec l’Allemagne et l’Espagne le developpement du programme SCAF de 6ème génération prévu pour entrer en service à horizon 2040, et de continuer à moderniser ses Rafales pour y intégrer des technologies de 5ème génération, comme la fusion de données.

Pourquoi ce programme est important ?

La France dispose aujourd’hui de toutes les technologies nécessaires pour developper rapidement et avec une prise de risque technologique très mesurée, un avion comparable au TF-X, donc au F35, dans une enveloppe budgétaire maitrisée, et des délais courts. Un tel appareil pourrait remplacer les mirage 2000 de l’Armée de l’Air lorsqu’ils arriveront en limite de vie en 2030, de sorte à maintenir un format supérieur aux 180 appareils visé par le Livre Blanc, et jugé très insuffisant par l’Etat-Major de l’Armée de l’Air. Il permettrait également de tuiler le developpement technologique du SCAF, donc d’en réduire les risques, tout en apportant un appareil pouvant répondre à une demande significative à l’export, notamment en Europe.

9- Le système Pantsir-SM

Le système de défense anti-aérienne à courte portée Pantsir-SM est la dernière version du Pantsir (‘carapace’ en russe), entré en service en 2012 dans les forces russes. Ce système repose sur un radar permettant de détecter avions, hélicoptères, missiles de croisière et drones jusqu’à 70 km, de missiles permettant d’intercepter les cibles jusqu’à 40 km, et de deux canons de 30 mm à grande cadence de tir pour les cibles à moins de 3km. La Pantsir-SM, qui entrera en service en 2021, bénéficie des retours d’expériences des Pantsir S2 déployés en Syrie, qui montrèrent des performances médiocres face aux drones adverses.

Le Pantsir SM entrera en service dès 2021 dans les forces russes

Ou en est la France ?

La France, comme l’ensemble des pays européens, n’a pas de programme pour developper un système de défense rapprochée ou SHORAD, destiné à assurer la protection des forces engagées, ou des infrastructures critiques. Elle fait reposer cette défense sur l’assurance d’avoir la supériorité aérienne, les systèmes anti-aériens à longue portée comme le SAMP/T Mamba, et les systèmes d’infanterie à guidage infrarouge, comme le missile Mistral.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Le besoin de protection rapprochée est devenu indispensable dans le contexte technologique moderne, ou les drones, missiles de croisière, avions et hélicoptères peuvent investir le champs de bataille, quelque soit l’intensité de celui-ci. C’est la raison pour laquelle l’US Army a lancé en urgence le programme IM-SHORAD, visant à produire à court terme 144 blindés assurant une mission comparable à celle du Pantsir. Toutefois, le système russe est à la fois plus performant, pouvant notamment engager des appareils 5 fois plus loin que l’américain, et plus mature, bénéficiant de nombreux retours d’expériences et de doctrines très abouties. L’Allemagne a également noté ce besoin, et envisage d’entamer un developpement européen pour un tel système.

10- Le programme APS Afghanit russe

Le système de protection active (APS) Afghanit est un système hard-kill, soft-kill équipant les chars de combat T-14 et les véhicules de combat d’infanterie T-15 qui entreront en service durant la prochaine décennie dans les forces russes. Le système a pour objectif de détecter, leurrer et, le cas échéant, intercepter les missiles et roquettes antichars qui viseraient le blindé. Le système, entièrement automatisé, repose sur un système de détection intégrant des plaques radars AESA, des détecteurs de visée laser, et des détecteurs infrarouges, des systèmes de masquage en spectre visible et infrarouge reposant sur des fumigènes de différents types, et sur des effecteurs actifs pouvant intercepter les missiles et roquettes qui seraient trop proches. Des systèmes comparables équiperont les Kurganet 25 et Bumerang, alors que les versions modernisées des chars actuellement en dotation, comme le T72B3M ou le T80BVM, sont également dotés de dispositif similaires.

Gros plan sur les éléments du système APS Afghanit du T14 russe

Ou en est la France ?

Aucun des blindés actuellement en service dans les forces françaises ne bénéficie de systèmes de protection comparables à ceux en service en Russie. Les blindés de nouvelle génération, comme l’EBRC Jaguar, et le VBMR griffon, seront équipés de systèmes de détection de menace et de protection Soft-kill, mais pas de systèmes hard-kill, de même pour les VBCI ou les chars Leclerc Modernisés.

Pourquoi ce programme est-il important ?

Les expériences acquises par la Russie sur les théâtres de moyenne intensité, en Syrie ou dans le Donbass, ont montré la vulnérabilité des blindés aux systèmes antichars modernes, tout en confirmant leur rôle indispensable sur le champs de bataille. Les systèmes Soft-Kill et Hard-Kill sont dés lors nécessaires à la survivabilité des blindés face à l’adversaire par l’état-major russe, de sorte à pouvoir effectuer leur missions en apportant la puissance de feu et la force d’impact qui les caractérisent. Israël, qui a également une importante experience de l’emploi des blindés en environnement contesté, a, comme la Russie, développé des systèmes de protection avancés pour ses chars Merkava et ses transports de troupe. Les Etats-Unis ont intégré des dispositifs similaires sur leurs Abrams modernisés et leurs Bradley, mais ont fait face à une impasse technologique pour protéger leurs blindés légers Stryker, trop légers pour supporter l’ajout de tels systèmes.

Conclusion

Une liste comme celle-ci est naturellement arbitraire, et de nombreux autres programmes mériteraient d’y figurer, comme celui d’un corvette pour remplacer les avisos de la Marine Nationale, celui d’un hélicoptère lourd européen, ou celui d’un système missile Sol-Sol à capacité nucléaire de portée intermédiaire. Il en ressort toutefois que, si la France a su maintenir des savoir-faire stratégiques tant du point de vue industriel qu’opérationnel, ses armées, et leurs équipements ne sont plus dimensionnés pour l’éventualité d’un conflit face à une puissance technologique. Or ce scénario a pris beaucoup de substance ces dernières années, et d’autres pays, comme la Russie, la Chine, la Turquie, le Pakistan et les Etats-Unis, s’y préparent activement.

Il est de fait plus que temps de cesser de développer les forces armées pour le seul scénario des interventions Opex, telles qu’elles eurent lieux ces 30 dernières années, et de prendre conscience que, du point de vue de la géopolitique mondiale, les 30 années à venir, entre 2020 et 2050, ressembleront bien davantage à la période 1960-1990 qu’à la période 1990-2020 !

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