Exécuter le programme HIL sur la LPM : Possible ? Comment ? Comment le financer ?

Article publié sur LinkedIn le 18 juillet 2018

Le programme HIL est destiné à remplacer un nombre très important de voilures tournantes dans les 3 armées, allant de l’alouette III de la Marine Nationale aux Puma de l’armée de l’air, en passant par les gazelles de l’ALAT. Ce programme est sensé être lancé pendant la LPM 2018-2025, pour une première livraison en 2028, et c’est le nouvel H160 d’Airbus Helicopters qui a été retenu. Aujourd’hui, le programme porte sur 165 appareils.

Les récents accidents mortels des gazelles de l’ALAT, et le rapport sur le MCO très préoccupant des voilures tournantes dans les armées françaises, nous rappelle cependant que ce planning est bien trop long, et que les hélicoptères qui doivent être remplacés par ce programme sont d’ores-et-déjà trop anciens, tant du point de vue opérationnel que du point de vu mécanique.

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Dans ce cadre, et sachant que la LPM 2018-2025 fait déjà face à des impératifs d’équipement ne laissant aucune marge de manœuvre, comment peut-on envisager d’accélérer ce programme, de sorte à ce que les livraisons démarrent, comme prévue initialement, en 2021, avec un rythme de production efficace pour les armées ?

Rappel : La doctrine Défense à Valorisation Positive appliquée à un programme

La doctrine Défense à Valorisation Positive, est une approche multi-domaine visant à analyser les flux entrants et sortants à l’échelle d’un programme de Défense, du budget de la défense d’un pays, ou d’un ensemble de pays. A l’échelle d’un programme, la DVP repose sur 3 éléments fondateurs :

–      le retour fiscalrapide (inf 3 ans) des investissements directs et induits liés au programme. Comme nous l’avons vu dans d’autres démonstrations, ce retour fiscal est supérieur à 75% à 3 ans, et c’est donc cette valeur qui sera prise comme référence.

–      L’intégration dans le spectre du programme un volet export garanti par un abondement d’Etat, permettant de proposer à des partenaires clés l’équipement en question à des tarifs très attractifs, et donc de garantir les volumes globaux

–      Une société de programme, portant l’investissement initial et la propriété des équipements jusqu’à leurs livraisons aux forces armées, permettant de garantir le plein retour fiscal de l’Etat avant d’avoir à payer l’équipement.

La dynamique ainsi créé permet d’engager les dépenses sans couts immédiats pour les finances publiques, tout en percevant les retours fiscaux dans des délais plus courts.

Application au programme HIL

Les données exactes du programme HIL sont confidentielles. Pour la démonstration, nous utiliserons donc des valeurs extrapolées des appareils de la gamme Airbus. Selon ce principe, nous pouvons déduire que le prix moyen de la version militaire du H160 sera de 18 m€ HT, et que la R&D nécessaire à la militarisation et navalisation des H160 couterait 500 m€.

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Du point de vue des quantités, les 165 appareils du programme HIL sont évidemment une valeur « à minima ». Je prendrais dans mon calcul un format plus étendu, soit 100 appareils pour l’ALAT, 60 pour la Marine Nationale et autant pour l’Armée de l’Air, soit 220 appareils pour les armées françaises. L’objectif d’exportation sera, lui, de 150 appareils, avec un tarif très attractif pour inciter les armées étrangères à rejoindre le programme HIL étendu. Nous ne prendrons pas en considération les couts des demandes spécifiques des clients exports. Nous aurons donc un format total de 370 appareils, soit 3 appareils par mois pendant 10 ans. Un tel volume permettra, à lui seul, de faire baisser le prix unitaire des H160M de 18 m€ à 16m€, hors demandes spécifiques export.

Etudes des équilibres financiers

Nous allons étudier successivement les recettes fiscales et les dépenses pour l’état français d’un tel programme.Du point de vu des recettes, nous avons :
370 appareils à 16 m€ + 500 m€ de R&D avec un retour fiscal de 75% soit 4,815 Md€.

Du point de vu des dépenses, nous aurons :
220 appareils à 16 m€ + 500 m€ R&D soit 4,02 Md€

Le programme ainsi monté génère donc 795 m€ de boni fiscal.

Comme nous l’avons vu, le financement de ce programme reposera sur une société de programme, qui portera l’effort financier avec une différence de 4 ans sur la facturation effective. Cela représente, pour le budget français et à 1,5% de taux d’intérêt annuel, un cout de 75 m€ sur les 12 ans d’exécution du programme. Le reste du boni fiscal, soit 720 m€, sont utilisés pour l’abondement incitatif des appareils exportés (150), soit un abondement de 4,8 m€ par appareil.

De fait, dans ce programme, le prix unitaire de H160M export est ramené de 18m€, prix catalogue, à 16-4,8 = 11,2 m€, un tarif très inferieur à celui du H145.

Du point de vu social, l’exécution du programme HIL sous cette forme et ce format permettra de générer environs 5000 emplois directs et indirects, répartis entre Airbus Hélicopters (emplois localiser en France, évidemment), Safran pour les moteurs, et Thales pour l’électronique de bord. Il sécuriserait le site de Marignane pour 12 ans , tout en positionnant le H160, en version civil comme militaire, comme un des hélicoptères les plus vendus du marché, garanti de longévité de l’appareil.

Conclusion

Il est remarquable de constater que, dés lors que l’on change le paradigme d’analyse macro-économique, des solutions claires et efficaces apparaissent pour reconsolider les armées et leurs équipements. Ainsi, le programme HIL peut effectivement être lancé dans des délais bien plus court que prévu, sans impacter les finances publiques ni l’effort de Défense, puisque l’Etat n’investit que des recettes qui n’auraient pas existé dans le cas contraire. Par ailleurs, l’utilisation de l’abondement d’état pour sécuriser les exportations permet de proposer des appareils à des tarifs très compétitifs, même vis-à-vis de la concurrence russe ou chinoise, sans entrer dans des notions complexes et destructrices à moyen terme de compensation industrielle, et surtout, sans impacter les marges de l’industriel, lui permettant ainsi d’investir dans son outil industriel et sa R&D.

Il faut noter que dans le cas très particulier d’Airbus Helicopters, et du H160, qui est un appareil civil et militaire, le retour fiscal absolu sera très probablement sensiblement supérieur à 75%, car un tel programme dimensionnera l’ensemble de l’outil industriel, permettant des tarifs optimisés. En outre, avec 220 exemplaires en services dans les armées françaises, tous les clients potentiels, militaires comme civiles, auront la garantie d’une qualité et d’une durée de vie étendue de l’appareil. Cumulés, ces facteurs sont de nature à accroitre sensiblement les commandes ultérieures de l’appareil, donc des recettes fiscales et sociales sur l’activité des entreprises concernées.

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